samedi 31 décembre 2016

Parages des voies mortes (William S. Burroughs)


Cure de désyntaxication 

…. Fantôme influent de la sphère occidentale de l’imaginaire commun, William S. Burroughs dont les ouvrages ne prétendent pourtant guère au cycle de l’action conditionné, y est partout présent. Ou presque : acteur chez Gus Van Sant (par exemple), leading role d’un biopic pour Cronenberg sous les traits de Peter Weller, en arrière-plan dans nombre de BD : Watchmen, The Exterminators (Simon Oliver + Tony Moore), L’Odeur des garçons affamés (Pour en savoir +), Black Hole (celui de Charles Burns), etc

Il est même au centre d’une campagne de publicité de l'équipementier NIKE (un rôle à contre-emploi, pour le moins) ; tout en collectionnant à partir de 1967, les occurrences étranges du chiffre « 23 », avec un pied dans l’industrie musicale. 

La carte n’est pas le territoire 

…. Bande dessinée encore, puisque j’en suis venu à lire PARAGES DES VOIES MORTES après avoir découvert quelques numéros de la maxi-série de Jamie Delano OUTLAW NATION, en même temps que j’apprenais que le scénariste britannique s’était servi dudit roman de Burroughs - et de l’autobiographie de Jack Black (YEGG, autoportrait d’un honorable hors-la-loi) que je suis en train de lire – comme adjuvant à sa propre imagination. 
Machine de Burroughs
Vouloir résumer ce roman, c’est comme demander comment marche une montre ; mieux vaut regarder l’heure. 

Mais voilà ce que je peux en dire : on y suit une partie de la vie de Kim Carson, une sorte de pistolero homo, lequel croise des Vénusiens (de loin) tout en s’adonnant au sexe & à la drogue sans modération, et on ne s’y ennuie pas plus que Kim en le lisant. 

« Malheureusement je ne lis pas beaucoup, et lorsque je lis, j’ai tendance à lire de la science-fiction. » William S. Burroughs in LE JOB (entretiens avec Daniel Odier) 

Beaucoup plus accessible que les trois épîtres de sa célèbre trilogie : LA MACHINE MOLLE, le TICKET QUI EXPLOSA & NOVA EXPRESS, l’auteur y utilise une S-F cool, et invente des situations et des contextes nouveaux qui illustrent obliquement ses thèmes. 
Par exemple, au lieu qu’on fasse du temps une sorte de super toboggan de fête foraine, l’utiliser pour ce qu’il est — l’une des perspectives de la personnalité —, ou que le langage obéisse aux même lois de reproduction que les virus. 
Kim y représente exactement tout ce qu'un petit Américain moyen a appris à exécrer. 
Il est vicieux, malsain et sournois. On aurait peut-être pu lui pardonner ses vices. Mais il s'adonne, en outre, à la pratique subversive de la réflexion. 

…. En conclusion PARAGES DES VOIES MORTES, traduit par Sylvie Durastanti, est un exotique moment de détente, qui se lit d’une traite et dont je me demande ce que je vais en retrouver dans le propre projet de Delano pour le label Vertigo

(À suivre ….)

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Meilleurs vœux, et rendez-vous l'année prochaine !


jeudi 29 décembre 2016

BFI : Les classiques du cinéma (BRAZIL)

C'est Diane Lecerf qui a réalisé la couverture de l'édition française
BFI : Les Classiques du cinéma n°3 (BRAZIL) 

Quand les distributeurs américains de Brazil (1985) ont vu le montage européen du film de Terry Gilliam, ils se sont extasiés de sa maestria visuelle, mais ont exigé de nombreuses coupes. La guérilla menée par Gilliam pour préserver l’intégrité de son film fut couronnée de succès et rentra dans la légende d’Hollywood. Brazil est désormais reconnu comme l’un des plus grands films de science-fiction de ces trente dernières années et comme le film clé de la carrière légendaire de Gilliam. 

• Paul McAuley retrace le cours de la production et l’accueil critique, analyse l’imagerie rétrofuturiste et les scènes originales du film tout en démêlant sa toile narrative complexe faite d’accidents, de coïncidences et d’allusions. Explorant des thèmes comme le coût de la collusion avec le pouvoir et la puissance et l’usage du fantastique, ce motif récurrent de la filmographie de Gilliam, McAuley étudie la relation que le film entretient avec le courant dystopique qui dominait le genre de la science-fiction dans les années 70 et 80. Il montre comment sa satire du consumérisme imbécile et d’une autorité de l’état sans contrôle s’avère tout aussi pertinente de nos jours. 
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Paul McAULEY a reçu le prix Arthur C. Clarke. Il est l’auteur de romans policiers et de science-fiction comme Les Conjurés de Florence (1994), Féerie (1995 - Prix Arthur C. Clarke), Les Diables blancs (2004) et La Guerre tranquille (2008). 

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Titre : Brazil 
Auteur : Paul McAuley 
Traduction : Sandy Julien 
Relecture : Studio Zibeline & Co 
Collection : BFI : Classiques du cinéma 
Format : 96 pages, quadrichromie + photos 
Couverture souple 190 x 135 
Prix : 11,90 € 
Sortie : 2 juin 2016 

…. L’intérêt me semble-t-il de la collection BFI : Les classiques du cinéma, éditée en France par AKILEOS n’est pas qu’elle me dise quoi penser des films qu'elle traite mais plutôt de me donner un point de vue supplémentaire au mien, et si possible original. 
En plus d'ouvrir un champ de réflexions qui peut aller au-delà du film en question. 

Des trois films proposés dans la première livraison : Alien, Shining et Brazil, j’ai choisi le dernier. 
Le film de Terry Guilliam, l'un de mes réalisateurs préférés, est l'un de mes favoris de ceux qu'il a fait. 
Et Paul McAuley est un romancier que j’ai longtemps lu avec plaisir, dont le domaine de prédilection - la science-fiction - me semblait être un atout pour un long-métrage tel que celui-ci. 

