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Roman américain [Antoine Bello]

Un « Roman américain » en forme de matriochkas.

            Récit composé d'articles d'hebdomadaire (The Wall Street Tribune), d'extrait de journal intime, de nécrologies, de mails, d'extraits de roman, d'articles de Wikipedia©, « Roman américain » ne peut pas ne pas faire penser aux fragments de la célèbre trilogie de John Dos Passos. Ou peut-être faut-il aller voir du côté du roman le plus connu de Bram Stoker, lequel avait anticipé cette structure éclatée ; comme semble nous l'indiquer le patronyme d'un des protagonistes principaux ?
Antoine Bello propose en tout état de cause d'explorer la face cachée du commerce de polices d'assurance-vie (un vampirisme contemporain ?) sous la forme de poupées russes textuelles, en un roman qui est aussi son propre mode d'emploi.

            Par exemple lorsque les deux personnages principaux, Vlad Eisinger et Dan Siver, réaniment l'un de leurs jeux de prédilection, celui des devinettes à base d'anagrammes.
Ou lorsque Dan Siver répond à Vlad Eisinger : « La lettre volée est l’une des plus grandes œuvres de la littérature. Songe à tous les thèmes qu’elle porte en germe : Dupin qui résout l’énigme posée par G. sans quitter son fauteuil, la vérité qui n’est jamais mieux cachée qu’exposée en plein jour, la dialectique de la proie et du chasseur, le dédoublement de personnalité à travers la fraternité suggérée de Dupin et du ministre D. ».  

Toujours ludique (la marque de fabrique d'Antoine Bello), « Roman américain » agit comme une anamorphose, tout en perspectives secrètes. Dont le tour de force principal est sûrement de réussir à nous captiver au travers des articles de Vlad Eisinger, sur les vicissitudes du life settlement.
Destin Terrace, un programme résidentiel de 234 logements sis en Floride est en quelque sorte le Wisteria Lane d'Antoine Bello, « un microcosme quasi parfait du monde de l’assurance américaine », et un angle révélateur sur les États-Unis d'aujourd'hui. Et du monde de demain ? 

            Difficile cependant de dire quoi parle exactement « Roman américain », tant il propose d'entrées et ressortit à un dispositif que j'ai précédemment appelé le « point aveugle ». 
C'est-à-dire qu'il s'agit d'un texte qui joue -aussi- avec la théorie de la réception. Ou dit autrement, sur l'interprétation qu'a le lecteur du texte qu'il lit.
Mais une chose est sûr ; le plaisir de lecture a été présent tout au long de ses 300 et quelques pages. 

Et je ne résiste pas au plaisir d'une mise en abyme supplémentaire, puisque dernièrement est sorti à la Série noire, un roman signé Vlad Eisinger, et intitulé Du Rififi à Wall Street !? Ça ne s'invente pas !   

(À suivre ......)

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