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Le jeu de la damnation [Clive Barker / Jean-Daniel Brèque]

« Rien n'est plus terrifiant que de donner à imaginer quelques abominations tapies derrière une porte, pour ne surtout jamais l'ouvrir, au risque de décevoir le lecteur. Car son imagination sera toujours plus fertile que les terribles images que s'échine à y injecter le conteur ».
Frappé au coin du bon sens, cet évangile de l'horreur dispensé depuis la ville de Providence dans l'État du Rhode Island, en 1979 par William F. Nolan, est cependant devenu obsolète depuis que des auteurs de l'envergure de Clive Barker ont mis un pied dans le genre.
« Le jeu de la damnation », traduit par Jean-Daniel Brèque en est un exemple frappant. Je dirais même que sans « les terribles images » qu'y injecte Clive Barker, ce roman ne serait pas ce qu'il est. 

            En effet le natif de Liverpool s'inspire ici d'un conte populaire bien connu, dont le titre du roman ne fait pas mystère du thème, et qui tient tout entier son intérêt dans l'imagination fertile du romancier en matière d'épouvante. Tout est en effet plus ou moins joué dès le départ. 

« L’homme nommé Breer avait déboutonné sa veste. Il ne portait pas de chemise au-dessous. Des broches étaient enfoncées dans la graisse de sa poitrine et venaient se croiser pour transpercer ses seins. Il tendit une main et en retira deux ; le sang ne coula pas. Armé de ces deux aiguilles d’acier, il avança lentement jusqu’au pied de l’escalier. » 

Même si l'attachement que l'on peut ressentir envers certains des personnages entretient le suspense, aveuglés que nous sommes par un retournement de situation en leur faveur.
Mais est-ce seulement envisageable ?

                    « Le jeu de la damnation » est un page-turner affamé, nourrissant un intérêt qu'il ne conçoit que comme exclusif. L'horreur décrite y est viscérale, organique. Si elle nous horrifie c'est uniquement par l'attirance qu'elle nous communique. Une sorte de malsaine pierre de Rosette de notre curiosité.  

Un roman à ne pas mettre entre toutes les mains mais qui rêve, soyez-en sûrs, d'y être.    

Commentaires

  1. Bouquin qui m'a marqué, notamment pour sa scène d'ouverture, quand le personnage patauge dans la neige fondue et traverse la ville, à la fin de la guerre. J'ai passé du temps à essayer de restituer mes sensations à la lecture de ce chapitre, et certaines pages de la Dernière Cigarette constituent ma tentative la plus aboutie en ce sens.
    après, oui, la trame du truc est assez classique, mais tu mets bien le doigt dessus : il génère des impressions et images assez étonnantes…

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