Sur le contenu lui-même, l'auteur de cet essai rempli son contrat. 
Le film est commenté, remis dans son contexte, notamment le « bras de fer » qui a opposé Terry Gilliam à Sid Sheinberg un cadre d’Universal Studio, il revient sur son accueil au moment de sa sortie, et brièvement sur les différents montages. Il propose en sus, une courte biographie professionnelle de son réalisateur. 

On est ou pas d’accord avec les propos de McAuley, on y apprend des choses, bref je n’ai rien à redire sur cette partie, sinon qu’il vaut mieux avoir le film en tête avant de s’y attaquer. Ou mieux peut-être, le revoir immédiatement après. 
Néanmoins plusieurs points ont retenu mon attention, en dehors du texte proprement dit (qui est quand même assez bref). 

…. Le premier concerne la traduction d’une expression que l’on doit à Darko Suvin (théoricien et critique de S-F), traduite ici par « éloignement cognitif » et que je suppose être en anglais « cognitive estrangement » qui est celle qu'utilise Suvin en anglais dans un essai dont il va être question supra

Il se trouve que cette expression, qui recouvre un champ précis des travaux de Suvin, a fait l’objet d’une traduction antérieure à celle de Sandy Julien : « distanciation cognitive », où le terme « estrangement » est donc traduit par le mot « distanciation » qui exprime non pas la distance en tant qu’elle se mesure en mètres ou en centimètres, mais plutôt l’insolite et l’étrangeté. 
Ce concept de distanciation, auquel se rattache la propre acceptation de Suvin, a notamment été utilisé avant lui par les formalistes russes mais aussi par Bertolt Bretch (dramaturge, écrivain, critique théâtrale, etc.), et elle est de fait assez bien documentée. 
Je trouve qu'éloignement est pour le coup, nettement plus pauvre que distanciation en terme d'évocation. Même si McAuley prend soin, de son côté, de cerner plus précisément l'idée que véhicule cette expression. 

Pour être tout à fait clair, je n'incrimine pas le traducteur, comme je le dis à chaque fois que j'aborde la traduction, il est plus facile d'être l'inspecteur des travaux finis que celui qui la tête dans le guidon, traduit un texte. 
Néanmoins, je précise aussi que je n'ai pas fait de recherches, ni décortiqué le texte, je n'ai fait que le lire.
Terry Gilliam paye de sa personne sur le tournage
Pas de quoi en faire un plat me direz-vous !?

Pas sûr, puisque cette méconnaissance d’une traduction antérieure traduit (sic) aussi un choix (ou là encore, une méconnaissance ?) qui est de ne pas donner l'équivalence des titres des ouvrages référencés par McAuley en français, lorsqu’ils ont été traduits.

Ainsi l’ouvrage dudit Darko Suvin justement, cité dans la bibliographie de l'essai dont il est question ici à savoir Brazil, intitulé Metamorphoses of Science Fiction: On the Poetics and History of a Literary Genre (1979) a-t-il connu une édition francophone titrée : Pour une poétique de la science-fiction aux Presses de l'Université du Québec en 1977 (traduction de Gilles Hénault).

Une édition francophone antérieure à l’originale il faut le souligner (sic), dont elle serait la traduction du texte anglais qui paraîtra donc deux ans plus tard.
Une situation qui aurait dû trouver naturellement sa place dans un livre consacré à Brazil.

Idem pour New Maps of Hell de Kingsley Amis, ouvrage traduit quant à lui par Elizabeth Gille dans « La Petite bibliothèque Payot » - en 1962 - sous le titre de L’Univers de la science-fiction. Un ouvrage de Freud, un autre de Frederic Jameson ou encore Nous autres d'Ievgueni Zamiatine n'ont pas non plus de correspondances bibliographiques francophones, alors qu'elles existent. Un comble pour un essai.

Je crois en effet que l’intérêt d’un ouvrage comme celui de Paul McAuley ne s’arrête pas à ce qu’il dit de son sujet, mais englobe aussi les livres dont il s’est servi pour le dire. Et donner les titres des ouvrages dans la langue dans laquelle l'essai a été traduit n'est pas, de mon point de vue, un luxe. Mais une nécessité.

En parlant d’arrêter (je reviendrai sur le luxe ensuite), l’auteur utilise des renvois à des notes en fin d’ouvrage, et pour le coup l’édition d’AKILEOS marie le fond et la forme dans au moins un cas.
Je rappelle, succinctement, que Brazil est une dystopie dont l’intrigue est due – littéralement – à un « bug » autrement dit un insecte, qu’une bureaucratie absurde favorise, entraînant des effets plus que dramatiques.

Eh bien, si les notes sont numérotées dans le corps du texte lui-même jusqu’au 105, elles s’arrêtent pour ce qui est de leur explication à la note 99.
Manifestement le passage à la centaine n'a pas été possible. Ou alors, redoutait-on une catastrophe comme celle attendue lors du passage l'an 2000 par nos outils informatiques ?

Une autre pétouille, si je puis dire, tout aussi cocasse concerne – encore – une note.

Cette fois-ci il s’agit – il n’y a pas de hasard – d’une référence à George Orwell.
Paul McAuley retranscrit un dialogue du film : «[..]le bon 27B-tiret-six en règle…61 »
Le « 61 » en question ne fait pas partie du dialogue - contrairement à ce que laisse entendre la retranscription, mais signal une note (la soixante-et-unième donc) qui aurait dû apparaître libellée ainsi :
....Tout cela serait peut-être amusant si ce très petit ouvrage de 19 X 13,5 cm, et de 96 pages n'était pas vendu 11,90 €*
Un prix plutôt élevé pour un ouvrage qui somme toute se lit très très vite, et pas seulement parce qu'il est bien écrit. 

Je pense que la culture n’a pas de prix, mais quand elle en a un d’aussi élevé, j’estime avoir droit à un meilleur travail de la part de l’éditeur. 

