Accéder au contenu principal

Black Program [Laurent-Frédéric Bollée / Philippe Aymond / Didier Ray]

« Black Program » est le premier tome des nouvelles aventures de Bruno Brazil.
            Le personnage, créé par Michel Greg (sous le pseudonyme de Louis Albert) et William Vance, apparaît dans les pages du périodique TINTIN, dans lequel il vivra un certain nombre d'aventures, à partir de janvier 1967.
Dix ans plus tard est commercialisé sa véritable dernière aventure complète : Quitte ou double pour alak 6.
Le Lombard© entretient ensuite, sporadiquement, la flamme des amateurs avec deux recueils* d'histoires courtes, en 1977 et en 1995. 
Dans ce dernier une histoire inachevée, de Greg & Vance, intitulée La chaîne rouge, est également au sommaire.
            Laurent-Frédéric Bollée au scénario, et Philippe Aymond au dessin, ont choisi quant à eux, de reprendre les missions du personnage, exactement après les événements de Quitte ou double pour alak 6.
Nous sommes désormais en mai 1977.
            Un choix très judicieux, tant cette ultime aventure de Greg & Vance, est à la fois en avance sur ce qui se faisait alors dans le monde franco-belge de la BD. En plus d'être particulièrement généreuse en matière de possibilités narratives, grâce à ce qui s'y déroule.
Toutefois, « Black Program » permet tout à fait de s'affranchir des onze albums précédents si on le souhaite. Tout en donnant l'envie de s'y plonger derechef.
Reste qu'un lecteur qui connaît bien les différents albums pour les avoir lus (et relus) en leur temps, et qui entretient avec les personnages une longue camaraderie, celui-ci aura sûrement  un rapport plus sentimental avec cette reprise.  
Mais rien n'est perdu pour les nouveaux venus, puisque trois intégrales sont désormais disponibles pour qui voudrait combler son retard dans de bonnes conditions.   
Si ces nouvelles aventures s'appuient donc sur une aventure antérieure, ce premier tome, de ce qui formera finalement un diptyque (dans un premier temps), donne tous les éléments nécessaires à un confort de lecture équivalent à celui du plus aguerri des fans du personnage, en termes de compréhension des tenants et des aboutissants.
            Bruno Brazil est, au départ, un espion solitaire, travaillant pour le W.S.I.O., un service de renseignement et de contre-espionnage étasunien. Cependant, dès son deuxième album, le bien nommé Commando Caïman, il s'entoure d'une équipe ; le commando en question.
Dans une certaine mesure la série bénéficiera d'un effet de serre iconique qu'on retrouve également dans des films quasi contemporains tels que Les Douze salopards, Enfants de salaud, voire la série télévisée Mission : Impossible, ou encore les romans consacrés à Mack Bolan alias L’Exécuteur, lequel s'entoure lui aussi, en 1969, d'une équipe de baroudeurs aux talents multiples et au caractère bien trempé.
La fin des années 1960 est donc propice aux équipes, et Bruno Brazil y sacrifiera lui aussi.
            Mais quand commence « Black Program », la mission malgache de Quitte ou double pour alak 6 a laissé de terribles séquelles, et un formidable terrain de jeu pour Laurent-Frédéric Bollée.
            Si l'intrigue est captivante, et le cliffhanger tout ce qu'il y a de plus surprenant, sans oublier l'exotisme d'une société où les téléphones portables, la vidéo-protection ou les ordinateurs personnels sont bien entendu absents.
 
