lundi 26 décembre 2016

L'Odeur des garçons affamés (Loo Hui Phang & Frederik Peeters)

Texas, 1872. Oscar Forrest, photographe, répertorie les paysages de l'Ouest pour le compte du géologue Stingley. Entre Oscar et Milton, jeune garçon à tout faire du groupe, s'installe une relation ambiguë. ... Alors qu'autour de l'expédition, rôdent un inquiétant homme en noir et un Indien mutique. 
…. Si Loo Hui Phang a écrit un western éloigné de ce à quoi une grande partie du genre nous avait habitués, en lisant L’Odeur des garçons affamés j’ai senti comme une affinité certaine avec le « western » écrit quelques années plus tôt (1983) par William S. Burroughs, intitulé Parages des voies mortes* (Place of Dead Roads). Même place accordée à l’onirisme & à la magie, présence affichée et revendiquée de l’homosexualité, et de façon plus anecdotique chez Burroughs (mais pour le coup très saisissant) du truquage photographique.

Reste que le scénario du western dessiné par Frederik Peeters est loin, très loin, d’être un plagiat du roman de Burroughs. Et quand bien même, ce n’est pas l’écrivain américain qui pourrait le lui reprocher. Non pas parce qu’il est mort mais parce qu’il déclarait lui-même : « Aussi, allez-y franchement et plagiez en toute liberté**. » et que son propre roman est truffé de citations, revendiquées ou non, littérales ou de mémoires (ce qu’il reconnaît par ailleurs dans la préface qu’il a écrit à Yegg, Autoportrait d’un honorable hors-la-loi (You Can’t Win) de Jack Black).
Ce n'est sûrement pas une coïncidence si ce sont les Comanches qui ont été choisis.
En effet la Comancheria est ce qui se rapproche le plus chez les Amérindiens d'un empire,
ou comment illustrer le choc des civilisation entre deux empires.  
…. Transhumance initiatique - que ne renierait pas Christopher Vogler*** - où la puissance du rêve, la force du symbole et la maternité de l’image composent une espèce de « fantastique transcendantale », L’Odeur des garçons affamés montre le coté obscur de la Conquête de l’Ouest (ou disons son négatif pour utiliser l'idiome des photographes) avec sensibilité & force. Non sans oublier de jouer avec les codes du genre. 

Si le fond est fort, la forme ne lui fait pas défaut. Frederik Peeters, très en forme justement, procure tout ce qu’il faut de sidération rétinienne pour galvaniser n’importe quel lecteur, même le moins sensible aux tribulations de nos trois personnages principaux.

…. En définitive L’Odeur des garçons affamés joue sur les deux tableaux (celui du pur divertissement et celui d’une lecture plus exigeante) et de fait intègre sans coup férir mon tableau d’honneur. Avec mes félicitations ! 
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 *Traduit par Sylvie Durastanti, & paru en 10/18 

 **Le plagiat (1977) paru dans le magazine Crawdaddy (Traduction Lucien Suel) 

 ***Christopher Vogler, connu pour avoir synthétisé les travaux de Joseph Campbell sur le monomythe (Pour en savoir +), et en avoir fait une formule (magique).

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