D'autant que, plutôt très intéressé par le concept de la collection, et par les films traités ou à venir (Les 7 samouraïs et Le Parrain), j'étais partant pour en faire le tour. 
Après ce premier essai (dans les 2 sens du terme), je n'en suis plus si sûr. 
 _________ 

*Pour faire bonne mesure avec le sujet traité l’éditeur aurait dû pousser l’absurdité de son prix jusqu’au bout, et le commercialiser à 11,93 € ou 11,98 €.

mercredi 28 décembre 2016

INCORPORATED (S01-E03+04)

Après deux épisodes supplémentaires, Incorporated confirme tout le bien que j'en pensais (Pour en savoir +).

.... L'arrière-plan socio-politique qui se précise n'est pas sans rappeler l'excellente série de Greg Rucka & Michael Lark, Lazarus (publiée par Image et par Glénat), tout en restant à bonne distance du traitement que le comic book a choisi. 

La personnalité respective des différents personnages se précise, et le scénario n'hésite pas à ouvrir plusieurs intrigues de front, ce qui donne un rythme sans temps mort. D'autant que chaque épisode est finalement assez court : une quarantaine de minutes, récapitulation comprise. Inutile de vous dire que le temps file à toute allure.
L'agent Bucky est ton meilleur ami
S'il y a un paquet de bonnes idées à chaque fois, l'une d'entre elles est particulièrement efficace. 
Il s'agit de rythmer l'épisode avec de fausses publicités pour tel ou tel produit ou service ; non seulement certains d'entre eux font froid dans le dos, mais en plus cela donne un aperçu du monde dans lequel vivent les personnages de manière très immersive. Un monde tout aussi réfrigérant d'ailleurs. 
Plutôt paradoxal lorsqu'on songe que la situation de la planète est due au réchauffement climatique. 

L'usage des flashback, qui pour l'instant ne concerne que la zone rouge fonctionne un peu dans le même but, en plus d'épaissir certains personnages. 

.... Bref, une plutôt très bonne série dont la découverte me fait dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

(À suivre ....)

mardi 27 décembre 2016

LATIUM t.1 (Romain Lucazeau)

«Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions des mœurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.»
Arthur Rimbaud, Une saison en enfer.
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…. Depuis la fin des années 1920 (au moins) le mot science-fiction a fait fortune, même s’il n’a pas forcément fait celle de ceux qui en ont fait ce qu’il est aujourd’hui. 
On ne sait pas trop bien ce qu'il veut dire. Le genre que nous aimons est rarement lié à la science, pas toujours à la fiction. Mais il faut croire que le tout est plus grand que les parties qui le composent ! 

Toutefois certaines parties sont plus saillantes que d’autres.
Crayonnés de Manchu pour Latium
De ce que je peux en juger Romain Lucazeau plonge son histoire dans le mégatexte qui fait de la science-fiction ce qu’elle est, et plus particulièrement ce qui a trait au space opera et aux I.A., mais à l’instar de la philosophie de Leibnitz ou du théâtre de Corneille dont la quatrième de couverture nous dit qu’ils imprègnent Latium, l’incapacité à en décoder la présence n’empêche en rien de prendre un pied immense au ripolinage auquel s’adonne l’auteur.
C’est bien simple, le premier tome du diptyque coche toutes les cases made in phénomène, et produit un roman profondément original.

Il n’est pas le premier à apporter sa pierre à la Maison des Idées (toujours en construction) qu’est la science-fiction (Cf. le «mégatexte» en question), mais Romain Lucazeau le fait avec un talent monstre, dont je n’ai pas été si souvent le témoin.
Peut-être n’aimera-t-il pas mon sentiment d’orgueil franchouillard, mais savoir que cette révélation vient de ce que l’Hexagone a de mieux à donner en terme de culture & d'enseignement, me fait aussi très plaisir.

…. « Dans la veine d’un Dan Simmons ou d’un Ian Banks » dit encore la quatrième de couverture, eh bien la saignée dépasse largement le slogan - si accrocheur soit-il - et donne un sacré coup de fouet au genre. 

Je ne doute pas d’ailleurs de lire très bientôt, sur d’autres ouvrages que les siens, quelque chose dans le goût de « Un spectacle de S-F vertigineux, dans la veine d’un Romain Lucazeau ».

.... Romain Lucazeau est définitivement un faiseur de regard à forte dimension qualitative !


(À suivre dans le deuxième tome)


I 

….Un long frisson parcourut les quarante kilomètres d’envergure du Vaisseau : les rares systèmes réflexes actifs durant la longue phase de sommeil sursautaient, comme surpris par une brutale montée des eaux, lorsque la crue change un ruisseau en fleuve, le perd en mille canaux, à travers la terre sèche, et fait fleurir les graines patientes que recèle le sol. 
….À la vitesse des photons, le signal traversa le réseau de fibres optiques tressées de synapses semi-biologiques. Sur son passage, la machinerie se ralluma, dans un grésillement d’appareillage électronique, qui plana un instant dans les soutes vides et les coursives désertes, dans les cités aux spires cristallines et les réservoirs emplis d’algues luminescentes, dans les jungles sous serre et les usines plongées dans l’ombre. ….Au sein des génératrices de premier niveau, des barres de combustible glissèrent dans des cuves de confinement, et les atomes de thorium entamèrent leur processus de fission. Le câblage supraconducteur recommença à pomper de la puissance, qu’à son tour les supports semi-organiques transformèrent en capacité de calcul. 
….Le processus était à la fois mécanique et biologique, causal et finalisé. Il se développait par ramifications successives, comme un déploiement d’états mentaux, qui s’engendrent les uns les autres. La complexité s’additionnait à la complexité, la conscience émergeait du machinal, des perceptions s’étendaient en tous sens, reprenaient le contrôle des instruments de détection, des bras articulés, des laboratoires et des ateliers. 
….Mais pour avoir plus de pensée, il fallait plus d’énergie : dans l’accélérateur de particules, fin trait de métal courant sur toute la longueur de la soute centrale, des atomes d’hydrogène prirent de la vitesse, des champs magnétiques subtils se mirent en place pour capturer et guider l’antimatière engendrée par les myriades de collisions microscopiques, vers le mélangeur situé à la poupe. Bientôt, les premières annihilations de couples électron/positron crépitèrent, libérant une chaleur fulgurante. Cette dernière vaporisa, au sein de tubes en alliage spécial, un flux d’argon comprimé, qui, à son tour, mit en branle les turbines des alternateurs géants de la poupe. 
[...]
_______________
  J’ai eu le plaisir de voir que ma recension de sa nouvelle (De si tendres adieux Pour en savoir +) parue dans le numéro 84 de la revue Bifrost avait été citée sur le propre blog de l’auteur (Pour en savoir +), où je me suis transformé en Artemus Data.

