lundi 31 octobre 2016

DRIFTER t.01 à 03 (Ivan Brandon & Nic Klein) Glénat

L’osmose parfaite entre western et space opera.
Le futur. Dans sa grande tradition de colonisation, l’Humanité s’est attaquée à d’autres planètes, minant et épuisant les ressources naturelles qu’elle rencontre sur son passage et, accessoirement, en laissant derrière elle des kyrielles de mondes inertes, sans vie...
Abram Pollux va connaître un destin peu ordinaire sur la planète Ouro où son vaisseau spatial KF424 s’écrase violemment après une tentative d’atterrissage des plus périlleuses. 

Magnifique séquence, avec un soin apporté aux effets (voir la bulle)
…. Je me « plaignais » pas plus tard qu’hier, qu’un auteur bourré de talent tel que Dan Abnett restait pour ainsi dire dans sa « zone de confort », et livrait des histoires de science-fiction somme toute très convenues (Pour en savoir +). 
Avec Drifter le scénariste Ivan Brandon semble vouloir faire tout le contraire. 
À un point tel que le premier recueil publié par Glénat – qui compile les 5 premiers numéros de la série parue aux U.S.A. à un rythme mensuel – est pour le moins abscons.
Malgré des résumés réguliers, la série reste nébuleuse 
Non seulement le scénariste ne livre qu’avec parcimonie des renseignements sur ce qui s’apparente à un planet opera (et non pas comme dit dans la présentation du titre à un space opera) mais en plus il propose une narration très elliptique, sautant du coq à l’âne, faisant des montages parallèles d'action n'ayant aucun lien apparent entre elles, etc.
Bref tout cela n’est pas très facile à suivre. 
Même après cinq numéros. Il faut dire que raviver les racines du planet opera, autrement dit situer son intrigue dans un Far West intersidérale* dissout le « maximalisme » du cadre qu’offre la science-fiction dans le minimalisme du décor où l’aventure n’a souvent d’autres buts qu’elle-même. 

Ce qui me fait me demander si la complexité exagérée de la narration n’est pas là simplement pour masquer la vacuité de l’histoire ?
Le prodigieux Nic Klein dans ses œuvres
La suite me le dira sûrement, du moins si je passe outre l’impression pas très engageante de ce premier tome.

Du point de vue du scénario cela dit car, le travail de Nic Klein est tout simplement fabuleux, l'éditeur Glénat précise d'ailleurs qu'il s'agit d'une BD peinte.
C’est d’ailleurs la seule chose - la partie artistique - pour l’instant qui pourrait m’engager à poursuivre la lecture de la série.
Et une pointe de curiosité aussi.
Même les onomatopées font l'objet d'un soin particulier
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*Ce qui a d’ailleurs incité l’écrivain Wilson Tucker dès 1941, à qualifier toutes ces histoires de westerns intergalactiques de « space opera ». Un terme alors péjoratif, et décalque de celui de « horse opera » - tout aussi péjoratif - qui servait à désigner les westerns pleins de cliché aux scénarios convenus que produisaient le cinéma et la télévision.

*-*
.... N'écoutant que ma curiosité j'ai aussitôt ou presque, enchaîné avec le deuxième tome (contenant les numéros 6 à 9 de l'édition américaine d'Image Comic).
Ouro a une face cachée... et elle n’est pas belle à voir. 
Abram Pollux navigue vers l’inconnu. Il a décidé de revenir sur le lieu du crash de son vaisseau, situé à des centaines de kilomètres de la ville, dans les profondeurs inexplorées de Ouro... ______________ 
Ivan Brandon et Nic Klein signent le second arc de ce space opera introspectif aux accents de western initiatique. Une quête d’humanité dans des paysages à la beauté crépusculaire... 


Drifter ou la « planète B » 

…. L’esprit pionnier du planet opera – sous-tendu par la « théorie de la Frontière » propose toujours – au moins - une « deuxième Terre ».
Soit en tant qu’extension du terrain de jeu d’aventuriers en mal d’exploits.
Et/ou comme nouvel Eldorado de ressources en tout genre.
Ce deuxième motif apparaît pour certains amateurs du genre comme une manière de préparer le terrain en nous déculpabilisant de la surexploitation que nous faisons subir à la planète Terre que nous habitons actuellement, en offrant en quelque sorte un « plan B ».

