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Vis-à-vis [Peter Swanson / Christophe Cuq]

« Vis-à-vis », de Peter Swanson est, selon son éditeur français, un « thriller psychologique ». Lequel débute par une enquête criminelle dite par interversion. Ou, dans la langue d’Agatha Christie, une « howcatchem ». 
Autrement dit une enquête où le meurtrier est connu par le lecteur dès le tout début de l’histoire. 
            On doit cette innovation, qui date quand même de 1912, à R. Austin Freeman qui le premier l’a utilisée dans un court récit intitulé The Case of Oscar Brodski. L’enquêteur le plus capé dans ce domaine est à ce jour certainement le lieutenant Columbo, de la police de Los Angeles
Mais « Vis-à-vis » n’est pas sans rappeler non plus le personnage créé par Jeff Lindsay, dont la notoriété a largement dépassé le cercle des amateurs du (mauvais) genre littéraire grâce à une série télévisée, diffusée durant huit saisons. 
Cependant, malgré cet héritage « Vis-à-vis » s’écarte rapidement, et pour n’y revenir qu’à la toute fin, de l’univers policier.
            En effet, cette histoire de 296 pages traduite par Christophe Cuq, prend un virage définitivement psychologique en faisant s’affronter une jeune femme bipolaire et un meurtrier que Robert Louis Stevenson a dû regarder d’un œil attendri. 
Toutefois, en dépit d’un aguerrissement qui se compte en plusieurs dizaines d’années de lecture, j’avoue avoir été surpris par la tournure des évènements. 
Sachez que le paragraphe suivant va vous éventer une partie du roman : 
Par exemple : alors que Hen, le personnage principal, commence et entretient un dialogue au travers de plusieurs rencontres avec Matthew, le tueur dont elle a découvert les agissements. Et qu’elle sait qu’il compte plus d’une victime à son actif. Elle ne trouve rien de mieux que de l’écouter lui dire que son mari la trompe, d’y croire, pour finalement le confronter. Ce n’est pas comme si elle avait mieux à faire non plus !!!
Fin du paragraphe.
À ce moment-là, tout en ayant nourri de sérieuses présomptions, j’ai su que Matthew (alias Peter Swanson) avait aussi tué ma suspension (chérie) d’incrédulité, dont je n’avais plus de nouvelles depuis déjà pas mal de page. 
Une disparition du pacte de lecture due en partie à l’usage presque gênant que fait le romancier du « lampshading ». 
Excusez l’usage – encore une fois –de l’anglais, mais cette fois-ci je ne connais pas d’équivalent en français. 
            Bref, le « lampshading » est un procédé scénaristique où l’auteur, très au fait de l’utilisation, dans sa propre histoire, de ficelle(s) bien trop visible(s) pour ne pas en malmener la vraisemblance, prend le parti d’attirer encore plus l’attention sur elle(s), en plaquant dans la bouche de ses personnages ce que n’importe quel lecteur en pensera tout bas. 
L’idée est d’en atténuer la perception négative, d’en désamorcer la critique et de passer à autre chose. 
S’il est parfois ironique, le « lampshading » est néanmoins toujours le symptôme d’un auteur un poil fainéant. 
Arrivé à ce point de ma critique, il ne faut pas être un très fin limier pour comprendre que ce roman n’est pas parvenu à me plaire. 
            Je ne vais donc pas vous faire perdre plus de temps ; « Vis-à-vis » est très loin de l’idée que je me fais d’un thriller. Même psychologique. 
Ce qui vaut aux écrits de Peter Swanson d’être définitivement renvoyés dans les limbes d'où je n'aurais pas dû les sortir.
Non mais !

Commentaires

  1. Mon commentaire a du mal à passer.
    Je réaffirme mon avis sur cette lecture.
    Un navet,aucun intérêt. A éviter. Le début ça allait,après j’ai abandonné. Un thriller à 2 balles.

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