Lorsqu’on sait de quoi parle Latium et a fortiori la nouvelle en question, on saisit l’honneur qui m’est fait :
Dans un futur lointain, l’espèce humaine a succombé à l’Hécatombe. Reste, après l’extinction, un peuple d’automates intelligents, métamorphosés en immenses nefs stellaires. Orphelins de leurs créateurs et dieux, esseulés et névrosés, ces princes et princesses de l’espace attendent, repliés dans l’Urbs, une inéluctable invasion extraterrestre, à laquelle leur programmation les empêche de s’opposer. Plautine est l’une d’eux. Dernière à adhérer à l’espoir mystique du retour de l’Homme, elle dérive depuis des siècles aux confins du Latium, lorsqu’un mystérieux signal l’amène à reprendre sa quête. Elle ignore alors à quel point son destin est lié à la guerre que s’apprête à mener son ancien allié, le proconsul Othon. 
Pétri de la philosophie de Leibniz et du théâtre de Corneille, Latium est un space opera aux batailles spatiales flamboyantes et aux intrigues tortueuses. Un spectacle de science-fiction vertigineux, dans la veine d’un Dan Simmons ou d’un Iain M. Banks. 
Romain Lucazeau vit à Paris. Latium est son premier roman.

BERLIN STATION (S01-E10/Final)

…. Le 1er épisode de Berlin Station ne faisait pas dans la ½ mesure pour retourner en sa faveur n’importe quel spectateur ayant eu l’idée de s’y intéresser (Pour en savoir +). 
Mécanique de précision, les neuf suivants devaient remonter le fil des événements qui avaient menés à l’acmé dramatique dudit épisode, et n’avaient donc pas droit à l’erreur. 

…. Le dixième & dernier épisode sanctionne - ce que les précédents laissaient prévoir – une saison exemplaire. 
Berlin Station a, en substance, réussi à proposer une série ludique alliant le fond commun de l’espionnage de la « guerre froide », aux questions contemporaines qui agitent le milieu du renseignement, et en premier lieux les « lanceurs d’alerte » et les conséquences de leur engagement. 
Sans être pour autant un pensum, elle autorisait quiconque voulait s'y plier d'y réfléchir aussi. 
Je ne dois pas être le seul à avoir apprécié les tribulations de nos espions placés sous le commandement d’Olen Steinhauer, par ailleurs romancier reconnu de romans d’espionnage (bon sang ne saurait mentir), puisque EPIX, la chaîne qui les a diffusées entre octobre et décembre 2016, a commandé une nouvelle saison d’autant d’épisodes que celle qui vient de se terminer. 

Il va sans dire, que j’ai d’ores et déjà renouvelé ma demande d’accréditation.

lundi 26 décembre 2016

L'Odeur des garçons affamés (Loo Hui Phang & Frederik Peeters)

Texas, 1872. Oscar Forrest, photographe, répertorie les paysages de l'Ouest pour le compte du géologue Stingley. Entre Oscar et Milton, jeune garçon à tout faire du groupe, s'installe une relation ambiguë. ... Alors qu'autour de l'expédition, rôdent un inquiétant homme en noir et un Indien mutique. 
…. Si Loo Hui Phang a écrit un western éloigné de ce à quoi une grande partie du genre nous avait habitués, en lisant L’Odeur des garçons affamés j’ai senti comme une affinité certaine avec le « western » écrit quelques années plus tôt (1983) par William S. Burroughs, intitulé Parages des voies mortes* (Place of Dead Roads). Même place accordée à l’onirisme & à la magie, présence affichée et revendiquée de l’homosexualité, et de façon plus anecdotique chez Burroughs (mais pour le coup très saisissant) du truquage photographique.

Reste que le scénario du western dessiné par Frederik Peeters est loin, très loin, d’être un plagiat du roman de Burroughs. Et quand bien même, ce n’est pas l’écrivain américain qui pourrait le lui reprocher. Non pas parce qu’il est mort mais parce qu’il déclarait lui-même : « Aussi, allez-y franchement et plagiez en toute liberté**. » et que son propre roman est truffé de citations, revendiquées ou non, littérales ou de mémoires (ce qu’il reconnaît par ailleurs dans la préface qu’il a écrit à Yegg, Autoportrait d’un honorable hors-la-loi (You Can’t Win) de Jack Black).
Ce n'est sûrement pas une coïncidence si ce sont les Comanches qui ont été choisis.
En effet la Comancheria est ce qui se rapproche le plus chez les Amérindiens d'un empire,
ou comment illustrer le choc des civilisation entre deux empires.  
…. Transhumance initiatique - que ne renierait pas Christopher Vogler*** - où la puissance du rêve, la force du symbole et la maternité de l’image composent une espèce de « fantastique transcendantale », L’Odeur des garçons affamés montre le coté obscur de la Conquête de l’Ouest (ou disons son négatif pour utiliser l'idiome des photographes) avec sensibilité & force. Non sans oublier de jouer avec les codes du genre. 

Si le fond est fort, la forme ne lui fait pas défaut. Frederik Peeters, très en forme justement, procure tout ce qu’il faut de sidération rétinienne pour galvaniser n’importe quel lecteur, même le moins sensible aux tribulations de nos trois personnages principaux.

