lundi 9 novembre 2015

Soleil rouge (Bronson/Mifune/Delon/Andress)

... Tout le monde connaît peu ou prou la structure en 3 actes utilisée par le non moins célèbre Joseph Campbell (entre autres), célébrité qu’il doit en grande partie à George Lucas celui-ci s’étant inspiré des travaux du mythologue pour structurer son film : La Guerre des étoiles (notamment), et ce dernier ne s’est pas fait prier pour le faire savoir. 
Campbell au travers du concept dit du monomythe (Pour en savoir +) avance que toutes les histoires sont construites sur un seul et même patron lequel comporte trois actes que l’on peut résumer ainsi : 

départ – initiation – retour

Si ce découpage, que l’on retrouve souvent pour ne pas dire toujours lorsqu’il y a un récit mettant en scène un héros - je rappelle que le héros a besoin de trois choses pour apparaître : être médiatisé, c’est-à-dire qu’il a besoin d’une histoire ; il doit affronter la vie sur le mode du combat ; et il lui faut une structure initiatique : un parcours - donc si ce découpage marche aussi bien avec nous c’est peut-être que d’une certaine manière la culture s’inspire de la nature.
Je m’explique. 

En effet ce que d’aucuns appellent la littérature hippocratique, autrement dit la littérature médicale de la Grèce antique avait très tôt montrée que la fièvre par exemple, évoluait d’un moment où il ne se passe rien – la bonne santé – à un point culminant, qui est la phase aiguë, celui de la fièvre maximale, et puis ensuite, heureusement, la fièvre retombe, et donc le mal est jugulé et on retrouve la santé.
Ou alors la fièvre ne retombe pas et le malade meurt.
Il est intéressant de voir que le schéma mythique autrement dit le parcours du héros, est aligné sur le schéma biologique (Cf. Jean-Jacques Wunenburger).
Voilà peut-être pourquoi le monomythe, pour reprendre le terme de Joseph Campbell, outre qu’il est spectaculaire (la courbe de Gauss), est aussi surdéterminé chez l’être humain (c'est-à-dire qui se retrouve dans de nombreuses cultures et qu'il trouve en nous un receptacle accueillant) car, commun à la Nature & à la Culture.
Or donc si l’on suit la courbe en cloche (dite de Gauss) de la fièvre on obtient ce que l’on peut appeler la grammaire du héros : exposition – péripéties qui mène vers l’apogée (avec risque de mort) – dénouement.
Je disais précédemment & ailleurs (Pour en savoir +) qu’il doit y avoir une structure initiatique, initiation par le combat, dans le parcours du héros ; en effet celui-ci après le dénouement n’est plus le même.
Le processus initiatique, son aventure l’a transformé.
À partir de ce schéma, que l’on peut trouver à la fois simpliste et pour le moins répétitif s’il est utilisé pour chaque récit comme on le dit souvent, celui qui raconte une nouvelle histoire va devoir proposer des variations pour amener de la nouveauté et rester captivant.
C’est peut-être sous cet angle qu’il faut alors comprendre les propos de John Sturges, célèbre réalisateur, qui disait :
« Un western doit ressembler aux autres westerns. Personne ne se plaindrait d’entendre Beethoven joué perpétuellement de la même manière. Un western est un divertissement formel, bien contrôlé. Il y a le bien et le mal, une poursuite, un duel au pistolet. Il est bien inutile de vouloir faire des westerns différents. Ce qu’il faut c’est faire toujours le même western, mais le faire mieux et autrement. » 
(décembre 1962) 


