Accéder au contenu principal

13 Hours (Chuck Hogan/Michael Bay)


Remember the Alamo! 

…. 13 Hours : The Secret Soldiers of Benghazi réalisé par Michael Bay évoque bien évidement le siège de Fort Alamo, sorte de Batailles des Thermopyles made in Far West, dont l’algorithme métaphorique est profondément encodé dans l’imaginaire collectif étasunien (et + si affinités). 
Alamo est un conflit de civilisation : liberté contre tyrannie, démocratie versus despotisme, Protestants contre Catholiques, Nouvel Ordre culturel des U.S.A versus celui du Mexique, Anglo-Saxons contre l’hybridation raciale d’indiens et d’Espagnols. Et enfin les forces du Bien contre celles du Mal.*
Une violence très cinématographique voire, vidéo-ludique mais qui ne fait pas mystère de sa létalité
« Un film d’horreur » comme le laissera échapper Kris "Tanto" Paronto (alias Pablo Schreiber) l’un des membres du GRS - la société militaire privée chargée de protéger l’enclave secrète de la C.I.A. surnommée « L’Annexe » - tant la déshumanisation des assaillants et leur nombre font penser à une horde de zombies**. Un traitement qui rappelle d’ailleurs celui qu'applique John Carpenter dans son film Assaut.

Expression de la Manifeste Destiny*** comme l’était déjà le fort d’Alamo, la résistance des mercenaires américains dans la nuit du 11 au 12 septembre 2012 est un condensé de la théorie du choc des civilisations. Mais paradoxalement, et de manière peut-être inattendue, Michael Bay et son scénariste Chuck Hogan (la trilogie La Lignée écrite avec Gillermo del Toro, ou encore le roman dont s’inspire The Town de Ben Affleck, etc.) semblent mettre en avant l’inanité de la présence américaine en Libye.
Le cross training, un point d'entrée que partage 13 Hours et la Bataille des Thermopyles via 300
Aucune des tractations des barbouzes de la C.I.A. n’aboutira, à aucun moment les membres du GRS ne savent qui est un « ami » ou qui est un « ennemi », les renforts (fort maigres) attendus ne peuvent rien faire sans les autochtones, la protection du diplomate (par l’armée officielle) est homéopathique, etc
Et si les mercenaires du GRS sont des patriotes (le tatouage de « Tonto » est sans équivoque voir infra), ce sont surtout des gens venus pour gagner leur croûte, un point sur lequel appui sensiblement le film. 

Et si la seule manière de s’en sortir c’est d’aller faire la guerre, on peut se poser des questions sur la viabilité de la civilisation que l’on représente.
Des grands dentelés qui laissent entrevoir le drapeau U.S !!
Alors, critique de l’Administration Obama, comme le laisse supposer la récupération du film par les Républicains pour déstabiliser, 4 ans après, Hillary Clinton alors Secrétaire d’Etat des Etats-Unis

Richard Slotkin disait à propos de l’Ouest : « Finalement, la culture dans son ensemble en viendra à se rappeler de l'Ouest en terme d'images cinématographiques et à valider ses représentations nouvelles en les comparant à l'autorité des conventions génériques » ; il faut croire que l’Histoire (avec sa hache majuscule) contemporaine est en passe d’être uniquement apprise - elle aussi - via un détour obligatoire par les salles obscures. 
On se retrouve ainsi dans une "boucle" : ce ne sont plus les causes qui produisent des effets, ce sont les effets (ici une fiction) qui agissent sur les causes (ici l'Histoire) et qui par « niveau d'organisation » (aurait dit Henri Laborit) s'auto-régulent, et produisent de l'Histoire et pas simplement des histoires. 

…. En tout cas une chose est sûre, ce film**** qui dure presque 2h30, a réussi me faire passer un excellent moment que je n’ai pas vu passer (sic)
Et s’il s’inspire de faits réels comme il n’oublie pas de le rappeler (voir supra) la focal cinématographique le transforme (comme tout ce qui passe par elle) - en ce qui me concerne - en une fiction, appréciée comme telle. 
Une distribution de choix (dont James Badge Dale vu dans l’excellente série télévisée Rubicon : Pour en savoir +), des idées de mises en scène bien vues, et un souffle épique remarquable permettent à ce long-métrage de tirer son épingle du jeu. 
Après No Pain No Gain (Pour en savoir +) aussi inspiré d’une histoire vraie (et avec lequel il partage un attrait pour les corps musclés : Pour en savoir +) c’est le deuxième film de Michael Bay, un cinéaste dont j’entends pis que pendre de son « cinéma de destruction massive » (mais dont je ne connais pas vraiment la filmographie), que je recommanderai à ceux qui veulent passer du bon temps devant un écran.

____________

* D’après Paul Hutton. 

** L’un des secteurs autours de L’Annexe est d’ailleurs surnommé « zombiland ».

 *** La Destinée Manifeste des Etats-Unis qui est de se « répandre à travers tout le continent pour assurer le libre épanouissement de millions de personnes », cette expression - forgée au XIXe siècle par John Lee OSullivan - recouvre « aujourd’hui » la vocation que les Etats-Unis ont à répandre le progrès dans le monde.

 *** 13 Hours s’inspire d’un livre écrit par Mitchell Zuckoff et les membres survivants du GRS.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…