…. En définitive L’Odeur des garçons affamés joue sur les deux tableaux (celui du pur divertissement et celui d’une lecture plus exigeante) et de fait intègre sans coup férir mon tableau d’honneur. Avec mes félicitations ! 
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 *Traduit par Sylvie Durastanti, & paru en 10/18 

 **Le plagiat (1977) paru dans le magazine Crawdaddy (Traduction Lucien Suel) 

 ***Christopher Vogler, connu pour avoir synthétisé les travaux de Joseph Campbell sur le monomythe (Pour en savoir +), et en avoir fait une formule (magique).

dimanche 25 décembre 2016

Mr Wolff (Gavin O'Connor/Bill Dubuque)

REALISATEUR : Gavin O'Connor (Warrior, Jane got a gun...) 
SCENARISTE : Bill Dubuque
DISTRIBUTION : Ben Affleck, Anna Kendrick, J.K. Simmons, Jon Bernthal, Jeffrey Tambor, John Lithgow...

SYNOPSIS :  Petit génie des mathématiques, Christian Wolff est plus à l'aise avec les chiffres qu'avec les gens. Expert-comptable dans le civil, il travaille en réalité pour plusieurs organisations mafieuses parmi les plus dangereuses au monde. Lorsque la brigade anti-criminalité du ministère des Finances s'intéresse d'un peu trop près à ses affaires, Christian cherche à faire diversion : il accepte de vérifier les comptes d'une entreprise de robotique ayant pignon sur rue.
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INFOS :
Long métrage américain
Genre : drame/thriller
Titre original : The Accountant
Année de production : 2016
Durée : 2h08
Jamais avare de citations, Mr Wolff, pragmatique, les utilise à bon escient
Mr Wolff ou lorsque Raymond Babbitt (Rain Man) rencontre Casey Ryback (Piège en haute mer) lors d’un bilan comptable très arrosé (de plomb). 

…. Sur un scénario qui s’appuie sur la célèbre « leçon » d’Alfred Hitchcock, Mr Wolff ne ménage ni le suspense, ni les surprises. Histoire astucieuse, elle bénéficie en sus d’une réalisation qui fait la différence entre le tout-venant culturel et le divertissement qu’on ne regrette pas d’avoir choisi. 
Le film de Gavin OConnor & Bill Dubuque réussit le carré de l’apothéose : autant capable de contenter le spectateur en quête d’un bon moment sans « prise de tête », que l’amateur d’exercices de style tant scénaristique que cinématographique.
Fais-toi plaisir Ben !
La totalité de l’information qu’apporte le flux constant du long-métrage est ainsi réajustée par des boucles de rétroaction nombreuses, mais jamais assez pour mettre à mal la cohérence du récit, ni faire de ce film un long bain-marie tranquille.

La séquence d’introduction outre son montage très calculé est un modèle du genre.

Si Mr Wolff s’arc-boute sur une distribution peu nombreuse elle se révèle au demeurant très solide, et pousse le vice jusqu’à se jouer des clichés que certains stéréotypes (inhérents au genre) seraient tentés d’apporter. Là encore les apparences sont trompeuses.


…. En définitive le bilan entre pertes et profits balance nettement en faveur de ces derniers, et Mr Wolff récolte donc 5 étoiles, la note maximum.

samedi 24 décembre 2016

All-New Invaders (J. Robinson/S. Pugh) : Dieux et soldats

Dieux et soldats a paru dans la revue Avengers Universe n°18,19 et 21 (Panini)
« En fait, quel est le travail de l’écrivain, sinon choisir, raccourcir, réorganiser des matériaux qui sont à sa disposition. » 
William S. Burroughs

Entre l’élan et le néant 

.... Les Envahisseurs (alias The Invaders) est une équipe inventée en 1969 à partir d’un matériau de base antérieur – la All-Winners Squad parue au milieu des années 1940 (Pour en savoir +) – par Roy Thomas, l’alchimiste-en-chef de la Marvel des seventies
Dans une logique alchimique identique, transformer des personnages de l’Âge d’or en personnage de l’Âge d’argent, il a inventé, l’année précédente, la Vision à partir d’Aarkus.
Toute ressemblance avec le Martian Manhunter n'est pas fortuite
Mais là où la Vision s’insérait dans l’époque contemporaine de son invention – en intégrant l’équipe des Vengeurs – les Envahisseurs sont l’occasion pour Thomas de réécrire l’Histoire (avec une grande hache), en les installant au cœur de la Seconde guerre mondiale, conflit dans lequel ils prendront une part très active. 

…. Volontaire d’office ou pas James Robinson applique un plan dialectique bien connu des amateurs d’encapés : une menace d’envergure nécessite la constitution d’un groupe d’individus pour y faire face, d’abord en difficulté ils surmontent l’épreuve et deviennent une équipe pérenne, en route vers de nouvelles aventures. 

Autrement dit, (introduction), thèse, antithèse et synthèse.
Où quand une image en dit plus long qu'un long discours
Norman Rockwell : The Runaway (Le Fugueur) case hommage de Steve Pugh
La difficulté réside bien évidemment dans la manière d’inviter l’imagination dans un carcan aussi strict et surtout vu et revu, pour déboucher sur une histoire captivante, même pour un lecteur chevronné. 

Pour ce faire, le scénariste introduit un MacGuffin et une équipe qu’il lance à sa poursuite, les « Tout-Nouveaux Envahisseurs », quasi identique à celle des années 1970 ; et choisit un théâtre d’opération et des « obstacles » à la mesure d’une équipe certifiée Y2K
Ainsi que des guest-stars de gros calibres. Dont l’un, semble trouver son origine dans un personnage inventé par rien de moins que Nathaniel Hawthorne : le Grey Champion.

