jeudi 29 décembre 2016

BFI : Les classiques du cinéma (BRAZIL)

C'est Diane Lecerf qui a réalisé la couverture de l'édition française
BFI : Les Classiques du cinéma n°3 (BRAZIL) 

Quand les distributeurs américains de Brazil (1985) ont vu le montage européen du film de Terry Gilliam, ils se sont extasiés de sa maestria visuelle, mais ont exigé de nombreuses coupes. La guérilla menée par Gilliam pour préserver l’intégrité de son film fut couronnée de succès et rentra dans la légende d’Hollywood. Brazil est désormais reconnu comme l’un des plus grands films de science-fiction de ces trente dernières années et comme le film clé de la carrière légendaire de Gilliam. 

• Paul McAuley retrace le cours de la production et l’accueil critique, analyse l’imagerie rétrofuturiste et les scènes originales du film tout en démêlant sa toile narrative complexe faite d’accidents, de coïncidences et d’allusions. Explorant des thèmes comme le coût de la collusion avec le pouvoir et la puissance et l’usage du fantastique, ce motif récurrent de la filmographie de Gilliam, McAuley étudie la relation que le film entretient avec le courant dystopique qui dominait le genre de la science-fiction dans les années 70 et 80. Il montre comment sa satire du consumérisme imbécile et d’une autorité de l’état sans contrôle s’avère tout aussi pertinente de nos jours. 
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Paul McAULEY a reçu le prix Arthur C. Clarke. Il est l’auteur de romans policiers et de science-fiction comme Les Conjurés de Florence (1994), Féerie (1995 - Prix Arthur C. Clarke), Les Diables blancs (2004) et La Guerre tranquille (2008). 

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Titre : Brazil 
Auteur : Paul McAuley 
Traduction : Sandy Julien 
Relecture : Studio Zibeline & Co 
Collection : BFI : Classiques du cinéma 
Format : 96 pages, quadrichromie + photos 
Couverture souple 190 x 135 
Prix : 11,90 € 
Sortie : 2 juin 2016 

…. L’intérêt me semble-t-il de la collection BFI : Les classiques du cinéma, éditée en France par AKILEOS n’est pas qu’elle me dise quoi penser des films qu'elle traite mais plutôt de me donner un point de vue supplémentaire au mien, et si possible original. 
En plus d'ouvrir un champ de réflexions qui peut aller au-delà du film en question. 

Des trois films proposés dans la première livraison : Alien, Shining et Brazil, j’ai choisi le dernier. 
Le film de Terry Guilliam, l'un de mes réalisateurs préférés, est l'un de mes favoris de ceux qu'il a fait. 
Et Paul McAuley est un romancier que j’ai longtemps lu avec plaisir, dont le domaine de prédilection - la science-fiction - me semblait être un atout pour un long-métrage tel que celui-ci. 

Sur le contenu lui-même, l'auteur de cet essai rempli son contrat. 
Le film est commenté, remis dans son contexte, notamment le « bras de fer » qui a opposé Terry Gilliam à Sid Sheinberg un cadre d’Universal Studio, il revient sur son accueil au moment de sa sortie, et brièvement sur les différents montages. Il propose en sus, une courte biographie professionnelle de son réalisateur. 

On est ou pas d’accord avec les propos de McAuley, on y apprend des choses, bref je n’ai rien à redire sur cette partie, sinon qu’il vaut mieux avoir le film en tête avant de s’y attaquer. Ou mieux peut-être, le revoir immédiatement après. 
Néanmoins plusieurs points ont retenu mon attention, en dehors du texte proprement dit (qui est quand même assez bref). 

…. Le premier concerne la traduction d’une expression que l’on doit à Darko Suvin (théoricien et critique de S-F), traduite ici par « éloignement cognitif » et que je suppose être en anglais « cognitive estrangement » qui est celle qu'utilise Suvin en anglais dans un essai dont il va être question supra

Il se trouve que cette expression, qui recouvre un champ précis des travaux de Suvin, a fait l’objet d’une traduction antérieure à celle de Sandy Julien : « distanciation cognitive », où le terme « estrangement » est donc traduit par le mot « distanciation » qui exprime non pas la distance en tant qu’elle se mesure en mètres ou en centimètres, mais plutôt l’insolite et l’étrangeté. 
Ce concept de distanciation, auquel se rattache la propre acceptation de Suvin, a notamment été utilisé avant lui par les formalistes russes mais aussi par Bertolt Bretch (dramaturge, écrivain, critique théâtrale, etc.), et elle est de fait assez bien documentée. 
Je trouve qu'éloignement est pour le coup, nettement plus pauvre que distanciation en terme d'évocation. Même si McAuley prend soin, de son côté, de cerner plus précisément l'idée que véhicule cette expression. 

