Accéder au contenu principal

Constantine (Série télévisée)


... Dix ans après le film de Francis Lawrence dans lequel Keanu Reeves interprétait une version « gendre idéal » de John Constantine (Pour en savoir +), NBC a développé une série télévisée basée sur les aventures du prolétaire de l'occulte créé au mitan des années 1980 par Alan Moore, John Totleben & Steve Bissette dans les pages de Saga of the Swamp Thing (le numéro 37 pour être précis). 
L’idée venait de Bissette & Totleben qui voulaient dessiner un personnage sous les traits du chanteur Sting, alors chanteur du groupe Police dont ils étaient fans
On est alors à l’aube de l’ère du grim and gritty, ces histoires brutes de décoffrage et sinistres, qui tentent d’introduire des effets de réel dans la bande dessinée de super-héros ; même si John Constantine n'est pas à proprement parler un super-héros (Pour en savoir +) il fait partie du genre. 
Moore justement, avant de s’occuper de Swamp Thing, avait tenté de répondre à une question : Que ferait un être tel que Superman dans le monde qui est le nôtre ? 
La réponse a été la série Marvelman (alias Miracleman aux U.S.A) (Pour en savoir +) paru dans la revue britannique Warrior avant de connaître une publication chez l'éditeur Eclipse outre-Atlantique. 
Le grim and gritty qui commence peu ou prou officiellement en 1986 avec Dark Knight Returns (Frank Miller) et Watchmen (Alan Moore) n’est pas apparu ex-nihilo ; il est la cristallisation, la ponctuation (c’est-à-dire une phase d’évolution rapide) comme disent les biologistes, des soubresauts qui ont agité la décennie précédente. (Pour en savoir +)  (Pour en savoir ++) et qui ne se calmera pas dans les années 1980 : Reagan est au pouvoir aux Etats-Unis, Thatcher en Grande-Bretagne, Pinochet au Chili, etc.
Introduction à Hellblazer par Jamie Delano 1992
Selon Claude - Jean Bertrand l’Américain associe à chaque période de son Histoire et à chaque aire géographique un héros. 
Le Puritain rappelle l’ère coloniale, les Pères fondateurs sont liés à la naissance de la Nation, les trappeurs (Daniel Boone en tête) traversent les Appalaches, Buffalo Bill & la Frontière, etc. 
En extrapolant il m’apparaît que le zeitgeist agit de même sur les créateurs (dans le sens large de l’acception du terme), et qu’en outre, on ne peut guère échapper à ce qu’Emile Faguet a appelé la théorie de l’innutrition, c’est-à-dire l’assimilation des modèles, des genres, des thèmes littéraires par tout un chacun pour ensuite les mettre "à sa sauce", et créer à partir d'une base existante de nouvelles choses. 
Avec John Constantine Moore a sorti la magie de son vase vénitien et l’a flanquée dans le ruisseau ; l’idée ne paraissait pas mauvaise, de l’éloigner autant que faire se pouvait des conceptions petite-bourgeoises sur le grignotage des ailes de poulet par les jeunes filles du grand monde d’où venaient en priorité les magiciens qui peuplaient, et peuplent encore la pop culture. 
John Constantine, ce magicien (?) prolétaire est donc à mes yeux, comme le propose Claude – Jean Bertarnd, un héros correspondant à une aire géographique et à une période de l’Histoire.
Ce n'est donc pas un hasard qu'il soit un magicien anglais de "basse extraction" issu de l'imagination d'un des représentants de ce qu'on a appelé la "vague anglaise" dans le milieu des comic books, lui-même né dans la frange prolétaire de la population de Northampton.

Et c’est pour cela que la version cathodique me semble plus s’inspirer de la version de l’univers classique de DC Comics (une série justement intitulée Constantine) que de celle de Vertigo (dont le titre était Hellblazer), une collection au sein de DC Comics, destinée à la "génération X dont on parlait beaucoup aux Etats-Unis à l’époque (début des années 1990), généralement déboussolée et cynique, qui lit de l'horreur et retrouve dans ces comics l’atmosphère un peu nihiliste du monde actuel".(Cf. Patrick Marcel) ; en ce sens qu'il épouse l'aire de son Histoire et de son époque. 

L'une des particularités de John Constantine est qu'il est de mon point de vue un anti-héros c’est-à-dire une variation du héros (forcément), qui fait le Bien mais à son corps défendant contrairement au héros, mais qui peut tout aussi bien faire le Mal sans pour autant être classé du côté des "méchants".
De plus, c’est un personnage qui s'est donné pour but de s'attaquer au "Système" ou de ne pas se laisser enfermer par lui.
En tout cas, ce qu'il entreprend le mettent à mal. 
Et en ce qui concerne plus précisément John Constantine (celui du label Vertigo surtout), j'ajouterai une certaine tendance au nihilisme ou plutôt au Tragique. 
La série télé a l'élégance de se souvenir d'où vient ce personnage
... L’une des forces du capitalisme c’est d’être capable de siphonner à la base le potentiel des idées, et de créer des outils sans cesse réajustés à un but qui lui reste inchangé : faire du cash
Toutefois une série télévisée puisque c’est de cela dont nous parlons ici, peut être, parfois, le résultat d’une relation à la fois antagoniste et complémentaire entre l’originalité créatrice et la force du capitalisme dont je vient de parler : une machine à standardiser et à faire du « box-office ». 
Néanmoins, là où certaines séries préservent des aspects inventifs et même parfois épiques, en tout cas une matière à fascination, la version télé de Constantine ne propose elle, que des histoires taillées à la hache dans une forêt de clichés ; du moins pour celles que j’ai vues c’est-à-dire les histoires des deux premiers épisodes.

Bref une série télévisée qu'on peut ne pas voir. [-_ô]

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®