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Les soldats de l'impossible




... Les soldats de l'impossible est un film de guerre réalisé à hauteur de troufion, c'est le parcours chaotique de David Manning seul rescapé de sa compagnie qui n'a qu'une seule idée en tête "sauver sa peau" ; formule qu'il utilisera à la façon d'Émile Coué. Et pour ce faire il a un plan.

Mais Manning va apprendre à ses dépends que la carte n'est pas le territoire.

Ceci n'est pas une pipe

Film spectaculaire certes, mais surtout film sur les rapports humains sous le feu des combats.


Manning qui va passer en l'espace de quelques jours du statut de 2ième Classe à celui d'officier n'a rien d'un personnage sympathique, "sauver sa peau" est sa seule idée quel qu'en soit le prix. Et son ascension ne doit rien à l'altruisme de ses supérieurs mais plutôt à une vision utilitariste de l'homme.

Une atmosphère pesante, délétère exacerbée par une réalisation impeccable qui fait bien ressortir la dureté de la vie de ces hommes usés, fatigués  et/ou inexpérimentés à qui on demande de monter au front à n'importe quel prix.

La bleusaille

Si le film se déroule durant la Seconde Guerre mondiale il se focalise toutefois sur un microcosme qui en est cependant le reflet exact. Une fractale (vicieuse) en quelque sorte, où les relations sont établies sur une échelle hiérarchique de dominance. L'individu ne peut survivre qu'en défendant la cohésion due son groupe par soumission à une échelle hiérarchique de dominance, ce qui permet l'établissement de la dominance du groupe sur d'autres groupes (Cf. H. Laborit). Une fractale donc que l'on retrouve au sein de l'escouade, de la compagnie, du bataillon et finalement de la Guerre elle-même. 

Manning lui, va pousser cette logique jusqu'au bout du bout.


Si le titre laisse entendre d'une certaine manière qu'il va être question d'héroïsme ce n'est pas vraiment le cas (le titre original When trumpets fade / Quand les clairons se taisent me semble plus évocateur de l'esprit du film), sauf peut-être dans le dernier quart d'heure du film et encore. C'est avant tout une action héroïque dictée par l'idée (encore) de "sauver sa peau", ce qui n'enlève rien à l'acte lui-même.


Hormis les deux panneaux ci-dessus qui apparaissent à la toute fin du film et qui relativisent les faits d'arme de ces quelques 24 000 soldats en regard de l'Histoire, et à fortiori du commando réduit emmené par le lieutenant Manning, ... mais certainement pas aux yeux de ceux qui les aimaient.

Il est d'ailleurs symptomatique que l'action d'éclat, c'est le cas de le dire, ne trouvera aucun écho dans le film, celui-ci se terminant sur une séquence semblable à celle qui ouvre l'histoire. Tout un programme. 


Un film d'enfer dans la lignée de la série télévisée Frères d'armes.

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