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Crossover [Donny Cates / Geoff Shaw / Julien Di Giacomo]

Les (super-) héros fiers de l'être ont la vie dure. 
            Espèce en voie d'extinction elle a été remplacée par celle du (super-) héros réticent, du (super-) héros « malgré lui », et surtout de la victime. La noblesse d'un Superman, pourtant seul survivant d'un monde disparu, dont le logo en forme de bouclier (ou de badge de police) disait assez clairement la mission, a laissé place au (super-) héros gémissant au profil moins « réac », moins élitiste. Quand ce n'est pas l'auteur lui-même qui s'épanche sans égards ni pudeur sur ses malheurs.
            « Crossover » de Donny Cates (scénario) & Geoff Shaw (dessin) quintessencie cette approche moitrinaire.
En effet le scénariste, dans la préface au recueil français (traduit par Julien Di Giacomo) publié par Urban Comic™ s'étend assez longuement sur ses problèmes de santé, il a faillit mourir deux fois ; genèse de sa volonté de pondre « une histoire intime qui soit aussi ample, ambitieuse et connectée à un univers immense voire infini, et peuplé d'invités surprises de gros calibre qui ... ».Un ange passe .....
            Reste donc que peu de personnages de son crossover échappent à l'étiquette de victime dans les six numéros mensuels réunis ici. À croire que c'est un running gag.
L'héroïne donc, son patron (en plus d'une absence de personnalité embarrassante), et même le bras armé du vilain principal. Manque plus que Calimero.
Sans parler d'Ava Quinn et des scénaristes jouant leur propres rôles (voir supra). 
Même le (mauvais) genre enfanté par Superman à la fin des années 1930 est une victime, ainsi que le cosplay. Si, si le cosplay.
Et en guise de « gros calibre », Donny Cates invite notamment une victime d'accident (sans rire) en forme de surprise super-héroïque (son nom de code est par ailleurs tout un programme).
            En plus d'en faire beaucoup trop à mon goût dans le « pathos », Cates nous tricote une métaphore sur l'immigration avec de si gros sabots que c'en devient gênant. La religion chrétienne, tarte à la crème des fictions américaines qui veulent s'encanailler à bon compte, n'est pas oubliée non plus. Au point de donner au père Low les traits de John Goodman, lequel interprète un télévangéliste depuis 2019, dans la série télévisée The Righteous Gemstones.
Oui, « Crossover » semble vouloir battre tout ce qui se fait dans le domaine de la citation postmoderne (qui a dit Black Hammer [Pour en savoir +] ?). Ah ! j'allais oublier ; il y a aussi une conspiration. <sourire>
            Alors outre des citations en veux-tu en voilà, Donny Cates convoque tout ce qu'il a lui-même inventé jusque-là ; son « Crossover » (qui après tout porte bien son nom) serait-il sa « Tour sombre » ? 
C'est bien possible.
Mais de quoi ça parle ?
            Difficile à dire.
Si on enlève la multitude de citations en forme de personnages invités (et aussi vite remplacés), la métaphore sur l'immigration, les bons sentiments (oui c'est la même chose), les femmes fortes, et les hommes qui manifestement ont compris qu'ils n'occupaient pas un rang égal à l'autre moitié de l'humanité, il ne reste que les belles planches de Geoff Shaw, colorisées par Dee Cuniffee.
Car là où un Jack Kirby, ou un Steve Ditko, mettait un petit numéro pour vous planter un contexte, les scénaristes 2.0 en mettent difficilement six. À tel point que la révélation, en forme de cliffhanger, de la toute dernière page du recueil est éventée depuis belle lurette quand on fini par y arriver.
Je précise qu'à l'échelle d'un lecteur américains de fascicules, ça représente six mois d'attente.
            Si Donny Cates avait su attirer mon attention avec ses premières histoires, souvent sans prétention (Buzzkill), mais très efficaces (The Paybacks [Pour en savoir +]), son passage (remarqué mais assez vain de mon point de vue) chez Marvel™ semble lui avoir donner une ambition sans commune mesure avec ses capacités.  
Vouloir « renouer avec l'euphorie » de ses onze ans c'est louable. Mais ça risque de ne s'adresser qu'à des lecteurs du même âge. D'autant qu'il cite dans sa préface des titres de Bd comme Youngblood, WILDC.A.T.S. ou encore Spawn et Savage Dragon (oui « Crossover » est commercialisée aux U.S.A. par Image Comics™, ceci expliquant sûrement cela), bref pas vraiment des séries réputés (au début tout au moins) pour la complexité de leurs scénarios. 
            Au final, « Crossover » est à mon avis un catalogue de citations réjouissant pour les yeux, et au scénario au creux que les comic books que lisait Donny Cates à onze ans.       
 
(Fin ?)        

Commentaires

  1. effectivement, comme toi, je ne suis pas très emballé, je ne sais pas si je vais donner suite

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