Accéder au contenu principal

LA VISION (Tom King/Gabriel Hernandez Walta/Jordie Bellaire)

Programmée comme une série à suivre au long cours (ongoing), La Vision de Tom King & Gabriel Hernandez Walta, est devenue entre temps une maxi-série de 12 épisodes. 
Les choses ont en effet évolué suite au mercato que le lancement – chez la Distinguée Concurrence – de Rebirth, n’a pas manqué de créer ; et c'est nanti d’un contrat d’exclusivité, que Tom King est passé « à l’ennemi » tout en déclarant : « [..] je m’en vais après le douzième numéro. Nous avons terminé l’histoire que nous voulions raconter sans aucun compromis ». 
Nous voilà rassurés. 

La série qui met donc en scène la Vision en ce début de vingt-et-unième siècle ; un être artificiel dont les origines remontent à l’Âge d’or des comic books remis au goût du Silver Age en 1968 grâce à Roy Thomas & John Buscema, en fait - une nouvelle fois - un chef de famille. 
Mais cette fois, il s’agit d’une famille de synthézoïdes©™. 

Une approche beaucoup plus politiquement correct, tout en ouvrant le champ des possibles sur de nouveaux horizons, autres que ceux déjà exploités avec la Sorcière Rouge
Enfin, des horizons pas si nouveaux que ça. 

Panini a publié en novembre dernier les six premiers numéros au prix de 14,95 €, traduits par les bons soins de Ben KG (qui nous gratifie d’une fort belle trouvaille dont il a le secret : « sales porcs USB » en lieu et place du « socket lovers » original) et lettrés par Gianluca Pini dans leur collection 100%. Autrement dit, couverture rigide, paratexte succinct sur le personnage et les auteurs, et quelques couvertures originales (peut-être même toutes les couvertures originales, mais leur multiplication outre-Atlantique, rend difficile d’en tenir le compte). 

        Or donc, la « banlieue tranquille où ses résidents cachent de lourds secrets » est devenue un cliché de l’imaginaire globalisé occidental, et c’est sur ce lieu commun que Tom King bâtit son intrigue. On n’est donc pas très surpris de ne pas l’être, tant la multiplication des angles d’attaque fait ailleurs et par de nombreux inventeurs d'histoires avant lui, ont rendu encore plus tranquilles ces banlieues tranquilles. 
Quand ce n'est pas la réalité qui rattrape - comme on dit - la fiction, en proposant quelques faits divers sordides s'y déroulant, en premières page des journaux. 

À maints égards d’ailleurs, on pourrait (presque) lire ces 6 premiers épisodes en substituant à la famille Vision toute autre famille, pour peu qu’elle ne soit pas américaine, ou disons qu'elle soit suffisamment « exotique » pour créer la même diégèse que celle produite ici, par Tom King. 
Cerise sur le fardeau, construire son scénario sur une mécanique de précision, ne réserve pas non plus de réelles surprises (hormis la surprise pour elle-même). 

Toutefois, la présence d’un narrateur - longtemps mystérieux – promettra un retournement de situation, et le sixième numéro de s’achever (sans surprise), en effet, sur un cliffhanger, ma foi très réussi et surprenant (sic).
       Mais pour y arriver, l’histoire aura pris méchamment son temps en proposant des péripéties non seulement déjà vues (il est assez difficile d’en inventer à chaque fois de nouvelles, j’en conviens) mais surtout très (trop) prévisibles. 
Ce que gomme toutefois, un peu, une lecture sous forme de compilation. Parce qu’à y regarder de plus près, je ne suis pas sûr que mensuellement j’aurais trouvé assez d’intérêt à la série pour la suivre sur autant de numéros. 

Cela dit, le travail de l’équipe artistique : Gabriel Hernandez Walta donc, et Jordie Bellaire aux couleurs fait passer très agréablement la pilule du « temps long » (mais je doute que cela eusse été suffisant), et le storytelling est tout sauf ennuyeux, rendant ladite pilule plus digeste. 

Mais, je ne sais pas s’il s’agit d’une approche plus générale, et surtout réelle, d’un manque d’exigence (et d’imagination) de la part des auteurs, ou si cela vient que j’ai passé l’âge d’en lire, mais la bande dessinée produite de manière industrielle en flux tendu comme celle que propose Marvel, m’apparaît de plus en plus souvent assez creuse, et artificiellement rallongée. 