Pour être tout à fait clair, je n'incrimine pas le traducteur, comme je le dis à chaque fois que j'aborde la traduction, il est plus facile d'être l'inspecteur des travaux finis que celui qui la tête dans le guidon, traduit un texte. 
Néanmoins, je précise aussi que je n'ai pas fait de recherches, ni décortiqué le texte, je n'ai fait que le lire.
Terry Gilliam paye de sa personne sur le tournage
Pas de quoi en faire un plat me direz-vous !?

Pas sûr, puisque cette méconnaissance d’une traduction antérieure traduit (sic) aussi un choix (ou là encore, une méconnaissance ?) qui est de ne pas donner l'équivalence des titres des ouvrages référencés par McAuley en français, lorsqu’ils ont été traduits.

Ainsi l’ouvrage dudit Darko Suvin justement, cité dans la bibliographie de l'essai dont il est question ici à savoir Brazil, intitulé Metamorphoses of Science Fiction: On the Poetics and History of a Literary Genre (1979) a-t-il connu une édition francophone titrée : Pour une poétique de la science-fiction aux Presses de l'Université du Québec en 1977 (traduction de Gilles Hénault).

Une édition francophone antérieure à l’originale il faut le souligner (sic), dont elle serait la traduction du texte anglais qui paraîtra donc deux ans plus tard.
Une situation qui aurait dû trouver naturellement sa place dans un livre consacré à Brazil.

Idem pour New Maps of Hell de Kingsley Amis, ouvrage traduit quant à lui par Elizabeth Gille dans « La Petite bibliothèque Payot » - en 1962 - sous le titre de L’Univers de la science-fiction. Un ouvrage de Freud, un autre de Frederic Jameson ou encore Nous autres d'Ievgueni Zamiatine n'ont pas non plus de correspondances bibliographiques francophones, alors qu'elles existent. Un comble pour un essai.

Je crois en effet que l’intérêt d’un ouvrage comme celui de Paul McAuley ne s’arrête pas à ce qu’il dit de son sujet, mais englobe aussi les livres dont il s’est servi pour le dire. Et donner les titres des ouvrages dans la langue dans laquelle l'essai a été traduit n'est pas, de mon point de vue, un luxe. Mais une nécessité.

En parlant d’arrêter (je reviendrai sur le luxe ensuite), l’auteur utilise des renvois à des notes en fin d’ouvrage, et pour le coup l’édition d’AKILEOS marie le fond et la forme dans au moins un cas.
Je rappelle, succinctement, que Brazil est une dystopie dont l’intrigue est due – littéralement – à un « bug » autrement dit un insecte, qu’une bureaucratie absurde favorise, entraînant des effets plus que dramatiques.

Eh bien, si les notes sont numérotées dans le corps du texte lui-même jusqu’au 105, elles s’arrêtent pour ce qui est de leur explication à la note 99.
Manifestement le passage à la centaine n'a pas été possible. Ou alors, redoutait-on une catastrophe comme celle attendue lors du passage l'an 2000 par nos outils informatiques ?

Une autre pétouille, si je puis dire, tout aussi cocasse concerne – encore – une note.

Cette fois-ci il s’agit – il n’y a pas de hasard – d’une référence à George Orwell.
Paul McAuley retranscrit un dialogue du film : «[..]le bon 27B-tiret-six en règle…61 »
Le « 61 » en question ne fait pas partie du dialogue - contrairement à ce que laisse entendre la retranscription, mais signal une note (la soixante-et-unième donc) qui aurait dû apparaître libellée ainsi :
....Tout cela serait peut-être amusant si ce très petit ouvrage de 19 X 13,5 cm, et de 96 pages n'était pas vendu 11,90 €*
Un prix plutôt élevé pour un ouvrage qui somme toute se lit très très vite, et pas seulement parce qu'il est bien écrit. 

Je pense que la culture n’a pas de prix, mais quand elle en a un d’aussi élevé, j’estime avoir droit à un meilleur travail de la part de l’éditeur. 

D'autant que, plutôt très intéressé par le concept de la collection, et par les films traités ou à venir (Les 7 samouraïs et Le Parrain), j'étais partant pour en faire le tour. 
Après ce premier essai (dans les 2 sens du terme), je n'en suis plus si sûr. 
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*Pour faire bonne mesure avec le sujet traité l’éditeur aurait dû pousser l’absurdité de son prix jusqu’au bout, et le commercialiser à 11,93 € ou 11,98 €.

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