samedi 31 octobre 2009

Teen Spirit

... Un garçon qui danse tout seul en slip dans son salon, une fille qui rêve au grand amour, des couloirs bordés de casiers métalliques, une armada de jeunes puceaux obsédés .. Ça vous dit forcément quelque chose. Oui, on est dans un teen movie, un genre inventé par Hollywood, consacré aux ados et fabriqué pour eux. ... Un genre qui ne pouvait naître qu'en Amérique. Ce pays encore jeune et où l'adolescence est toute puissante. Comme le western le teen movie a su imposer des codes, des rites, des lieux et des personnages types parfaitement assimilés par notre imaginaire collectif.


Cliff Chiang


... C'est par ce préambule que débute le documentaire Teen Spirit, les ados à Hollywood de Celia cohen et Antoine Coursat (diffusé sur Arte).

Le teen movie ou la théâtralité de la "vraie vie" lycéenne. Ce lycée dont on nous dit dans ce documentaire qu'il est un moment fondateur de la vie sociale d'un américain, et dont tous les intervenants soulignent l'un des aspects caractéristiques : le clan.
Le clan, passage obligé de la vie de groupe du lycéen ou autrement dit "la guerre des espèces". Le clan une des figures imposées du teen movie, forcément.

Naissance d'une nation

Deux films se partagent la place de "patient zéro" du genre : La fièvre dans le sang et La fureur de vivre.

C'est alors la première fois au cinéma que les adolescents ne sont pas montrés comme "justes heureux" et "bien comme il faut" mais perdus, en colères, et tiraillés par leurs désirs sexuels.

À la fin des années 50 m'apprend-on, les parents regardent la télévision alors que leurs enfants vont au cinéma, Hollywood comprend très vite qu'il y a de l'argent à ce faire et leur propose des produits pour les attirer : La fureur de vivre par exemple. (Tient, en me relisant je m'aperçois que le documentaire fait l'impasse sur West side story)
Ce film met d'ailleurs en scène l'un des archétypes du genre, le rebelle.

Cependant il apparait que dans les premiers teen movies le conformisme, ce contre quoi le teenager doit lutter (et pas que le teenager si l'on en croit Matrix), est représenté par les parents. Les jeunes se rebellent contre un avenir tout tracé : le costard-cravate.

Un tournant est pris avec le film de George Lucas American Graffiti où le conformisme est alors représenté par les autres étudiants.


Ne fais rien que je ne ferais pas


[..] Lucas était assez amer d'avoir à faire un film commercial ; il prit cela comme un défi. Il paria qu'il existait un public potentiel qui en avait assez d'être constamment abreuvé de sexe et de violence, et du pessimisme dont le Nouvelle Hollywood faisait allègrement l'apologie. Un public qui avait la nostalgie des valeurs optimise du Vieil Hollywood. "Avant American Graffiti, je n'avais pour ainsi dire travaillé que sur des films négatifs, comme Apocalypse now ou THX 1138, dit-il. Chacun des films des dix dernières années avaient mis en évidence à quel point on était horrible, combien on avait tort au Vietnam, comment on avait ruiné le monde, quels idiots nous étions et combien tout était pourri. Cela devenait déprimant d'aller au cinéma. J'ai décidé qu'il était temps de faire un film qui fasse du bien aux gens, pour qu'ils se sentent mieux en sortant du cinéma. Je me suis rendu compte que la jeune génération était vraiment perdue. Les gens ne faisaient qu'une seule chose : s'assoir dans un coin pour se défoncer. Je voulais retrouver le sens de ce qu'était l'adolescence pour une certaine génération d'Américains, disons de 1945 à1962. [..]

Le Nouvel Hollywood - Peter Bisking - Editions Le Cherche Midi
Teen spirit passe en revu quelques passages obligés du teen movie :

Les archétypes : le rebelle, le sportif, la jolie fille et le nerd ; personnages que l'on retrouve peu ou prou dans toutes les productions.
L'un des intervenants attire également notre attention sur l'épilogue comme principe de base du teen movie.