En outre, lorsqu’on lit de la science-fiction en prose, on mesure l’écart qu’il y a entre ce que fait Tom King d’un synthézoïde©™ , c'est-à-dire en définitive d'une Intelligence Artificielle dans les pages de sa propres séries, et l’imagination que déploient - actuellement - certains auteurs de S-F, dans leurs romans ou leurs nouvelles avec des personnages du même calibre. 
Voir par exemple Latium de Romain Lucazeau que je suis justement en train de lire, exemple parmi tant d'autres. 

Bien évidemment, les I.A respectives de King et de Lucazeau sont d’abord propulsées par le carburant narratif qu’envisagent ces deux auteurs, afin de servir au mieux leur propre scénario. Mais justement, la Vision de Tom King, et son histoire, auraient pu tout aussi bien être écrite dans les années 1960, sans qu’il soit nécessaire de beaucoup modifier ce qu’il nous propose ici. En 2016.
Gabreil Hernandez Walta du croquis à la planche finale
••••En conclusion, un premier tome un peu décevant, où la Vision sert essentiellement de « paratonnerre de problématiques sociales », avec un trop fort taux de « déjà-vu » (un comble pour la Vision que d’en manquer) ; mais dont le cliffhanger relance la mécanique (trop bien huilée) plus efficacement, qu’un coup de pied au derrière. 

 Reste à savoir où tout cela va atterrir ?! 
___________________
100% MARVEL : LA VISION, un peu moins qu'un homme. 1 (/2) 
Auteurs : Tom King & Gabriel Hernadez Walta + Jordie Bellaire 
(Contient les épisodes U.S Vision #1-6/2016, inédits). Sortie le 09/11/2016


 (À suivre ....)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de Fershid Bharucha. Cette illustration est, nous dit Brian Bolland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien Tanino Liberatore en a tiré une version peinte (...). »
Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke, alors pré-publié sous le titre de  Souriez, Jean-Paul Jennequin livre un article de  deux pages :
C'est tout pour aujourd'hui ! 
(Tous mes remerciements à Albert.)

Breach [Bob Harras / Marcos Martin]

Brève série de 11 numéros, Breach à l'immense avantage de pourvoir être lue sans connaissances préalables de ce qu'il est plus ou moins convenu d'appeler l'univers DC Comics. Envisagé comme une relance de Captain Atom, un personnage qui a notamment fait partie de l'écurie Charlton et a servi de modèle au Dr Manhattan, le personnage éponyme endossera finalement les atours du nouveau venu. 
Création de Bob Harras et de Marcos Martin, cette pourtant excellente série n'a visiblement pas été très soutenue par l'éditeur et, conséquences inévitables, n'a pas trouvé son lectorat. Je fais d'ailleurs partie de ceux qui sont passés totalement à coté.
Sacrifiée sur l'autel de la rentabilité, Breach mérite pourtant qu'on lui prête attention. 

       Le premier numéro, de 28 planches (extra-sized) donne d'ailleurs immédiatement le ton.
Plongé directement dans l'action, le lecteur découvre que l'articulation de la série se fera au travers d'un

Le jeu de la damnation [Clive Barker / Jean-Daniel Brèque]

« Rien n'est plus terrifiant que de donner à imaginer quelques abominations tapies derrière une porte, pour ne surtout jamais l'ouvrir, au risque de décevoir le lecteur. Car son imagination sera toujours plus fertile que les terribles images que s'échine à y injecter le conteur ».
Frappé au coin du bon sens, cet évangile de l'horreur dispensé depuis la ville de Providence dans l'État du Rhode Island, en 1979 par William F. Nolan, est cependant devenu obsolète depuis que des auteurs de l'envergure de Clive Barker ont mis un pied dans le genre.
« Le jeu de la damnation », traduit par Jean-Daniel Brèque en est un exemple frappant. Je dirais même que sans « les terribles images » qu'y injecte Clive Barker, ce roman ne serait pas ce qu'il est. 

            En effet le natif de Liverpool s'inspire ici d'un conte populaire bien connu, dont le titre du roman ne fait pas mystère du thème, et qui tient tout entier son intérêt dans l'imagination fertile …