…. Sans être une mauvaise histoire, l'arc de 5 numéros intitulé Dieux et soldats tient plus de la course de grand fond que du demi-fond, un choix qui en vaut un autre, mais le scénario tarde à trouver son « second souffle » ; et finalement ne tient pas vraiment la distance. 
En effet il m’a fallut attendre l’épilogue – qui promet monts & merveilles - pour sortir de la douce apathie dans laquelle le scénariste avait réussi à me plonger (contre son gré, j’en suis sûr). 

Il sera beaucoup plus performant quelques années plus tard avec L’Escadron Suprême dans des conditions voisines (Pour en savoir +). 
Et pourtant le dessinateur Steve Pugh ne ménage pas sa peine, même s'il n'est pas assez constant. En effet certaines planches semblent plus approximatives que d'autres. Cela dit, rien d'alarmant non plus.
Or donc, sur un scénario made in Rekall (Cf. Philip K. Dick) James Robinson pose les bases de son équipe, de manière un peu trop laborieuse à mon goût, mais il donne - de justesse - l'impression d'en avoir garder sous la semelle. 

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Note : Admis au second tour après rattrapage. Peut beaucoup mieux faire surtout avec ses antécédents. À suivre !

jeudi 22 décembre 2016

Une (des) revue(s) kiosque(s) en pagaille

ALL-NEW IRON MAN & AVENGERS Hors-série n°2
Publication irrégulière de 128 pages pour 5,70€
Le nouvel Escadron Suprême est constitué de survivants des mondes détruits au cours d'Avengers : Time Runs Out. Ils en veulent tous aux Illuminati et sont prêts à défendre le nouveau monde de leur influence néfaste. 
Sortie le 14/12/2016 
…. Adoptant un schéma tactique dont la symétrie avec l’une ou l’autre incarnation de la Ligue de Justice d’Amérique de la Distinguée Concurrence n’est rien moins que fortuite (et pour cause), le scénariste James Robinson redonne à L’Escadron Suprême un peu de visibilité bienvenue sur une série à suivre. 
Une équipe qui a par ailleurs connu dans le passé un run d’anthologie en adaptant sous la houlette du regretté scénariste Mark Gruenwald, les univers dystopiques de 1984 et de Le Meilleur des mondes à celui des super-héros. 
Une maxi-série qui a précédé de peu - et pourquoi pas influencé - une autre maxi-série avide d’effets de réel : Watchmen.
Aufhebung* ! 

…. Si j’avais été échaudé par le premier numéro (que j’avais lu au moment de sa sortie américaine), la lecture d’une traite du premier arc narratif sous-titré : Qui veut la fin veut les moyens (traduction du titre By Any Means Necessary!) donne une tout autre perspective à la série. 
En effet, si James Robinson s’attache au principe de continuité qui je le rappelle permet et oblige que chaque magazine publié par un éditeur qui s’en revendique, puisse se lire de manière diachronique et synchronique ou pour le dire plus synthétiquement, tout ce que produit Marvel depuis 1961**(en l’occurrence) fait partie d’une seule et vaste histoire en vertu de la loi de contradiction d'Aristote*** ; donc disais-je si Robinson puise dans l’Evénement (event) Secret Wars sa source principale de diégèse il en dépasse les prémices pour proposer son propre scénario en ne ménageant ni son casting, ni les rebondissements. 

Ainsi, revoir Thundra, outre que cela titille sûrement ma fibre « viragophile »*** , est un plaisir enfantin retrouvé ; motivé par l’étrangeté que ce personnage suscitait alors chez moi. 
Quant aux rebondissements, l’un des plus réussis fonctionne de manière rétroactive, ce qui lui donne un effet de surprise à nul autre pareil. 
Et il n’est pas le seul à bien fonctionner. 

Du reste, le scénariste m’a pris complètement à contre-pied en orientant son scénario dans une direction inattendue à un moment où l’intrigue semblait se diriger vers une apothéose apocalyptique (peut-être plus convenue) : ou de l’art du subplot
Docteur Spectrum : « Et quel est ton pouvoir ? »
Skull : « Je supporte pas qu’on m’emmerde. »
(Traduction de Sophie Watine Vievard)
Sous-intrigues encore lorsque l’une des meilleures idées de Secret Wars, le Weirdworl, s’impose comme théâtre d’opération à cette nouvelle équipe (du moins eu égard à sa composition) plutôt très vindicative, qui y trouve tout ce dont elle a besoin pour nous réjouir. 
Là encore, revoir Jim Scully (alias Skull le prisonnier du temps) l’un de mes personnages favoris des années 1970, n’est pas pour rien dans le plaisir que j’ai eu à lire ce deuxième numéro d’All-New Iron Man & Avengers hors-série. 

Note & appréciations : 10/10, peut (encore) faire mieux. Encouragements !

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..* L’aufhebung est un concept philosophique que l’on peut résumer pas conservation/dépassement. Exactement ce que fait James Robinson avec les éléments de Secret Wars qu’il conserve & utilise, pour les dépasser en écrivant une histoire originale.

.. ** En fait bien avant 1961, puisqu’un personnage comme Namor le sous-merien (dont il est justement question ici) a vu le jour bien avant le lancement des Fantastic Four, élément fondateur de l'univers 616.

.. *** La loi de contradiction est l’un des 3 postulats de la logique élaborés par Aristote : « rien ne peut à la fois être et n'être pas ».