"Celui qui n'ose pas se rebeller et quitter son clan restera un esclave toute sa vie" et de montrer celui du film d' American Graffiti en exemple.

Autre point examiné, si le teen movie est toujours combiné à un autre genre il garde une structure qu'il tire des conte de fées : le royaume c'est le lycée et le bal devient la fête de fin d'année où nous précisent deux "ex-reines du lycée" 85 % des américains perdent leur virginité.

- On a touché le jackpot !
-Avec toute cette laine on pourrait faire un pull !
- J'ai jamais vu autant de minous de toute ma vie !


Avec la fin des années 70 nous dit-on, et la déferlante des blockbusters, les adolescents deviennent le public n°1, les teen movies passent alors à l'ère industrielle.
Si les années 80 sont l'âge d'or du genre c'est pour entre autres raisons grâce à Ronald Reagan : les films sont une réaction contre la société conservatrice.

Le teen movie levier de la subversion ? Qui l'eu cru ?!

Néanmoins quand un peu plus tard seront évoqués les slashers, personne ne relèvera que c'est souvent "la fille la plus intelligente et celle qui reste vierge" la seule à survivre, un propos pour le moins conservateur, isn't it ?!


Une place est faite à John Hughes et à son Brat Pack présenté comme le "phénomène teen" de la décennie, celle des années 80. Hughes qui avait la faculté de comprendre les adolescents et leurs problèmes, nous rappelle-t-on.

"Les sentiments et les émotions d'un ado de 16 ans comptent autant que les miens à 35 ans" semble renchérir John Hughes dans un extrait d'entretien.
Ajoutez à cette sensibilité sa formation de publicitaire, il savait vendre ses films, regardez l'affiche de The Breakfast Club dira un critique et vous avez le tiercé gagnant (dans l'ordre) :

A brain, a beauty, a jock, a rebel and a recluse. Before this day was over, they broke the rules proclame sans fausse note la bande-annonce du film.




Reste que les teen movies sont d'après un script doctor interviewé les seuls films où on peut (encore) parler de sexe car ce genre de film raconte souvent l'histoire d'un garçon qui baigne dans ses hormones et ne pense qu'à "ça", on s'attend donc à ce qu'ils en parlent.
Je dirais même mieux, on l'attend avec impatience.

Des ados qui ont peur (d'eux-mêmes), aux ados qui font peur il n'y a qu'un pas.

Ce sera Class 84 (en 1981) ou plus récemment Elephant ou la déambulation poétique dans les couloirs du malaise adolescent, un cinéma d'auteur pour ados.


Seront également évoqués (et interviewé) Larry Clarck, et les nouveaux teen movies (Juno, Superbad) qui mettent en scène des blaireaux mais "qui ont des têtes de blaireaux", ici pas de Tom Cruise à l'horizon.
La revanche des nerds en quelque sorte, et à qui le doit-on hein ! Je vous le demande ?

En partie à Bill Gates, et à son immense succès.

C'est pas beau ça !

C'est l'Amérique Baby !

Reste un documentaire vraiment intéressant et en ce qui me concerne très enrichissant étant donné ma méconnaissance totale du sujet et de la plupart des films évoqués.

Et assez étonnant, notamment les extraits proposés de Fast times at Ridgement High. La scène de la cantine est particulièrement crue pour un fim destiné aux ados (sans parler de l'idée que l'on peut se faire de l'adolescente américaine).
Ce qui me fait penser que la majorité des personnes interviewées sont des hommes et que le regard porté sur l'adolescence semble être surtout masculin. Il aurait été interessant, peut-être, d'avoir le point de vue d'une adolescente.

L'un des mérites cette émission est de m'avoir en tout cas donné envie de voir quelques uns de ces films, notamment The Breakfast Club (et pourquoi pas, soyons fous, revoir American Graffiti).

Alors ...........

What the fuck, make your move !




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