lundi 20 mars 2017

Skull the Slayer (Marvel)

Couverture originale pour les éditions LUG
Auteur inconnu
…. Lhomo americanus expédié dans un monde et une culture qui lui sont étrangers est, depuis Un Yankee à la cour du roi Arthur (1889) de Mark Twain, un motif faisant partie intégrante du tronc commun de l’imaginaire étasunien. Même si la satire, non exempte de coups de lattes et d'explosions non plus, de Mark Twain a été depuis largement - et presque totalement - remplacée par les seuls coups de lattes et les explosions.  

Souvent retravaillé et décliné : Edgar Rice Burroughs envoie John Carter sur Barsoom (1912), Jerry Siegel & Joe Shuster (1938) s’en emparent et le retournent comme un gant (mais même retourné un gant reste un gant) et inventent Superman, Nathan Algren en 2003 – sous les traits de Tom Cruise – remplace Camelot et Barsoom par le Japon, sous la direction d’Edward Zwick, etc.

Et donc, en 1975, Marv Wolfman (qu'on ne présente plus) & Steven Gan (également co-créateur de Star-Lord) s’inspirent d’un modèle dont l’origine a peut-être d’ailleurs été oubliée en route, et accouchent d’une série de bédé intitulée Skull the Slayer.

Très brève série, Skull le prisonnier du temps – comme elle a été traduite dans la revue française TITANS (du numéro 5 au numéro 12) – de novembre 1976 à janvier 1978 s’inspire également d’un autre prestigieux modèle, celui des Quatre Fantastiques.

..De l’autre côté du miroir (aux silhouettes) 

- Au lieu d’une fusée, le quatuor de Skull the Slayer disposera d’un avion 
- Au lieu des rayons cosmiques ce sera le Triangle des Bermudes 
- Au lieu de la transformation des personnages en monstres, Wolfman & Gan, transforment leur quotidien en un environnement monstrueux. 
- Et en lieu et place de Red Richards le scientifique ce sera le docteur Corey, Jane Storm est remplacée par la blonde Ann Reynolds, son jeune frère Johnny par le tout aussi jeune Jeff Turner, et Ben Grimm par l’ancien combattant Jim Scully (alias Skull).
TITANS n°5
La fine équipe se voit donc envoyée dès le premier numéro dans un monde étrange qui, contre toute attente, fera se côtoyer des dinosaures et des hommes « préhistoriques ». Shocking !
Puis d’autres civilisations feront leur apparition, faisant du Triangle des Bermudes made in Marvel une sorte de pendant aux expositions universelles qui pour l’édification de leurs visiteurs mettaient en scènes des « sauvages » venus des cinq continents dans ce qu’on appelle aujourd’hui des zoos humains, mais aussi des pavillons où la technologie la plus pointue avait également droit de cité.
L’imagination d’Edgar Rice Burroughs (et il n’est pas le seul dans ce cas) aura ainsi bénéficié d’un coup de pouce de la célèbre Exposition universelle de Chicago de 1893 lorsqu’il sera temps pour lui d’inventer John Carter et Tarzan.

Mais revenons en 1975
…. Si la série (bimestrielle) Skull the Slayer n’est pas à ma connaissance citée, lorsqu’on évoque la vague des comic books dit relevant, autrement dit ceux qui prennent à bras le corps les problèmes de l’époque de leur publication pour les intégrer dans leurs récits, il n’en demeure pas moins qu’elle ne prend pas de gant lorsqu’elle tient un discours sur la guerre du Vietnam et ses corollaires : l’héroïsme et l’information (Marv Wolfman utilisera le mot très connoté de newspeak autrement le novlangue du roman 1984 : Pour en savoir +) , pas plus de fioriture sur la place des Africains-Américains et sur celle des femmes dans la société d’alors. 
Cela étant dit Skull the Slayer est d’abord une série se voulant avant tout divertissante. 

Ce qu’elle réussira à être lors des trois premiers épisodes, qui prennent pour héros un type de personnage qui deviendra rapidement d’ailleurs un stéréotype : l’ancien combattant de la guerre du Vietnam dont la réinsertion devient un problème.
L'atelier de retouches de LUG a gommé le couteau sur la V.F
Le quatrième numéro voit arriver Steve Englehart au scénario - suite à la promotion de Marv Wolfman à un poste d’editor - et manifestement cette série ne l’intéresse pas le moins du monde. 
Il supprime immédiatement les trois partenaires de Jim Scully et transforme ce dernier en un lâche de la pire espèce. Tout en dirigeant l’intrigue vers tout autre chose que ce qu’avait fait Wolfman & Gan dans les numéros précédents. Du très grand n'importe nawak.
Heureusement dès le numéro suivant Bill Mantlo reprend les rênes, alors que Sal Buscema (arrivé au n°4) reste attaché à sa planche à dessin. 