.. **** Les viragophiles sont des hommes dont l’objet du désir est les femmes dont la force et la science leur permettent de vaincre les hommes en combat singulier (...). Noël Burch


SUPERMAN UNIVERS Hors-série n° 4
LOIS ET CLARK ! Avant les événements survenus lors de Flashpoint, Lois et Clark luttaient déjà contre le crime, la première en tant que reporter et le second sous les traits de Superman... Catapultés dans le nouveau monde de la Renaissance DC Comics (Rebirth)
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(Contient les épisodes U.S SUPERMAN: LOIS & CLARK #1-5/8)
Date de sortie : 16 décembre 2016
Prix : 5.9 EUR
…. Ce Superman Univers Hors-série n°4 a été l'occasion d'une très belle lecture, Dan Jurgen est un vieux routier des comics et ça se voit, il conduit son histoire avec beaucoup d’habileté. 
À tel point qu’il réussit à en faire oublier les quelques faiblesses, le dessin de Lee Weeks participe aussi –et avec beaucoup de talent - à l’entreprise de détournement d’attention (il est par ailleurs brillamment secondé par Marco Santucci et Neil Edwards). 
Si les aventures de ce Superman bis et d'une Lois d'un autre univers m’ont intéressé : bien vu l’implication d’Intergang et le clin d’œil à L’Homme qui valait trois milliards (entre autres) ; pour moi le personnage principal est bien sûr Jonathan.

- « Hank Kenshaw »
- « Astronaute »
- « Supérieur à ce qu’il était »

Traduction de Laurent Queyssi

Et si son rôle est un peu secondaire au cours de ces 5 premiers épisodes (sur les huit que compte la mini-série) en termes d’apparition, Jonathan est vraiment (à mes yeux) la pierre angulaire du scénario (la couverture de ce hors-série est assez explicite) ; et j’attends d’ailleurs avec beaucoup d’impatience la série qui va mettre en scène les fils de Superman et de Batman. Certainement la plus belle idée de ce Rebirth.
Crayonnés de Lee Weeks
.... Or donc, un hors-série tout à fait sympathique et très divertissant, pour une lecture très « premier degré », somme toute peu parasitée par le principe de continuité. 

Urban Comics fait encore du beau travail en proposant du paratexte qui éclaire la mini-série, puis chaque numéro. 

Reste que l'éditeur a préféré publier les 5 premiers numéros de Lois & Clark dans un hors-série puis les trois suivants dans le mensuel Superman Univers (peut-être pour faire le lien avec les « super sons » à venir ?) ça risque de freiner les lecteurs, ce qui serait dommage compte tenu des qualité de cette histoire. 
Si la couverture annonce « 120 pages : Un récit complet et inédit de Superman ! » et que ce n'est pas tout à fait vrai, une bonne histoire ça ne se refuse pas.

mardi 20 décembre 2016

Chance S01-E05 (Kem Nunn/Hugh Laurie)


Electric Pow Wow Drum* par A Tribe Called Red (Pour en savoir +)
« Les gens parlent de self-défense. La self-défense est une connerie. Si je me défends, je perds. Je veux que l'autre gars se défende alors que j’attaque. Ça ne fait aucune différence combien d'individus j’affronte. Je veux qu'il se défendent tous parce que cela signifie que je dicte l'action.
Je suis le « pourvoyeur » (feeder). Tant que je suis le pourvoyeur, je gagne. Je me fiche qu'ils soient une douzaine. En ce moment, ce flic est le pourvoyeur. Vous êtes le « receveur ». Vous devez inverser la situation. »
…. Si la série Chance s’appuie sur une valeur sûre, Hugh Laurie (alias Eldon Chance), un rôle très éloigné de celui du docteur House malgré une proximité apparente (ils sont médecins tous les deux), elle révèle un second rôle qui est bien près de lui piquer la place principale. 
En effet, « D », une sorte de survivaliste urbain au passé militaire avéré, prodigieusement interprété par Ethan Suplee, occupe avec beaucoup de présence toutes les scènes que le scénario lui octroie. Le mystère qui l'entoure, et son étrange personnalité accentue encore l'intérêt qu'il suscite. 

Ce duo, que tout oppose, est La réussite de la série. 

Son autre point fort est de laisser au spectateur la possibilité d’interpréter ce dans quoi est tombé Chance, et d’en jouer. 
Jouant également la carte du feuilleton, chaque épisode se termine sur une situation toujours plus ou moins dangereuse pour les personnages que l’histoire s’est arrangée pour rendre sympathiques, ou avec qui on peut le plus partager une certaine empathie. 

…. Après cinq épisodes, Chance est bien partie pour être un chouette thriller, dont le méchant est - cerise sur le gâteau - particulièrement réussi.
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* "Electric Pow Wow Drum" n'apparaît pas ici par hasard, ce morceau sert de mise en condition à D avant qu'il ne passe à l'action. Sacré D

lundi 19 décembre 2016

Scènes de crime (Schoendoerffer/Brion/Douyère)

…. Cité dans (l’excellent & indispensable) « Le Cinéma Français c’est de la Merde » (Pour en savoir +), Scènes de crime de Fréderic Schoendoerffer, film dont je n’avais même pas le souvenir d’en avoir entendu parler est pourtant une jolie pépite qui s’inscrit dans ce qu’on appelle en littérature le « rural noir ».
Amical caméo de Jacques Perrin, un acteur longtemps attaché aux projet de Pierre le père de Frédéric Schoendoerffer
Polar naturaliste si j’ose dire, montrant déjà une très belle maîtrise cinématographique en tant qu’elle ajoute une plus-value à l’interprétation (magistrale, et je pèse mes mots) des deux rôles principaux alias Charles Berling & André Dussolier, ainsi qu’à un scénario très astucieux qui rebondit là où je ne l’attendais pas (et vous non plus vous ne vous y attendrez pas).
.... Âpre, violent, sans concession (enfin si, une ou deux quand même, on est dans un long-métrage), Scènes de crime est un coup de surin dans la carotide de la réalité, un film qui promène un pur corps de fiction dans un environnement dont l’esthétique et le contrat sont de type documentaire ; et qui démonte la passion froidement contemporaine pour les tueurs en série.
Une fort belle réussite !

dimanche 18 décembre 2016

LA VISION (Tom King/Gabriel Hernandez Walta/Jordie Bellaire)

…. Programmée comme une série à suivre au long cours (ongoing), La Vision de Tom King & Gabriel Hernandez Walta, est devenue entre temps une maxi-série de 12 épisodes. 
Les choses ont en effet évolué suite au mercato que le lancement – chez la Distinguée Concurrence – de Rebirth, n’a pas manqué de créer ; et c'est nanti d’un contrat d’exclusivité, que Tom King est passé « à l’ennemi » tout en déclarant : « [..] je m’en vais après le douzième numéro. Nous avons terminé l’histoire que nous voulions raconter sans aucun compromis ». 
Nous voilà rassurés. 

