jeudi 30 juin 2016

Harrow County (Bunn & Crook)

... Le Sud (des U.S.A.) bouillonne d’énergie littéraire, au moins depuis Allan Edgar Poe, et à partir de William Faulkner les thèmes du gothique anglais sont devenus ceux du Sud à tel point qu'il y a une tradition, une école du "gothique sudiste".
Faulkner qui écrit : « ce Sud profond mort depuis 1865 et peuplé de fantômes bavards [..] » ou Cormac McCarthy évoquant des « ruines d’arbres géants » est aussi celui d’HARROW COUNTY de Cullen Bunn & Tyler Crook.
 On y trouve ce même sentiment de culpabilité qui hante toute cette littérature ; tout autant que l’innocence perdue, le culte du passé et le refus de la modernité. 
N’oublions pas que le Sud est le seul endroit aux Etats-Unis à avoir connu la défaite et l’occupation.
Pour l’homme du Sud la terre est sacrée, et ceux qui ont lu le premier tome intitulé « Spectres innombrables » savent de quoi je parle.
Le sous-titre de ce premier recueil a d’ailleurs une histoire ; il s’agit d’un roman inachevé que Bunn a publié sur la Toile (« Countless Haints » en version originale). Un roman où il est aussi question d’une jeune fille qui va devenir une femme, et qui rêve d’un arbre en haut de la colline, et à qui son père reproche gentiment de vouloir le quitter bien trop vite. On y retrouve presque telles quelles certaines scènes, transposées, dans la bande dessinée :
[..] Pa’s eyes glittered in the lamplight. “You in such a hurry to grow up and leave your old father alone?” [..] Madrigal dreamed of the tree upon the hill. […] “Lies,” the tree said, “Lies.” In the dream, lightning sizzled across the blackening sky, bright as witch’s fire. Madi woke and sat up in bed. Even though the night was warm and the cramped room was stuffy, she drew the patchwork blanket up close. Moonlight trickled in through the bedside window, painting the room in an eerie blue haze—the color, or so she’d always thought, of haints. They were all around her, crowding close to her bed, watching her. Countless haints. [..]
À cet égard il se dégage d’HARROW COUNTY une atmosphère presque onirique (tout comme souvent dans le gothique sudiste), qui dans une certaine mesure atténue la dureté de ce qui est montré : là un lynchage, ici un écorché ….., grâce à une palette de couleurs où domine le pastel. Le gothique qu’il soit anglais, sudiste ou encore moderne est une littérature mystérieuse, envahie par des présences secrètes, inhumaines et terrifiantes. Le vocabulaire spectral y est omniprésent et les limites entre la vie et la mort deviennent nébuleuses et floues. Si dans le gothique sudiste le Mal est toujours une préoccupation majeure, à l’instar de son ancêtre de la « perfide Albion », la frontière qui le sépare du Bien y est difficile à tracer. Le gothique sudiste est une littérature qui refuse le manichéisme. 
 ... Et pour ce que j’en ai lu, Cullen Bunn & Tyler Crook donnent à cette littérature un pendant dans le domaine de la bande dessinée dont ils n’ont pas à rougir. 
Bien au contraire !


Harrow County - Tome 1 : Spectres innombrables 
Scénariste : Cullen Bunn 
Dessinateur et Coloriste : Tyler Crook 
Traducteur : Xavier Hanart 
Lettrage : Fred Urek 
Glénat Comics / Prix : 14.95 € 

Oserez-vous entrer dans le lieu de tous les mystères ? Dans la petite bourgade du sud des États-Unis de Harrow County, Emmy a toujours su au fond d’elle que les bois qui entourent sa maison étaient peuplés de fantômes, gobelins et autres zombies. Mais le jour de son dix-huitième anniversaire, elle va découvrir qu’elle est connectée à ce lieu, et aux monstres qu’il renferme, d’une façon qu’elle n’aurait jamais imaginée... Peu à peu, elle sent d’étranges pouvoirs naître en elle. Est-elle prête à affronter tous les mystères de Harrow County ?

2 commentaires:

  1. Va vraiment falloir que je me penche sur cette série.

    (Accessoirement, je galère parfois à accéder à cette fonction réponse, si bien que j'en suis parfois réduit à lire sans pouvoir commenter. Je crois avoir trouvé la parade, mais ça ne marche pas à tous les coups).


    Jim

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  2. Le traducteur Xavier Hanart m'a confié que c'était l'un des boulots qu'il a pris le plus de plaisir à livrer. Il est très content non seulement de son travail, mais surtout de la rencontre avec cette BD.



    Jim

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