Accéder au contenu principal

Psychogéographie


Burnham rencontra les architectes de l'Est le soir du lundi 22 décembre au Player's Club [...] (il) y avait là, réunis autour d'une même table, les plus éminents interprètes de ce que Goethe et Schelling appelaient la "musique pétrifiée".
Le Diable dans la ville Blanche - Erik Larson

... Contrairement à Erik Larson, je vois plutôt dans la figure de l'architecte un compositeur plutôt qu'un interprète ; ce dernier s'incarnant sans aucun doute  possible dans la figure du marcheur, du promeneur,  du flâneur,.... du psychogéographe.

Et grâce aux éditions lyonnaises Les Moutons Électriques tout un chacun peut dés à présent, et dans la langue de Molière, en apprendre tant et plus sur l'histoire et le modus operandi de ce qu'on appelle la psychogéographie. 

De Daniel Defoe aux Situationnistes, des Surréalistes à Jean-Paul Clébert en passant par Iain Sinclair, Alfred Watkins ou plus brièvement ici, Alan Moore ; Psychogéographie Poétique de l'exploration urbaine propose une promenade érudite et ludique de presque 200 pages, dresse une topographie, et cartographie ce mouvement dans l'espace & le temps.   

Alchimiste littéraire,
géomancien urbain
Entretien avec 
Iain SINCLAIR
(Andrew Hedgcock)

[....]
Dans tes livres, de Lud Heat à Lights Out, tu as parlé de ce genre de développement comme si c'était un assaut occulte sur la ville en même temps qu'un assaut physique [..]

... Je  pense que c'était vrai quand Tatcher était au pouvoir. Je pense qu'elle était une force démoniaque, focalisant toutes les pires images et les mauvais sentiments des gens dans cette figure de dominatrice, elle et sa bande incroyablement dégueulasse [..]

Dans quelle mesure ces notions de psychogéographie sont-elles vraies, ou sont-elles une métaphore ?

... Je pense vraiment qu'il y a des réseaux d'énergie palpable. Le simple fait d'avoir des gens qui se déplacent sans cesse dans tel ou tel bâtiment crée une bande de conscience qui reste active et sur laquelle on peut se brancher. Et c'est ce que semble être l'acte d'écrire : une médiation qui permet aux voix du passé et du futur d'atteindre votre conscience. C'est comme écrire sous la dictée.

YELLOW SUBMARINE
N° 128 Traduction d'Hervé Hauck

Eugène Atget
Il y a autant de manières d'aborder, de vivre la psychogéographie qu'il y a d'angles à un rapporteur ; ce que montre avec à-propos et avec brio ce guide.
Ainsi depuis le temps que je m'intéresse au sujet, c'est plutôt vers l'approche de Peter Ackroyd que je me situe. 

Dans son roman L'Architecte Assassin (Hawksmoor) Peter Ackroyd dresse le portrait d'un architecte au travers de la voix de son personnage Nicholas Dyer.....


... Ainsi j'appris l'Architecture &, informé que les Ouvriers pourvoient aspirer à la Charge d'Architecte en ces tems-là, je l'ambitionnoi pour moi-même : devenir le Structorum Princeps, ainsi que que le nomme Master Evelyn, l'ingénieus Artisan qui doit être versé dans l'Astrologie, l'Arithmetique, & la Musique, non moins que dans la geometrie, dans la Philosophie, autant que dans l'Optique, dans l'Histoire, autant que dans le Droit, telle etoit mon Aspiration. or, on ne peut construire seulemen en lisant des livres, hormis Châteaux en Espagne, & je decidoi de m'informer dans le Monde : j'ecoutoi le Discours des Ouvriers sur le Chantier de mon Maître (à proximité de saint-Paul où il etoit employé alors) & les interrogeoi sur leur Pratique ; je cherchoi également les occasions de visiter les Briqueries à White-Chapell, où j'appris quelle Terre etoit sous Londres : celle-ci & d'autres Informations j'engrangeoi dans ma Memoire, car je ne pouvoi savoir si elles ne pourroient point être de quelque utilité un Jour. [..] 
Traduction magnifique de Bernard Turle 

Ce catalogue de connaissances me semble tout aussi utile au psychogéographe qu'il ne l'était à Nicholas Dyer pour son travail, du moins pour une approche "historico-mystique" telle que peut le proposer Ackroyd.

STORMWATCH n°43
... Si l'ouvrage des éditions Les Moutons Électriques nous parle de William Blake ou encore du voyageur mental, ou plus contemporain de Jacques Réda,  il fait l'impasse sur ce qui me semble être aussi mais pas seulement de la psychogéographie : le Parkour.  

Certes il n'est plus question de marcher, mais on peut parler dans ce cas de réalité augmenté pour psychogéographe juvénile, il est clair en tout cas que les traceurs interprètent eux aussi à leur manière la musique pétrifiée cher à Goethe. D'ailleurs Warren Ellis ne s'y est pas trompé en faisant de son personnage Jack Hawksmoor (sic) un adepte du Parkour tout autant qu'un "lecteur" du roman urbain, déchiffrant les pages de pierre des mégalopoles qu'il parcourt. 


... En définitive, Les Moutons Electriques font preuve du plus bel éclectisme dans le choix que propose leur catalogue, avec Psychogéographie Poétique de l'exploration urbaine il montre aussi un certain courage éditorial pour un sujet peu connu me semble-t-il entre les frontières de notre Hexagone.
Néanmoins il serait injuste de faire l'impasse sur cet ouvrage qui non seulement dessine brillamment le portrait d'une pratique tombée pour le moins en désuétude : la marche sans but précis mais à haute valeur ajoutée ; tout  en proposant également d'aborder la littérature (et donc la compréhension du monde dans lequel on vit) par des chemins de traverse et des passages secrets qui ne peuvent que ravir  l'honnête homme du XXI° siècle ... un beau programme si vous voulez mon avis !

Commentaires

  1. Psychogéographie, Parkour... tout ce dont j'ai besoin pour écrire des livres et garder la forme !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…