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Archangel [William Gibson / Michael St John Smith / Butch Guice]

Écrit à quatre mains, une collaboration dont William Gibson dira que le résultat est un produit de la non-additivité. Ce que William Burroughs & Brion Gysin appellaient le «tiers-esprit » ; c'est-à-dire que la somme des talents est plus grande que l’addition des aptitudes singulières. 
Le scénario est ensuite passé entre celles du dessinateur Butch Guice, puis d'Alejandro Barrionuevo à partir du quatrième numéro. La série a été encrée par Tom Palmer, aidé de Guice. Le poste de coloriste aura aussi droit à son jeu de chaises musicales ; Diego Rodriguez puis Wes Dzioba.
Un travail à la chaîne que connaissent bien ceux qui s'intéressent à la bande dessinée étasunienne, mais qui pour le coup montre largement ses limites. Les planches sont en effet assez inégales. Mais Alejandro Barrionuevo n'est le seul à blâmer, d'autant qu'il fait le découpage de chaque numéro. On peut d'ailleurs apercevoir dès le premier une nette différence entre les planches, pourtant dessinées par Butch Guice.  
C'est d'autant plus regrettable qu'un Butch Guice en pleine forme aurait parfaitement convenu à l'ambiance de la mini-série.
Laquelle a été commercialisée en France dans un recueil traduit par Philippe Touboul, et lettré par Fred Urek. Une équipe qui a l'habitude de travailler pour les éditions Glénat™.

            Comme je l'évoquais dernièrement à demi-mots, « Archangel » s'inspire d'une idée du voyage dans le temps qu'avaient déjà utilisée Lewis Shiner & Bruce Sterling [Pour en savoir +] au mitan des eighties
Laquelle permet notamment de s'affranchir de manière très élégante des fâcheux paradoxes que de tels voyages ne manquent jamais de créer. 

            Ainsi In the Shadow of the Moon, de Jim Mickle, est un film qui repose entièrement sur eux. Que le hasard a voulu que je vois juste après avoir fini « Archangel », et pendant ma lecture de Périphériques, le roman de Gibson, publié dernièrement par les éditions Au Diable Vauvert™.

Et tout aussi astucieux roublard que soit le scénario du film de Mickle, utiliser les paradoxes est à double tranchant. 
Surtout que In the Shadow of Moon s’appuie sur une interversion bien connue mais toujours problématique.
Reste un thriller qu'on peut suivre avec plaisir, quand bien même on voit venir une ou deux articulations scénaristiques. Et si une durée un peu plus courte, et une fin plus ambigüe, aurait été encore plus à mon goût. 
             Or donc, « Archangel », pour en revenir à mon sujet du jour, est une histoire de Sf de type rétro-futuriste. Autrement dit le futur décrit y est tel qu'on pouvait l'imaginer dans les années 1970/1980, lorsque l’apocalypse nucléaire de la Guerre froide© était encore très présent dans l'imaginaire collectif occidental. 
Mais là où Sterling & Shiner donnaient à voir, dans leur nouvelle, une forme de capitalisme culturel sauvage à l’œuvre, Michael St John Smith & William Gibson optent pour une autre direction, tout aussi plausible.
            Au final, jouant sur un présent qui aurait tout aussi bien pu être notre futur (vu des années 1970/1980), et malgré une qualité graphique qui ne fera pas date, « Archangel » est une histoire captivante.
Dont le principal défaut est d'être trop courte. 

Mise en œuvre de l'hétérotélie, concept façonné par le sociologue Jules Monnerot qui veut que « les actions humaines engendrent des effets indésirables », dont on ne s'aperçoit parfois des effets que sur le temps long. « Archangel » est un divertissement qui peut donner à réfléchir. Sans ennuyer.            

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