Mantlo & (Sal) Buscema, s’ils n’ont pas atteint le statut de certains de leurs contemporains dans leur domaine respectif à savoir l’écriture de scénarios et celui du dessin, n’en demeurent pas moins de solides artisans de la Marvel. De ceux avec qui on est rarement déçu lorsqu’il s’agit de passer un bon moment de lecture. 
Et ils vont encore le prouver ici. 

J’ouvrais mon commentaire™© en proposant que l’une des sources du code créatif de la série n’était rien que moins que celle utilisée pour l'invention des Fantastic Four, eh bien dans sa septième livraison Skull le prisonnier du temps rencontrera son propre Docteur Fatalis

Las, la reprise en main par Mantlo & Buscema n’aura pas suffit, et le huitième numéro sera le dernier. La douche est plutôt froide à l’époque puisqu’en plus d’être redevenue attractive la série se termine sur un cliffhanger de la mort. …..
Le storytelling toujours efficace de Sal Buscema
Heureusement pour les lecteurs français l’attente sera moins longue que pour leurs homologues étasuniens. En effet dès le dix-neuvième numéro de TITANS les éditions LUG reprennent deux numéros de la série Marvel Two-in-One dans lesquelles la Chose (des Quatre Fantastiques) sauve le quatuor perdu (avec accessoirement l’aide de Red Richards alias Mr Fantastic). Ce qui n'a rien d'une coïncidence si on accorde du crédit à ma théorie.

Si dans les seventies il était courant pour la Maison des Idées de terminer certains arcs narratifs de séries annulées dans d’autres séries, ce coup-ci c’est Marv Wolfman himself qui s’y colle. Autant dire que cette série semblait lui tenir à cœur. D’autant plus que si les lecteurs français ont le plaisir de retrouver Jim Scully et sa bande en septembre 1978, soit 8 mois après la fin plutôt brutale de la série. Les américains n’auront des nouvelles que 13 mois plus tard. C’est dire si l’annulation avait dû rester en travers de la gorge du scénariste. 
Les choses étant ce qu’elles étaient à l’époque, les éditions LUG transformeront les deux numéros de Marvel Two-in-One (#35 & 36), une série dédiée aux aventures de la Chose qui y recevait à chaque numéro un nouvel invité, en une suite directe de « Skull le prisonnier du temps » :
Une sorte de continuité dans la rupture
Si la fin n’est pas, par la force des choses, à la hauteur du potentiel que laissait envisager les trois numéros de Wolfman & Gan et les quatre de Mantlo & Buscema (mieux vaut oublier celui d'Englehart), elle a au moins le mérite de faire montre d’un évident respect pour les lecteurs. 

…. En définitive Skull the Slayer donne une idée de la façon dont la Maison des Idées gérait les siennes à l’époque. On peut d'ailleurs en déduire que l'éditorial n'était pas plus absent qu'il ne l'est aujourd'hui du destin des personnages.   

Potentiellement cette série avait une dynamique capable de mouliner de la diégèse à volonté. Il n’est qu’à voir la série Warlord (133 numéros) chez le Distingué Concurrent, dont la création et la prémisse sont aussi contemporaines que proche de Skull the Slayer, pour avoir une idée de ce qui était envisageable. 

Reste qu’au cours des Guerres Secrètes – en 2015 – Skull, et une tripotée de champions d'heroic fantasy estampillés Marvel, referont surface pour quatre numéros très prometteurs dans la mini-série intitulée Weirdworld (Jason Aaron + Mike Del Mundo). 
Hélas, aussitôt les Guerres Secrètes terminées le titre sera redémarré sous l’égide cette fois de Sam Humphrie (toujours Mike Del Mundo aux dessins), en laissant en plan tout ce qui en faisait l’attrait (du moins à l’aune de mes propres goûts).
Battleworld n°4 (PANINI) Traduction Ben KG (MAKMA)
Décidément, hors le mainstream (i.e. les super-héros) Marvel peine à proposer des histoires pérennes. 

Ce qui ne doit pas non plus, nous empêcher d’apprécier (et de rechercher) celles qui paraissent ou qui ont été publiés dans le passé. Et les années 1970 sont un vivier très intéressant car à l’époque, cet éditeur (et DC Comics) peinait à rester à flot, et autorisait les projets les plus fous (Pour en savoir +).
_______________

• Un petit mot sur la traduction des épisodes paru chez LUG.
Si le traducteur ou la traductrice n'est pas mentionné, il n'en demeure pas moins que c'est fort joliment traduit ; les dialogues sont alertes, et sourd une douce ironie de l'ensemble de la prose de chaque numéro.

À noter que l'addiction à la drogue du jeune frère de Jim Scully qui meurt d'un coup de couteau, a été transformée en un net (mais préférable ?) penchant pour les boissons alcoolisées.

2 commentaires:

  1. Je me souviens avoir découvert Skull dans un album relié Titans en colo de vacances, sûrement en 1976-1977. A milieu des années 70, le Triangle des Bermudes était très à la mode. Une série télé exploitait cette idée de voyage dans le temps à travers le Triangle...

    RépondreSupprimer
  2. oh punaise, une discrète petite allusion à l' exposition universelle de 1893

    RépondreSupprimer