Accéder au contenu principal

Le Club (Michel Pagel)

Dans le domaine de la fiction le statut fictif ou non d’un personnage est indexical.

C’est-à-dire que la valeur que cette situation recouvre (fictif ou pas), dépend des caractéristiques du contexte dans lequel ce statut est interprété. 
La nature d’un personnage, de fiction ou réel, dépend respectivement du moment, du lieu et du sujet de l'énonciation.

L’éditeur de bande dessinée étasunien DC Comics a très souvent utilisé cette propriété, car son univers a longtemps reposé sur l’idée de Terres parallèles où des versions différentes de ses personnages vivaient des aventures tout aussi différentes.
L’exemple le plus connu est certainement celui de Flash (alias Barry Allen) le bolide de ce qu’on appelle chez DC Comics « Terre 1 », qui connaissait le Flash de « Terre 2 », alias Jay Garrick, avant même de le rencontrer lors d’un épisode fameux (Pour en savoir +) sur une « Terre 2 », justement parce qu’il en lisait les aventures dans des comic books.
Ainsi sur « Terre 1 » Jay Garrick est-il un personnage de BD, alors que sur « Terre 2 », un univers parallèle en fait, il est un super-héros tout à fait réel. Toutes choses égales par ailleurs.
La bande dessinée dans ce cas est un "médium" dans tous les sens du terme.

L’idée de Michel Pagel pour ce livre est plutôt simple : «Tiens, et si les membres du Club des 5 se retrouvaient une fois adultes et vivaient une nouvelle aventure, ça serait rigolo, ça » (Pour en savoir +). 

Au final l’auteur « rechape » le whodunit (kilafé), terme inventé dans les années 1930 – probablement aux [b]U.S.A.[/b] -  pour désigner un type de films (et non pas un type de romans comme on pourrait le croire), sans en gommer les spécificités – le roman d’énigme « classique » popularisé par des auteurs comme Agatha Christie - en un jeu du chat (de Schrödinger) et de la souris ; et y plonge les membres du CLUB DES 5.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous, ...... hormis que les personnages de fiction (ceux du CLUB DES 5) sont devenus, dans LE CLUB, réels, selon la propriété indexical susmentionnée, avec tout ce que la réalité implique de changements par rapport au monde de la fiction.

La simplicité de mon bref résumé et la toute aussi simple idée de départ de l’auteur, ne suffisent pas à rendre compte de la richesse que contient ce roman. 
C’est bien simple, LE CLUB est à l’image du Tardis le vaisseau spatio-temporel du docteur Who maquillé en cabine d'appel de la police : plus grand à l’intérieur qu’il ne paraît l’être vu de l’extérieur (seulement 160 pages).

Faut-il avoir lu le CLUB DES 5 dans la Bibliothèque rose pour en être ?

Pas du tout, Michel Pagel apporte tout ce dont a besoin le lecteur pour en être (et bien plus encore).

LE CLUB est définitivement un livre pour ceux qui aiment aimer ce qu’il lise.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de Fershid Bharucha. Cette illustration est, nous dit Brian Bolland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien Tanino Liberatore en a tiré une version peinte (...). »
Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke, alors pré-publié sous le titre de  Souriez, Jean-Paul Jennequin livre un article de  deux pages :
C'est tout pour aujourd'hui ! 
(Tous mes remerciements à Albert.)

Breach [Bob Harras / Marcos Martin]

Brève série de 11 numéros, Breach à l'immense avantage de pourvoir être lue sans connaissances préalables de ce qu'il est plus ou moins convenu d'appeler l'univers DC Comics. Envisagé comme une relance de Captain Atom, un personnage qui a notamment fait partie de l'écurie Charlton et a servi de modèle au Dr Manhattan, le personnage éponyme endossera finalement les atours du nouveau venu. 
Création de Bob Harras et de Marcos Martin, cette pourtant excellente série n'a visiblement pas été très soutenue par l'éditeur et, conséquences inévitables, n'a pas trouvé son lectorat. Je fais d'ailleurs partie de ceux qui sont passés totalement à coté.
Sacrifiée sur l'autel de la rentabilité, Breach mérite pourtant qu'on lui prête attention. 

       Le premier numéro, de 28 planches (extra-sized) donne d'ailleurs immédiatement le ton.
Plongé directement dans l'action, le lecteur découvre que l'articulation de la série se fera au travers d'un

Le jeu de la damnation [Clive Barker / Jean-Daniel Brèque]

« Rien n'est plus terrifiant que de donner à imaginer quelques abominations tapies derrière une porte, pour ne surtout jamais l'ouvrir, au risque de décevoir le lecteur. Car son imagination sera toujours plus fertile que les terribles images que s'échine à y injecter le conteur ».
Frappé au coin du bon sens, cet évangile de l'horreur dispensé depuis la ville de Providence dans l'État du Rhode Island, en 1979 par William F. Nolan, est cependant devenu obsolète depuis que des auteurs de l'envergure de Clive Barker ont mis un pied dans le genre.
« Le jeu de la damnation », traduit par Jean-Daniel Brèque en est un exemple frappant. Je dirais même que sans « les terribles images » qu'y injecte Clive Barker, ce roman ne serait pas ce qu'il est. 

            En effet le natif de Liverpool s'inspire ici d'un conte populaire bien connu, dont le titre du roman ne fait pas mystère du thème, et qui tient tout entier son intérêt dans l'imagination fertile …