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Wheelman [Frank Grillo / Jeremy Rush]

En partie produit, et surtout entièrement cornaqué par War Party™, la société de production de Joe Carnahan & de Frank Grillo, et magistralement interprété par ce dernier ; « Wheelman2017 » repose sur la règle des 3 unités du théâtre dit classique : 
Unité temps : Une nuit. 
Unité d'action : Une attaque à main armée ne se déroule pas comme prévue. 
Unité de lieu : Une BMW E46 
Autrement dit, 98% du film se déroule dans une voiture avec seulement Frank Grillo au volant et à l’écran. Son personnage n'interagit avec l'extérieur quasiment que via un téléphone portable. 
            Tourné à Boston en seulement 19 jours, pour un budget légèrement supérieur à 5 millions de dollars, « Wheelman » est, au moment des comptes, une péloche dégraissée et bien relevée. 
D'entrée de jeu les premières minutes donnent le ton : « l'homme au volant » du titre a été embauché pour être chauffeur lors d'un braquage à main armée. Divorcé, sa fille adolescente, dont il n'a pas la garde, passe le weekend chez lui et elle lui annonce qu'elle veut sortir s’amuser au Phénix
Sur ce type de pitch minimaliste et prévisible, il faut un rôle principal capable de donner le change pendant les presque 82 minutes que sa présence à l'écran nécessitera, et une réalisation qui transforme la contrainte d’un lieu exigu (et monotone) en atout. 
Frank Grillo sera celui-là. 
            L’acteur dégage en effet cette sorte de virilité tranquille dénuée de calcul, doté d'un registre de jeu bien plus étendu que cette apparente simplicité ne le laisserait croire.  
Jeremy Rush, dont c'est la première réalisation, semble jouer à domicile dans ce scénario qu'il a écrit lui-même. 
La chorégraphie que nécessite la maîtrise du bolide allemand de la part de son conducteur devient un enjeu esthétique et une part, non négligeable (bien évidemment), de la mise en scène. 
Le jeune réalisateur aime les voitures et la conduite automobile, et ça se voit. 
Doublée par des acteurs très impliqués, l'adaptation française achève de faire de « Wheelman » un produit manufacturé bien plus satisfaisant que son petit budget, son high concept et ses petites trois semaines de tournages ne le destinaient. 
Bilan : tient bien la route.

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