Les années 1960 et 1970 ont connu un engouement très fort pour les traditions asiatiques et, surtout, il n'était pas nécessaire d'aller jusqu'à l'autre bout du monde pour les connaître.
Les livres de traditions japonaise étaient très en vogue sur les campus universitaires américains.
Ces modes de pensée apparaissaient comme une alternative au modèle occidental et attirait une jeunesse soucieuse de donner un cadre à ses envie de contre-culture (Cf. Alexis Lavis).
Au début de ces mêmes années 1970, le western européen semble alors s'essouffler. Sergio Leone son porte-drapeau le plus emblématique, s'en détourne et le grand écran, ne propose plus alors que de pales imitations ou alors des comédies comme On l'appelle Trinita.
En 1971, la France contre toute attente, va accoucher d'une perle dans le genre : Soleil Rouge.
Terence Young le réalisateur réunit une distribution internationale : Charles Bronson, Toshiro Mifune, Alain Delon, Ursula Andress, Luke Meranda pour n'en citer que quelques uns des acteurs.
Chose amusante Bronson a déjà tourné Il était une fois dans l'Ouest et Delon (les deux acteurs se sont rencontrés et ont sympathisé sur le film Adieu l'ami) Le Samouraï, alors que le sujet du film de Young est justement la rencontre d'un samouraï et de l'Ouest américain.
En effet Link Stuart (alias Charles Bronson) va devoir collaborer avec Kuroda Jubie (alias Toshirô Mifune) pour rattraper Gotch Kink (alias Alain Delon).
Delon campe un salaud de tout premier ordre, Bronson un pícaro (Pour en savoir +) dans toute sa splendeur & Mifune un samouraï "plus vrai que nature".
Le film vaut autant par le divertissement qu'il procure, pour vous donner une idée on dirait du Tarantino réussi (je me suis laissé dire que même ce dernier n'y arrive plus [-_ô]), que pour le regard qu'il pose sur la culture japonaise. Non pas celle des années 1970 mais bien celle dite féodale.
À la fois magnifique western qui lorgne parfois du côté de son cousin transalpin, et comédie burlesque.
Et bien entendu film de sabre japonais (chanbara).

Messieurs-dames, avec mes amis on va vous jouer la revue traditionnelle du Far West est, vous devez en avoir entendu parler.Ça s'appelle un hold-up.
Link Stuart
Méta-western (le terme "méta" est à entendre comme une création qui relève de la citation) par moment, Soleil rouge est aussi un film qui s'inspire du monomythe sans jamais être ennuyeux.
Postmoderne également en ce sens qu'il relève également du collage & de l'hybridation.

Une réussite que l'on doit aussi à son casting : l'alchimie entre Bronson & Delon est patente, un Charles Bronson au sommet de son art, excellent dans tous les registres.
Capable non seulement de capter la lumière lorsqu'il est à l'écran, mais aussi d'éclairer les acteurs présents.
Toshirô Mifune n'a jamais autant mérité son surnom de "John Wayne japonais", et Ursula Andress campe une femme de caractère en plus de prêter sa plastique irréprochable à Cristina la putain.
La musique est à la fois incontournable en terme d'apport au récit, mais tellement réussie que paradoxalement elle se fait oublier.  
Soleil rouge fait partie de ces films qui de mon point de vue, se regardent de nombreuses fois, sans jamais perdre l'attrait qu'il ont eu dès la première.
Le poids des ans n'a pas de prise, et la satisfaction du spectateur est à chaque fois de la partie.
Bronson a été à mon avis un immense acteur, la fin de sa carrière a peut-être occulté cet aspect notamment son rôle de vigilante new-yorkais ; avec un film comme Soleil rouge où éclate son talent, ça ne fait aucun doute qu'il fait partie des très grands du 7ème art.    

2 commentaires:

  1. J'approuve : j'ai une grande affection pour "Soleil rouge", western souvent méprisé, tourné en ridicule, mais que j'ai découvert enfant.
    Bronson fait partie de ce passé aussi : il me renvoie à de grands souvenirs comme "Les 7 mercenaires", "La grande évasion", "Le bagarreur", "De la part des copains", "Adieu l'ami", et bien sûr "Il était une fois dans l'Ouest".
    Delon, malgré ses récentes déclarations douteuses, est lié aussi à de nombreux films qui m'ont accompagné : "Borsalino", "Les aventuriers", "Le Cercle rouge", et (tiens, tiens) "Le Samouraï".
    Ces deux comédiens partageaient une présence magnétique à l'écran, une façon de jouer sans paraître composer des personnages : à l'instar de Steve McQueen, il leur suffisait de traverser l'écran pour imposer leurs personnages et subjuguer le spectateur en quête de héros. C'est, à mon sens, une catégorie d'acteurs qui a disparu.
    Toshiro Mifune et Ursula Andress ajoutaient à l'exotisme décalé de ce western. C'était un véritable ovni, mais dont je ne me lasse pas : on peut légitimement souvent râler contre les redifs à la télé, mais il y a quand même des films qu'on revoit comme on retrouve de vieux amis.

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  2. Tu as tout dit, merci.

    Et bienvenue. [-_ô]

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