Accéder au contenu principal

Ma douleur est sauvagerie [Pierric Guittaut]

L'aventure littéraire de Pierric Guittaut commence avec un roman noir résolument urbain, Beyrouth-sur-Loire. Un polar très bien ficelé [Pour en savoir +], où pointe déjà un styliste qui ne cessera de s'affirmer. 
Manière de consacrer ce qui était déjà perceptible dès 2010, ses deux romans suivants sortent sous les prestigieux auspices de la Série Noire™. Adieu la ville de province, le jeune auteur quitte la jungle d'asphalte pour s'affronter aux voyettes et aux villages hexagonaux via La Fille de la pluie et D'Ombres et de flammes ; respectivement commercialisés en 2013 [Pour en savoir +] et en 2016. 
Ces deux romans ressortissent ainsi au « rural noir », un genre que leur auteur a par ailleurs célébré dans d'un article très bien documenté, publié dans le numéro 145 de la revue Élément (octobre 2012). 
En 2017 Pierric Guittaut n'hésite pas à se transformer de nouveau en essayiste pour les besoins de La Dévoreuse : le Gévaudan sous le signe de la Bête 1764-1767. Un ouvrage qui paraît dans la collection Histoire & documents des éditions De Borée©, et dont le titre se passe de commentaires. 
Nonobstant cette brève incursion en dehors du roman noir, l'une des plus belles plumes du genre y revient deux ans plus tard avec « Ma douleur est sauvagerie », en attendant la parution le 15 avril 2021 de L'heure du loup, également dans la collection Equinox™ des éditions Les Arènes©
Une maison d'édition où il a retrouvé Aurélien Masson, qui l'avait déjà accueilli à la Série Noire™, et qui s’occupe donc désormais de la collection Equinox™, qu’il a lui-même créé. 
Entre ces deux dernières parutions, Guittaut a eu le temps de participer en 2020 aux aventures de Julien Ardant, alias le Hussard ; une sorte de Gabriel Lecouvreur de droite. Et toujours pour Auda Isarn©, également en 2020, de réécrire - en partie - Beyrouth-sur-Loire, son premier roman, qui pour le coup devient le premier tome d'une trilogie. Ce qu'il était déjà sensé être il y a dix ans aux éditions Papier Libre©
            Or donc, « Ma douleur est sauvagerie » : 
Si depuis La Fille de la pluie Pierric Guittaut semble s'être mis au vert, ce que confirmera vraisemblablement L'heure du loup, le présent roman, certes rural, et certes noir, s'aventure néanmoins assez franchement du côté de la nature writing
Un genre littéraire venu principalement des États-Unis, qui confronte l'Homme à la rudesse des climats et à la faune encore sauvage du continent Nord-américain, bref à la Nature. 
Et qu'Oliver Gallmeister, des éditions du même nom, qualifie ainsi : « c'est une littérature virile et sensuelle, contestataire et engagée ». Une définition que respecte, au mot près, Pierric Guittaut, quand bien même nous plonge-t-il avec son personnage principal, dans une forêt française. 
Ce n'est donc peut-être pas le fruit du hasard si « Ma douleur est sauvagerie » évoque aussi bien L'Appel de la forêt de Jack London, que le Moby Dick de Melville, deux œuvres emblématiques du genre qui ont largement dépassé leur frontière. 
Si la nature est bien évidemment centrale ici, le romancier français n'oublie qu'il compose avant tout une histoire, et pas un guide touristique. 
Tout aussi bien écrit que les espaces naturels auxquels ils se confrontent sont décrits, ses personnages, parfois à peine esquissés, deviennent ainsi des individus dont la présence compte. 
Si Stéphane a droit à la part du lion, son parcours initiatique n’aurait pas la même intensité sans sa famille, ses amis, son entourage professionnel, ses rencontres, et quiconque intervient peu ou prou dans son parcours. En filigrane Pierric Guittaut dresse aussi le portrait-robot d'une société.
            Au final « Ma douleur est sauvagerie » est un roman âpre, cruel mais pas forcément là où on s'y attend, dont la maitrise et le style en font l’un des meilleurs romans de nature writing français. 
Un auteur (À suivre .......)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®