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L'heure du loup [Pierric Guittaut / Jessy Deshais]

Pierric Guittaut trace deux très beaux sillons dans le paysage du polar hexagonal.
L'un, consacré au polar urbain [Pour en savoir +], l'autre qui s'enracine dans une ruralité française encore empreinte de superstitions et de croyances populaires, où le progrès n'est pas forcément synonyme d'amélioration pour ceux qui le vivent.  
Avec « L'Heure du loup » Guittaut convoque par ailleurs son intérêt pour la « Bête du Gévaudan», à laquelle il a consacré un essai publié aux éditions De Borrée™.
            En effet, un corps découvert sur la circonscription dont s'occupe le major Fabrice Remangeon, vu précédemment dans D'Ombre et de flamme, est imputé à un loup.
Dont justement la dispersion en Sologne ne fait pas que des heureux. 
Une « faitdiversion » dont l'intensité sera l'occasion de mettre au jour la nappe phréatique des secrets qui grignotent - en sourdine - les uns et les autres.
            Pierric Guittaut n'a pas son pareil pour mêler drames intimes, dont celui de Gérald Morlaix « chômeur longue durée » est certainement le réussi, et les tensions plus familières qui agitent le monde paysan.
L’enquête en elle-même est un petit bijou de suspense, et le final très « epicness to the max » ne déçoit pas.
Entre deux, le roman est une ode à la torture des sentiments, digne des meilleurs romans noirs américains.
En plus de ne jamais sacrifier l'intrigue à l'idée qu'il se fait de la société, Pierric Guittaut est un styliste hors pair.
Concerné, l'auteur écrit d'abord des romans où la langue dont il use est travaillée, ajustée.
Les dialogues y sonnent justes, naturels.
Pierric Guittaut captive ainsi autant par son histoire que par la manière dont il la raconte.
            Pierric Guittaut est le romancier français que j'ai le plus de plaisir à lire.
________________________
• Cette édition bénéficie en outre de la très belle couverture de Jessy Deshais [Pour en savoir +], et d'un soin qui vaut largement les 17 euros nécessaires à son achat.
Les éditions EquinoX™, vu leur catalogue, soignent visiblement leurs auteurs.

Commentaires

  1. Bonjour,

    Vous voudrez tout d'abord bien m'excuser mais entre Artemus et Ray Werber (Réverbère ?), je ne sais trop comment m'adresser à vous...

    J'ai découvert avec une certaine surprise vos recensions de mes romans sur votre blog "Ici je suis ailleurs". Surprise, car peu de blogueurs dépassent la démarche purement consumériste qui consiste à essayer de suivre le fil des SP reçus pour s'intéresser à un auteur dans sa démarche globale d'écriture, ce que vous avez fait en allant chercher un exemplaire de la première édition de Beyrouth-sur-Loire et à distinguer mon travail entre roman urbain et roman rural.

    Surprise, aussi, car pour l'Heure du Loup vous avez mentionné l'illustratrice et le travail graphique de l'éditeur, détails qui suscitent l'intérêt d'encore moins de chroniqueurs. Pour le coup, je me demande si vous n'avez pas déjà travaillé dans le secteur de l'édition ? (Curiosité tout à fait malsaine de ma part et sans aucune signification en réalité).

    J'ai beaucoup aimé votre exhumation de l'article à charge contre le Blade Runner de R. Scott par Manoeuvre dans Métal Hurlant, (et je constate que je ne suis pas le seul). La démarche est salutaire et mériterait d'être popularisée. Pour une raison qui m'échappe, les journalistes - comme les politiciens - bénéficient d'une exemption de résultats tout-à-fait hallucinante dans l'inconscient collectif. Enfin bref.

    J'ai déjà eu plusieurs discussions sur la signification de la dimension "populaire" dans la littérature que je défends et je dois dire que je regrette pour ma part la dimension élitiste, pour ne pas dire précieuse, que prends souvent le roman noir contemporain et c'est plutôt dans un joyeux mélange de références variées, venant aussi bien du cinéma que de la BD, que je me reconnais le plus dans une culture que je qualifierais d'authentiquement populaire, et sans que cela ne soit péjoratif à mes yeux.

    Si un jour, vous devenez éditeur, appelez-moi. :)

    En souhaitant une longue vie à "Ici je suis ailleurs",

    Amitiés,

    Pierric Guittaut

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