Accéder au contenu principal

The Hunt [Craig Zobel / Nick Mancuse / Damon Lindelof / Betty Gilpin]

« ─ Ici, dans ma réserve, sur cette île, je chasse un gibier plus dangereux. », général Zaroff (traduit par Jos Ras)
            L’inattendu et le film d’exploitation ne riment pas souvent de conserve. Surtout si l’on marche sur les brisées des chasses du comte Zaroff, et de ses nombreux, et parfois talentueux, épigones. « The Hunt » produit par Blumhouse© penche pour une ironie branchée à laquelle il est, aujourd’hui, difficile d’échapper. Revers de la médaille, son originalité donne finalement l’impression qu'on subit plusieurs interventions du cerveau en le regardant.
            Le scénario, écrit par Nick Mancuse & Damon Lindelof, flatte (à première vue) la pensée dite réactionnaire en faisant de ses partisans des victimes, et inverse la relation de cause à effet pour un résultat donc : inattendu.
« The Hunt » apparaît au premier abord comme un survival manufacturé dans la plus pure tradition du genre.
            Relativement court selon les standards en vigueur des long-métrages d’aujourd’hui, « The Hunt » affiche un body count respectable et surtout suffisamment grand-guignolesque pour ne pas effaroucher quiconque (et plaire à tout le monde). J’ai l’air de critiquer mais ce n’est pas le cas.
Mais « The Hunt » se démarque surtout grâce au jeu de son personnage principal.
            Chercher des poux à la mauvaise personne est un poncif de la culture de masse. « The Hunt » en fait de celle-ci un « reluctant warrior » atteint de PTSD. Critère moral et symptôme en passe de devenir devenus des archétypes de la culture-pop™. Certainement pour la bonne raison qu’ils dédouanent celui qui s’en prévaut, de répondre de ses actes. Malin je vous dis.
Cependant ce guerrier réticent est interprété avec une économie de moyens, inversement proportionnelle à l’effet qu’il produit. Réussi ! Et malaisant (Cf. la fable du lièvre et de la tortue, revue et corrigée pour l’occasion).
            Comme l’annonçait sans ambages le film de Schoedsack (alors que King Kong est plutôt celui de Cooper), et son inspirateur Richard Connell, le gibier (game) humain est bien plus dangereux que n’importe quelle autre proie.
            « The Hunt » se termine par un mano a mano womano a womano généreux (un adjectif dont j’ai remarqué la popularité), et une épanadiplose qui renforce le brouillage ironique du film. Posture dont il va être question dans le paragraphe suivant.
[TW :] la suite contient des révélations qui peuvent se révéler désastreuses pour vous ! 
            Car au final que propose « The Hunt » ?
À force de brouiller des cartes qu'il impose pourtant (voir le texto supra), jusque dans son héroïne, atone & impassible, et son épanadiplose insistante, « The Hunt » fait table rase de tout.
Tout le monde est renvoyé dos à dos.
Ne s’en sort que le personnage le plus « vide ». Qui se révélera, ironiquement, une erreur de casting intradiégétique. Ou pas !?
En outre, les « victimes », par un retournement de situation à la fois jouissif (sur le plan narratif) et hypocrite (sur le plan politique), deviennent responsables de leur funeste sort.
« Ce n’est pas ce que je veux dire en fait. »
            Cela dit, avec un peu d’ignorance forcée, et surtout pas mal de premier degré (amenez le vôtre, il n’est pas fourni), « The Hunt » peut devenir un bon divertissement. Qui capte alors, l’état d’esprit des pires Séries B™.
Au risque, toutefois, de ne plus pouvoir vous regarder dans une glace. LOL !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Sandman : Neil Gaiman & Co.

... J e viens de terminer l'histoire intitulée Ramadan , une magnifique histoire certainement l'une de mes favorites avec celle de Calliope ( K elley J ones), en plus dessinée par P . C raig R ussell. Juste avant je venais de lire le premier tome de la série dans la collection Urban Vertigo (traduction de P atrick M arcel) et, décidément, ça ne sera pas ma période préférée du titre. Je suis bien content que lorsque je me suis remis à lire Sandman , le premier tome n'était pas disponible à la médiathèque où je suis inscrit, sinon je n'aurais peut-être pas continué si j'avais comme il se doit, commencé par lui. Déjà il y a quelques années j'avais achoppé sur les premiers numéros (plusieurs fois), cela dit il y a quand même des choses qui m'ont réjoui dans ce premier tome : le premier numéro, le traitement de John Constantine , la présence de  G . K . C hesterton et l'idée du "lopin du Ménétrier", l'épisode n°8, " Hommes de bon

Dirty Harry ; critique d'une analyse politique partiale et idéologique

« Harry est un mal nécessaire, au même titre qu'un avocat ; lequel est prêt à tout pour arriver à ses fins, sans se soucier des conséquences de ses actes. Un avocat fait du droit sans se soucier de justice. Alors qu'Harry sert la justice sans ce soucier du droit. Ainsi son cœur est-il toujours du côté de la victime, alors qu'un avocat ajuste sa sympathie en fonction de ses intérêts. Un avocat peut être répugnant, mais on a besoin de lui. Et l'on peut penser la même chose d'Harry Callahan. ». ( J ohn M ilius.)             Au gré de recherches sur l'Internet © je suis tombé sur une vidéo [ Pour en savoir + ] dont le thème avait tout pour m'intéresser ; une analyse politique du cinéma dont le sujet est le film Dirty Harry 1971 . E astwood, S iegel, M ilius, le cinéma des années 1970, bref que du bon, et en plus dans un format ramassé (19'29").             D'entrée de jeu la vidéo s'attaque à une vieille lune : « À sa sortie en 1971, L’Inspect

La disparition de Perek [Hervé Le Tellier]

« — Tu oublies un truc important, ajouta Gabriel.  — Dis pour voir…  — C'est nous les gentils. » Créé, selon la légende, lors d'une discussion de bistrot qui rassemblait J ean- B ernard P ouy, P atrick R aynal et S erge Q uadruppani, la série Le Poulpe est un mélange d'influences.              Paradoxalement il s'agissait de contrer la littérature de gare qualifiée de « crypto-fasciste », représentée par les SAS de G érard de V illiers, ou la série de L’Exécuteur par D on P endleton. Des titres bien trop présents dans les libraires des gares hexagonales aux dires des mousquetaires gauchistes, dont la visibilisé (et le succès)  serait ainsi gênée grâce à un projet tentaculaire ( sic ) d' agit-prop littéraire.              Une envie néanmoins déclenchée par la déferlante du Pulp Fiction 1994 de T arantino (d'où le surnom du personnage éponyme), qui allait mettre à l'honneur (pour le pire) la littérature des pulp magazines américains. Cherchez l'er