Accéder au contenu principal

Johnson le Homard

... De mémoire c'est dans le recueil Le Ver Conquérant que j'ai fait pour la première fois connaissance avec Lobster Johnson dit Johnson le Homard, c'est en tout cas l'une de mes aventures favorites d'Hellboy.
Ce personnage a ceci de particulier qu'il est en quelque sorte une "légende urbaine" ; pour certains il n'est qu'un personnage de fiction, pour d'autres au contraire il a vraiment été un justicier new-yorkais avant de partir pour le Front ...

En admettant que les faits suivants
soient radicalement faux, la seule idée 
de leur simple possibilité est tout aussi 
terrible que le pourrait être leur 
authenticité démontrée et reconnue.

Auguste Villiers de l'Isle-Adam

Le ver conquérant éditions Delcourt
À la décharge de ceux qui ne voient en Johnson le Homard qu'un personnage de fiction né dans les pages des pulps, il faut rappeler que la presque totalité de ce que l'on sait de lui vient des récits d'un ancien officier de la police de New-York Norvell Cooper, qui quitta la police de Big Apple en 1939 pour tenter sa chance du côté des pulps magazines.


... Le premier pulp est né en 1896 de la rencontre d'un homme, Frank Munsey et d'une idée, les histoires priment sur le papier sur lesquelles elles sont imprimées. Ni une ni deux, Munsey applique derechef cette idée à son magazine The Argosy en utilisant le papier le plus économique de l'époque ; à base de fibres de bois grossièrement agglomérées (d'où le nom de pulps magazine - pulp = pulpe de bois). Les 192 pages de la nouvelle formule se remplissent incidemment d'histoires orientées vers un public plus adulte que dans la formule précédente.

Quelques années avant que Norvell Cooper n'embrasse la carrière d'écrivain, en 1934 il existait cent cinquante pulps différents dans tous les genres possibles : western, science-fiction, aventure, histoires romantiques, guerre, sport, espionnage, policier, ou encore des pulps "épicés" aux scènes érotiques appuyées voire carrément scabreuses. Bref un bel éventail de possibilités.  

     
... C'est en septembre 1940 qu'apparait Lobster Johnson pour la première fois, dans Weird Detective. Norvell Cooper prétendait avoir connu le vrai Lobster Johnson et s'appuyer sur des faits avérés et réels. Cette première aventure intitulée The long arm of death, un récit de la taille d'un roman sera suivit de sept autres aventures, la dernière publiée en février 1942 dans le dernier numéro de Weird Detective


Contrairement à Doc Savage par exemple (fameux héros de pulps) les aventures de Lobster Johnson n'ont pas connu de traduction en France, mais à l'instar de l'Homme de bronze (ou du Shadow autre personnage de pulps) Johnson le Homard a connu le plaisir d'être publié dans les pages des comic books, et ce dés la fin de l'année 1942.


Là aussi, pas de traduction, le lecteur francophone doit se contenter de la présence du personnage dans l'aventure d'Hellboy citée supra. Si j'ai choisi de mentionner Doc Savage et The Shadow ce n'est pas par hasard. Ces deux héros ont connu tous deux le plaisir (?) d'apparaitre successivement dans les pages de pulps, de comic-books et sur le grand écran.


Lobster Johnson aussi est devenu le héros d'une série de films dus essentiellement au prolifique écrivain/scénariste Edouardo Fernadez spécialisé dans les films d'horreur mexicains à petit budget. Pour être aussi complet  que possible mentionnons que Johnson le Homard est aussi apparu dans des serials au début des années 40.

 
Dernièrement le justicier à la pince a fait l'objet d'un retour en grâce du côté de l'industrie de la bande dessinée sous les auspices de Mike Mignola, de Jason Armstrong et de Dave Stewart sous les couleurs de l'éditeur Dark Horse.


Un retour mitigé selon moi.

Or donc, Lobster Johnson héros ou fiction ?

Pour ma part il me semble évident que Johnson le Homard n'est ni plus ni moins que la face caché de Norvell Cooper, son alter ego. Lobster Johnson agissait là où l'officier de police Norvell Cooper ne le pouvait pas plus en regard de la loi, en utilisant des méthodes plus expéditives.
Il m'apparait évident qu'usé prématurément par cette double vie il ait décidé en 1939 de quitter et la police et son identité de justicier à la pince, tout en essayant de rentabiliser son expérience passée.
D'autre part je ne suis pas du même avis que Robert Zimmer, l'un des meilleurs historiens du pulps quand il affirme que Norvell Cooper a pris à partir de 1943, un emploi de d'agent de sécurité au sein d'une chaîne de grands magasins.

Ainsi des documents militaires divulgués par WikiLeaks donnent à penser que  Norvell Cooper aurait rendossé sa tenue de justicier pour des missions  classées "secret défense" en Europe (voire dés 1939).    

Commentaires

  1. Mais la vraie question, c'est :

    était-il un descendant des Homards Rouges qui sévissaient du temps de Blek le Rock ?

    Et, subsidiairement, si son grand-père faisait à dada régner la loi et l'ordre à l'ouest du Pecos, cela en faisait-il un Homard Shérif ?

    RépondreSupprimer
  2. Passionnant articla, Artie.
    Niko, tu devrais arrêter les mélanges...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…