« Black Program » se distingue surtout par une mise en récit particulièrement originale.
Après une ouverture percutante in medias res, le récit déroule des événements jusqu'à ce qu'il les harmonise, et donne à voir comment tout cela s'enchaîne in fine, à l'issu d'un flashback, qu'on sait commencer un mois plus tôt. Mais dont on ne mesurait pas (forcément) l’intérêt.
Tout cela se fait en douceur, mais l'effet est proprement saisissant.
Tout comme ce qui arrive à quelques-uns des personnages-clés.
            Laurent-Frédéric Bollée & Philippe Aymond, assisté à la colorisation par Didier Ray, ont fait un choix stratégique audacieux, et original, dans leur reprise d'un personnage ayant déjà un passé. Et surtout, une audience toute acquise aux scénarios et aux dessins de deux géants de la bande dessinée, dont la réputation n'a cessé de grandir. 
Le résultat est pourtant une réussite totale.
Si ce premier épisode se déroule à la fin des années 1970, le storytelling est tout ce qu'il y a d'actuel. L-F. Bollé creuse à la fois la psychologie des personnages, notamment celle de Bruno Brazil, mais il n'en oublie pas pour autant d'injecter la dose d'action, de suspense, et d'humour que cette série dispensait déjà du temps de Michel Greg et de William Vance.
Le tout servi par un souci formel qui fait très plaisir à lire.
Philippe Aymond effectue là un très très bon travail. Loin de vouloir singer son prestigieux prédécesseur, il s’approprie, grâce à un excellent scénario, avec les qualités dont il ne manque pas, un univers et un personnage qui ne pouvaient rêver mieux.
            « Black Program » est une relance qui devrait servir de maître-étalon aux futurs repreneurs de n'importe quelle série patrimoniale franco-belge. 
(À suivre ......)  
___________________
* Un hors-série, avec un très faible nombre d'exemplaires, a paru en 1993, et un double album, reprenant les deux premiers de la série, en 2006.  

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

David Galula et la théorie de la contre-insurrection [Driss Ghali]

D avid G alula (1919-1967) est un stratégiste français, passé par Saint-Cyr , qui a participé à la seconde Guerre Mondiale, et à la guerre d'Algérie.             Attaché d'ambassade en C hine auprès du colonel J acques G uillermaz à partir de 1945, puis membre de la commission spéciale des Nations Unies dans les Balkans , il a l'occasion d'observer de très près la guerilla qu'y livre M ao T sè- T oung, ainsi que la guerre civile grecque. De 1951 à 1956 il est attaché militaire à H ong-Kong où il rencontre notamment des spécialistes américains et anglais de la contre-insurrection. Laquelle deviendra son champ d'expertise, fort de ce qu'il a appris en Chine et en Grèce .             De 1956 à 1958, il mettra en pratique ses théories en Algérie où il est affecté, et plus précisément dans le djebel Mimoun , en Grande Kabylie .          ...

Citizen Vigilante [Uwe Boll / Armie Hammer]

Interdit en Allemagne , ce qui lui a fait profiter de l’Effet Streisand™ (du moins sur X ® ) Citizen Vigilante est donc le dernier film en date du réalisateur allemand U we B oll - « le pire des meilleurs réalisateurs ou le meilleur des pires réalisateurs », a-t-on pu dire de lui.              L’argument du film est celui-ci : un riche Américain, Sanders ( A rmie H ammer, impeccable comme le reste de la distribution), ex-militaire, décide de palier l’incurie du système judiciaire d’un pays d’ Europe en appliquant une justice expéditive en dehors de tout cadre légal ( vigilantism ).              Compte tenu du courage politique d’ U we B oll, son film ne fera pas parler de lui. À l’instar cela dit, de ce qu'il montre.  Car B oll s’attaque à une « vache sacrée » des démocraties occidentales : la surreprésentation de l’immigration de masse dans les crimes et délits. Mais aussi et surtout, la protection dont bénéf...

Le KU KLUX KLAN (3)

... Quelque soit son véritable poids idéologique ou même politique aujourd'hui, le Ku Klux Klan a déteint sur la culture de masse ; qui n'a pas entendu parler de la célèbre marque de cigarettes  Marlboro et des trois "K" présents sur son paquet, d'un homme qui en regarde un autre pendu (dont on ne verrait que les jambes), et sur la troisième image : la silhouette d'un Klansman ...  (liste non-exhaustive) . Marlboro n'est d'ailleurs pas la seule marque de cigarettes à avoir eu droit à des investigations sur la signification du design de son paquet de cigarette, Camel aussi. Dés les débuts du Klan , le bruit court que ces cavaliers "surgis hors de la nuit" sont les fantômes des soldats Confédérés morts au combat, des soldats qui ayant vendu leur âme au Diable sont de retour ici-bas et annoncent l'Apocalypse. Le nom même du groupuscule a longtemps était entendu comme le bruit que fait la culasse d'un fusil lorsqu'on l...