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Un océan de rouille [C. Robert Cargill / Florence Dolisi]

Un océan de rouille, dont l'indispensable couverture d'Aurélien Police dit tout ce qu'il faut savoir du pacte de lecture qui attend le lecteur, est un magnifique tour de force.
De fait,  stocké, fragmenté, sous une forme ou une autre, le roman de C. Robert Cargil est déjà disponible dans l'imaginaire collectif. Mais le coup de maître du texan est justement de n'avoir pas voulu créer un alphabet nouveau, un projet qui ne fait généralement pas de prisonnier, mais plutôt une nouvelle combinaison de mots anciens. Pour le coup très attractive.

            Dans un avenir lointain, post-humain, post-singularité, l'alternative est simple : faire partie d'une UMI (Unification Mondiale des Intelligences), ou faire face à l'obsolescence programmée en étant libre.
Un océan de rouille met en concurrence ces deux options au travers du destin de Fragile, une Aidante modèle Simulacrum. Une cannibale.

Or donc, si Fragile se verra embarquée dans une quête vitale, son périple sera aussi l'occasion d'apprendre comment, et surtout pourquoi, la civilisation humaine a disparu.
Si le « comment » est bien plus tordu qu'un tire-bouchon, j'oserais qualifier d'original le « pourquoi ». Nonobstant l'impression d'arpenter un tatamis littéraire qui l'a souvent été.
Dans le même ordre d'idées, si l'auteur n'évite pas un anthropomorphisme fonctionnel, il n'oublie pas qu'il met en scène des machines. Ainsi les raisons qu'a Fragile de rejoindre un groupe de fugitifs sont-elles liées à sa nature. C'est certes simple, mais c'est surtout efficace.

Une épithète qui convient d'ailleurs parfaitement à la totalité du roman.

            En effet, Un océan de rouille fait preuve d'un aérodynamisme textuel et diégétique dont l'énergie est particulièrement communicative. Ses (±) 370 pages magnétiseront à nulle autre pareilles les amateurs de sensations fortes que n'effraient, ni les tôles froissées, ni les génocides, ni les bonnes histoires.    
Premier roman de l'année 2020 du département éditorial Albin Michel Imaginaire©, premier roman traduit en français de C. Robert Cargill, et premier « service de presse » en ce qui me concerne, Un océan de rouille sera disponible à partir de demain dans toutes les librairies. Au prix unique de 21,90 euros.

Une belle façon de commencer l'année ! (si vous voulez mon avis)
_________
Et si vous en voulez d'autres ; Feydrautha vous en donne un sur la V.O, et Yogo sur la V.F, traduite par Florence Dolisi.
En outre, Albin Michel Imaginaire© offre de télécharger gratuitement Hell Creek, une nouvelle de C. Robert Cargill [Pour en savoir +].      

Commentaires

  1. Et bein, difficile de passer à côté avec cet avis enthousiaste !
    J'espère que tu vas bien, meilleurs voeux et amitiés,
    Fredo

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