La série qui met donc en scène la Vision en ce début de vingt-et-unième siècle ; un être artificiel dont les origines remontent à l’Âge d’or des comic books remis au goût du Silver Age en 1968 grâce à Roy Thomas & John Buscema, en fait - une nouvelle fois - un chef de famille. 
Mais cette fois, il s’agit d’une famille de synthézoïdes©™. 

Une approche beaucoup plus politiquement correct, tout en ouvrant le champ des possibles sur de nouveaux horizons, autres que ceux déjà exploités avec la Sorcière Rouge
Enfin, des horizons pas si nouveaux que ça. 

Panini a publié en novembre dernier les six premiers numéros au prix de 14,95 €, traduits par les bons soins de Ben KG (qui nous gratifie d’une fort belle trouvaille dont il a le secret : « sales porcs USB » en lieu et place du « socket lovers » original) et lettrés par Gianluca Pini dans leur collection 100%. Autrement dit, couverture rigide, paratexte succinct sur le personnage et les auteurs, et quelques couvertures originales (peut-être même toutes les couvertures originales, mais leur multiplication outre-Atlantique, rend difficile d’en tenir le compte). 

…. Or donc, la « banlieue tranquille où ses résidents cachent de lourds secrets » est devenue un cliché de l’imaginaire globalisé occidental, et c’est sur ce lieu commun que Tom King bâtit son intrigue. On n’est donc pas très surpris de ne pas l’être, tant la multiplication des angles d’attaque fait ailleurs et par de nombreux inventeurs d'histoires avant lui, ont rendu encore plus tranquilles ces banlieues tranquilles. 
Quand ce n'est pas la réalité qui rattrape - comme on dit - la fiction, en proposant quelques faits divers sordides s'y déroulant, en premières page des journaux. 

À maints égards d’ailleurs, on pourrait (presque) lire ces 6 premiers épisodes en substituant à la famille Vision toute autre famille, pour peu qu’elle ne soit pas américaine, ou disons qu'elle soit suffisamment « exotique » pour créer la même diégèse que celle produite ici, par Tom King. 
Cerise sur le fardeau, construire son scénario sur une mécanique de précision, ne réserve pas non plus de réelles surprises (hormis la surprise pour elle-même). 

Toutefois, la présence d’un narrateur - longtemps mystérieux – promettra un retournement de situation, et le sixième numéro de s’achever (sans surprise), en effet, sur un cliffhanger, ma foi très réussi et surprenant (sic).
…. Mais pour y arriver, l’histoire aura pris méchamment son temps en proposant des péripéties non seulement déjà vues (il est assez difficile d’en inventer à chaque fois de nouvelles, j’en conviens) mais surtout très (trop) prévisibles. 
Ce que gomme toutefois, un peu, une lecture sous forme de compilation. Parce qu’à y regarder de plus près, je ne suis pas sûr que mensuellement j’aurais trouvé assez d’intérêt à la série pour la suivre sur autant de numéros. 

Cela dit, le travail de l’équipe artistique : Gabriel Hernandez Walta donc, et Jordie Bellaire aux couleurs fait passer très agréablement la pilule du « temps long » (mais je doute que cela eusse été suffisant), et le storytelling est tout sauf ennuyeux, rendant ladite pilule plus digeste. 

Mais, je ne sais pas s’il s’agit d’une approche plus générale, et surtout réelle, d’un manque d’exigence (et d’imagination) de la part des auteurs, ou si cela vient que j’ai passé l’âge d’en lire, mais la bande dessinée produite de manière industrielle en flux tendu comme celle que propose Marvel, m’apparaît de plus en plus souvent assez creuse, et artificiellement rallongée. 

En outre, lorsqu’on lit de la science-fiction en prose, on mesure l’écart qu’il y a entre ce que fait Tom King d’un synthézoïde©™ , c'est-à-dire en définitive d'une Intelligence Artificielle dans les pages de sa propres séries, et l’imagination que déploient - actuellement - certains auteurs de S-F, dans leurs romans ou leurs nouvelles avec des personnages du même calibre. 
Voir par exemple Latium de Romain Lucazeau que je suis justement en train de lire, exemple parmi tant d'autres. 

Bien évidemment, les I.A respectives de King et de Lucazeau sont d’abord propulsées par le carburant narratif qu’envisagent ces deux auteurs, afin de servir au mieux leur propre scénario. Mais justement, la Vision de Tom King, et son histoire, auraient pu tout aussi bien être écrite dans les années 1960, sans qu’il soit nécessaire de beaucoup modifier ce qu’il nous propose ici. En 2016.
Gabreil Hernandez Walta du croquis à la planche finale
.... En conclusion, un premier tome un peu décevant, où la Vision sert essentiellement de « paratonnerre de problématiques sociales », avec un trop fort taux de « déjà-vu » (un comble pour la Vision que d’en manquer) ; mais dont le cliffhanger relance la mécanique (trop bien huilée) plus efficacement, qu’un coup de pied au derrière. 

 Reste à savoir où tout cela va atterrir ?! 
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100% MARVEL : LA VISION, un peu moins qu'un homme. 1 (/2) 
Auteurs : Tom King & Gabriel Hernadez Walta + Jordie Bellaire  
L’Avenger nommé Vision a décidé de fonder une famille, et d’emménager en banlieue, au 616 [-_ô] Hickory Branch Lane à Arlington (VA). 

Leur intégration va s’avérer plus compliquée que prévue, et les secrets vont venir peser sur l’ambiance de la petite famille.
(Contient les épisodes U.S Vision #1-6/2016, inédits). Sortie le 09/11/2016


 (À suivre ....)