Le planet opera (et le space opera) comme propagateur de l’idéologie capitaliste en quelque sorte.

On n’est pas obligé bien sûr de souscrire à cette lecture.
L’esthétique de la réception propose une « herméneutique littéraire » en replaçant au centre de la lecture, le lecteur.
Comme le propose Gérard Klein, « le privilège de l’auteur cesse avec le point final [..] », et l’expérience esthétique de la lecture (telle que je l’envisage) est dès lors influencée par tout un système de références propres à chaque lecteur. Ce qu’on appelle* un « horizon d’attente ».
Ces références - qui agissent comme autant de cartes et de talismans, de verrous et de clés- et qui évoluent dans le temps et par rapport à la sphère socioculturel dans laquelle nous baignons, nous prédisposent, nous déterminent à un certain horizon d’attente.
Et ce qu’on peut dire de nos lectures est fatalement, frappé du coin de la subjectivité. Et d’a priori.
En outre, toutes les œuvres proposent des caractéristiques qui forment une réception particulière. Par exemple le label sous lequel elle est publiée, l’auteur et ce qu’on en sait.
…. Ce deuxième tome est tout aussi déroutant que le premier, et met en pièce mon horizon d'attente avec une belle nonchalance.

« Western initiatique » prend soin de nous préciser l'éditeur pour ce second tome.
En effet je ne serais guère étonné d'apprendre qu'Ivan Brandon a mangé plus que sa part de Jodorowsky, tout en écrivant son scénario.
J'ai eu tout au long de ma lecture, le sentiment de lire les détournements de planches que faisaient les Situationnistes dans les années 1960 ; où le texte n'avait rien à voir avec ce que racontaient les dessins.
Un scénario que je serais d'ailleurs bien curieux de lire avant sa mise en récit par Nic Klein.

Bref je n'y comprends toujours rien mais le travail de Nic Klein vaut toujours autant le détour.
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* Cf. L’Ecole de Constance.
Le temps est venu de régler ses comptes… 

Entre space opera introspectif et western initiatique, Drifter nous transporte dans un voyage aussi vertigineux pour les yeux que pour le cerveau.   

« On sait souvent ce qu'on fait mais rarement ce que fait que qu'on fait » cet aphorisme est ce qui résume ce que je retiens de ce troisième tome. 
Et il convient tout autant aux 14 numéros que contiennent les trois tomes.
Moi aussi mon cher Ivan, je suis une roue à laquelle il manque un vélo, et ce n'est pas ton scénario qui va m'en donner un.

.... Dès le premier tome, il m'a semblé que l'explication nécessaire (ou les explications nécessaires) pour donner du sens à ce que je venais de lire demanderait un sacré talent, en plus de l'obligation d'être très originale. On ne peut pas balader son lecteur sur un nombre aussi important de pages sans faire preuve en retour d'originalité.
Mais je n'y croyais guère.

Je n'aurais donc sûrement pas lu le deuxième tome (ni le troisième)  si je n'en avais pas eu l'occasion sans dépenser un kopeck pour le faire. À presque 15 euros le tome, l'histoire a intérêt à valoir la dépense. Ou du moins a en donner l'impression.

Et là, après plus de 200 pages quand même, le doute n'était plus permis, Ivan Brandon n'avait aucune explication à donner, et peut-être n'en avait-il jamais eu l'intention.
J'ai lu le troisième tome par curiosité, mais le cœur n'y était déjà plus.

.... En définitive Drifter peut plaire mais comme on le lit parfois pas à tout le monde. Ce qui paraît évident quelques soit ce dont on parle, mais pour le coup cette série est tellement différente de ce qu'on peu lire sous couvert d'une histoire de S-F d'aventure - ce qu'on peut croire lire d'ailleurs au vu du premier tome - que la déception ne peut être qu'à la hauteur des attentes que suggèrent le premier tome.
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Traduction : Alex Nikolavitch
Lettrage : Fred Urek
Prix à l'unité :14,95 €

1 commentaire:

  1. Même ressenti que toi à la lecture : complètement déboussolé, mais des visuels magnifiques. Il me reste à lire le tome 3, et voir si je dois à nouveaux ajuster mon horizon d'attente.

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