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Même les cow-girls ont du vague à l'âme

... [..] Le problème du Chinetoque était qu'il ressemblait au Petit Homme qui possède les Grandes Réponses. Cheveux blancs qui descendent sur les épaules et peignoir crasseux, face marquée par le temps et sandales faites à la main, dents qui auraient rendu jaloux un accordéon, yeux qui clignotaient comme des ampoules de bicyclette dans la brume. Il était courtaud mais musclé, âgé mais bel homme et ô ! le fumet de son immortelle barbe. Il avait l'air d'être descendu du plafond de la Chapelle Sixtine en faisant un détour par une fumerie d'opium de Yokohama. Il semblait être capable de discuter avec les animaux de sujets que le docteur Dolittle n'aurait pas compris. Il paraissait être sorti en une galipette d'un parchemin zen, paraissait dire "presto" souvent, paraissait connaître le sens des éclairs et l'origine des rêves. Il avait l'air de boire la rosée et de baiser les serpents. Il avait l'air de la cape qui passe en un frou-frou sur l'escalier du Paradis. [...]



... Second roman de Tom Robbins que j'aie le plaisir de lire (après Mickey le Rouge dont j'ai abondamment parlé sur le forum Superpouvoir.com - actuellement en dérangement), Même les cow-girls ont du vague à l'âme dont le San Francisco Chronicles n'hésite pas à dire qu'il est plein de grâce, d'intelligence et de punch, offre une brillante et éloquente défense de l'excentricité et du non-conformiste.

C'est pas faux.

Car, le Chinetoque n'est pas le personnage le plus étonnant de ce roman.

Sissy Hankshaw est elle dotée des deux plus longs pouces du monde, La Comtesse est un magnat des déodorants intimes, on fait la connaissance avec une tribu indienne déconcertante : les Horlogiens. On croise des cow-girls bien sûr, et un psychiatre farfelu ...
Ces personnages, mais il y en d'autres, vivent une aventure extravagante extraite de l'imagination, qu'il a extrêmement fertile, d'un Tom Robbins en très grande forme.
Tom Robbins
dont on dit qu'il est le "Houdini de la métaphore" (le titre n'est pas usurpé) encensé par Thomas Pynchon himself prouve s'il en était besoin, qu'il est en tout cas un expert en haute fantaisie et, si le terme n'était pas si galvaudé un putain d'enculé de philosophe (à toi ami lecteur de découvrir le terme galvaudé dans cette saillie en italique).

Un superbe roman. Ni pouce ni moins !

***




Un jeune citadin décide de devenir cow-boy et part s'installer dans une région de l'Ouest Sauvage.
Après avoir construit sa cabane dans une vallée, il décide de couper du bois qu'il empile en un tas conséquent.

Cependant, conscient de son inexpérience il décide d'aller voir un chaman indien dont il a entendu parler pour lui demander s'il fera froid cet hiver.
Pour ce faire il entreprend de gravir la montagne particulièrement abrupte au sommet de laquelle vit le chaman et qui surplombe sa propre cabane.

Après trois jours d'une marche harassante il parvient au sommet, s'approche du chaman indien et lui demande :

-Excusez-moi sorcier, mais je voudrais savoir s'il va faire froid cet hiver ?

- Hiver être rude cow-boy, hiver être rude !

Le cow-boy redescend et entreprend de couper plus de bois. Après deux jours de travail son tas a considérablement augmenté mais encore sceptique il décide de retourner voir le chaman.

-Excusez-moi grand sorcier de vous déranger à nouveau mais va-t-il vraiment faire froid cet hiver ?

-Hiver être très rude cow-boy, hiver être très rude !

Le cow-boy redescend, recoupe du bois et .... décide de consulter une fois encore le chaman.

-Excusez-moi grand sorcier de vous déranger à nouveau mais va-t-il vraiment faire froid cet hiver ?

-Hiver être très très rude cow-boy, hiver être très très rude !

Le cow-boy s'apprête à redescendre quand lui vient une idée.

-Dites-moi Grand Sorcier, comment faîtes-vous pour savoir le temps qu'il fera ?

-Quand homme blanc couper du bois dans la vallée, hiver être très rude.

Commentaires

  1. Complètement d'accord avec le qualificatif d'"éloquente défense de l'excentricité et du non-conformisme". Je ne connaissais pas cet auteur avant de lire Même les cow-girls ont du vague à l'âme, et je replongerai avec plaisir dans son écriture extravagante.
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