dimanche 8 novembre 2009

The wrestler




... Contrairement à ce que l'on peut penser je pensais, et malgré son titre The wrestler n'est pas un film sur le catch.

Cette discipline n'occupe de fait qu'une portion congrue au sein du film, ce n'est qu'une toile de fond.


Et pour ma part la partie la plus intéressante, la plus satisfaisante et la plus réussie du film de Darren Aronofsky.

... Si le catch a dit-on, des origines mystérieuses ; certains les situent au Japon, d'autres au Mexique, d'autres encore évoquent les spectacles forains qui se pratiquaient au 19ième siècle dans les cirques ; il est clair que pour moi le catch puise ses racines à la télévision française durant les années 70, lors de combats forcement homériques opposant Zarak au Petit Prince ou à l'Ange Blanc, commentés par Roger Couderc, Léon Zitrone ou Michel Drucker et arbitrés par Roger Delaporte.


J'ai aussi le souvenir ma chére Madeleine, d'un article consacré à la lutte lu il y a quelques années, où il était mentionné que le catch était né lors des Jeux Olympiques de St Louis de 1904 afin de permettre aux lutteurs américains (U.S.A) de remporter encore plus de médailles.

Bref si le catch pratiqué aujourd'hui ne m'intéresse plus guère, je garde un toutefois un attachement à la discipline. Ajoutons à l'équation un Mickey Rourke - sur le retour - en pleine forme et The Wrestler ne pouvait qu'éveiller mon intérêt.

... Randy "The Ram" Robinson a connu la gloire il y 20 ans, maintenant il cachetonne le weekend dans des tournois organisés dans des gymnases, travaille dans un supermarché comme manutentionnaire au coup par coup, et vit seul dans un mobile home dont il a du mal à payer le loyer.

Si le catch n'est pas le sujet du film, il n'en demeure pas moins que ce sont mes séquences favorites, et les scènes les plus réussies du film. Bien que les combats gagneraient à avoir un meilleur découpage et de plus nombreux plans larges.




Ceci étant dit, il émane de ces rencontres et des coulisses, une fraternité, un respect entre les combattants qui fait plaisir à voir. Surtout dans le cinéma d'Aronofsky qui n'hésite jamais à ajouter du pathos au pathos mon cher Aramis. Je vous ai d'ailleurs épargné dans mon résumé succint, la "gogo danseuse" célibataire-au-grand-coeur-avec-un-enfant et la fille du héros depuis longtemps perdu de vue et blablabla ..


Ce sont des types, les lutteurs, qui essayent de gagner leur vie, certains veulent percer, d'autres auraient dû raccrocher il y des années mais tous donnent le meilleur d'eux-même pour le show.

Si Randy n'évolue plus sur les rings les plus médiatisés il n'en oublie pas pour autant d'être "over the top" :

Séances d' U.V, couleur chez le coiffeur, entrainement de musculation, cachetons anti-douleurs et anabolisants sont son pain quotidien.
On remarquera que Mickey Rourke s'est lui-même totalement immergé dans son rôle, n'hésitant pas à s'entrainer pendant 6 mois et à, visiblement, utiliser des anabolisants vu la forme qu'il arbore.




Or donc, je m'apprêtais à donner mon avis sur ce film quand j'ai eu l'idée de relire ce qu'écrivait Roland Barthes à propos du catch dans Mythologies.
Écrit dans les années 50 ce texte reste d'une acuité surprenante au regard (mais surement pas seulement) du film The Wrestler.

"Le vrai catch" écrit-il "se joue dans les salles de secondes zones, où le public s'accorde spontanément à la nature spectaculaire du combat, comme le fait le public d'un cinéma de banlieue. [..] Ainsi la fonction du catcheur, ce n'est pas de gagner, c'est d'accomplir exactement les gestes qu'on attend de lui [..]. Il s'agit donc d'une véritable Comédie Humaine [..]. Ce qui est ainsi livré au public, c'est le grand spectacle de la Douleur, de la Défaite, et de la Justice. [..] le catcheur offre la figure excessive de la souffrance, comme une Pietà primitive [..].



Si Barthes évoque ici la Pietà, Aronofsky n'hésite pas lui, par le biais d'un de ses personnages à convoquer le Christ (dans une assez mauvaise scène je trouve) plus loin Roland Barthes évoque lui aussi la figure christique : "le catcheur [..] crucifié en pleine lumière".

Lorsque l'écrivain & sémiologue écrit "plus la fortune d'un combattant est proche de sa chute et plus le mimodrame est satisfaisant" on le croirait doué de clairvoyance ou, à tout le moins spectateur de The Wrestler.

Les dernières paroles de Randy "The Ram" - (ou dans la langue d'Alphonse Allais, Randy "le bélier", animal pour le moins chargé comme une mule de symbolique) alors qu'il s'apprête à monter sur le ring (à la fin du film) - semble être un écho à peine déformé de la conclusion de Roland Barthes : "[..] le catch [..] est une euphorie des hommes, haussés pour un temps hors de l'ambiguïté constitutive des situations quotidiennes et installés dans la vision panoramique d'une nature équivoque [..] sur le ring [..] les catcheurs restent des dieux [..]."






And now for something completely different ....

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