Accéder au contenu principal

After WATCHMEN : THE BUTTON (DC Comics)

SPOILERS
.... À l'occasion d'une nouvelle relance de son univers bigarré tout autant que presque qu'octogénaire, l'éditeur étasunien DC Comics a, souvenez-vous en, laissé entendre que la maxi-série d'Alan Moore, Dave Gibbons & John Higgins intitulée Watchmen, et bénéficiant d'une immunité plus ou moins malmenée, aller rentrer définitivement dans le rang.

Le rang de l'univers principal d'encre et de papier de DC s'entend, régit comme on le sait par le sacro-saint principe de continuité qui veut que tous les comic books d'un éditeur qui accepte son égide forme un seul et même récit, global.

Ainsi, un événement qui se déroule aujourd'hui dans une des revues de BD de l'entreprise ne doit pas entrer en contradiction avec ce qui s'est fait il y a 70 ans dans des conditions similaires.
Si Batman s'est marié en 1947 - et si rien n'est venu contredire ce mariage - il l'est encore aujourd'hui. Et s'il divorce dans le Detective Comics du mois de janvier 2017, si dans le Superman du même mois le héros homonyme de la revue rencontre donc Batman, la conversation peut et devrait - vu leur liens affectifs - le mentionner.
Le principe de continuité oblige donc à une lecture diachronique et synchronique des revues qui l’acceptent.
C'est quoi cette bouteille de lait ?
.... Or donc, DC Comics via la Toile mondiale (et l'ami Jack en ce qui me concerne), a annoncé ses plans au sujet d'un badge connu entre tous trouvé fort opportunément dans la Batcave :
Les deux plus grands détectives de l'univers DC s'unissent pour enquêter sur le mystérieux smiley ensanglanté trouvé dans l'une des parois de la Batcave. Mais ce qui s'annonçait comme une simple enquête se révèle bien plus dangereuse lorsqu'une troisième partie ne peut s’empêcher d'intervenir ; et ce n'est pas quelqu'un auquel on peut s'attendre ! Découvrez la réponse à ce mystère qui tisse ses intrigues à travers le temps ! Le compte à rebours démarre ici ! 
Cette annonce m'a donné envie de coucher sur le réseau quelques idées que j'avais à propos de Watchmen et des conséquences d'une enquête qui sera laissée au bons soins de Batman & Flash promus pour l'occasion, plus grands détectives de l'univers qui les contient.
.... Beaucoup de choses ont déjà été dites sur la maxi-série Watchmen, j'ai pour ma part proposé une théorie à propos de la couleur du Dr Manhattan (Pour en savoir +), et le sujet semble inépuisable.
Et pour cause.

Cette fois-ci, manière de faire écho à The Button, c'est sous l'angle du roman policier que j'ai décidé d’envisager le magnum opus du magicien de Northampton et de ses acolytes.


…. En effet, Watchmen coche - selon moi - toutes les cases propices à en faire une lecture au travers de la grille du « roman policier métaphysique », dont voici une définition (qui n'est pas la seule à laquelle je me réfère mais qui est assez explicative) rédigée par Patricia Merivale & Elizabeth Sweeney :
Un récit policier métaphysique est un texte qui parodie ou détourne de manière subversive les codes du récit policier traditionnel – tels que la clôture narrative ou le rôle du détective en tant que lecteur de substitution – en vue ou du moins avec pour effet, d’interroger les mystères de l’être et de la connaissance au-delà du simple artifice de l’intrigue policière. Les récits policiers métaphysiques mettent d’ailleurs volontiers en avant cette transcendance du questionnement par le biais de l’auto-réflexivité, c’est-à-dire via l’utilisation de stratégies de représentation qui, de manière allégorique, soulignent les procédés de composition du texte. 
______________
Traduction d’Antoine Dechêne & Michel Delville 

La preuve par l'exemple (du moins quelques exemples parmi d'autres) :

Rorschach est un pastiche du privé hard-boiled dans le sillage d'un Race Williams et de ses successeurs.
Du reste, les Gardiens (alias les Watchmen) sont des avatars des super-héros de l’écurie Charlton Comics qui venait alors d’être rachetée par DC Comics :
L’enquête est un whodunit (kilafé) qui débouche sur un autre dessein. 
Autrement dit en paraphrasant William V. Spanos ; Moore suscite « un élan investigateur [..] pour ensuite violemment le mettre à mal en renonçant à l’élucidation du crime » alors que les enquêteurs se trouvent confrontés aux mystères insolubles de leur identité propre. 
Et à une autre énigme. 
Ici, même si on connaît le criminel, cela n’est d’aucun secours.  

L’aspect ontologique de Watchmen est patent, même si pour le coup les questions sont surtout relatives au genre « super-héroïque » (mais pas seulement)
L'arrière-plan répond à la question du Hibou, "The End", le "pale horse" et au centre de cette toile euristique :
Ozymandias
Watchmen est un récit méta-réflexif et auto-réflexif où l'utilisation de stratégies de représentation souligne de manière allégorique les procédés de composition du texte.

Vaste champ référentiel : citations en exergue, présence plus ou moins implicite de William S. Burroughs, H.P Lovecraft, Thomas Pynchon, William Blake, etc. (liste non exhaustive)
La BD dans la BD, mais aussi la référence à Burroughs (voir ci-dessous)

Avec par exemple, une transposition assez fine du « réseau Tristero » (du roman Vente à la criée du lot 49) qui est le système de communication utilisé dans le roman de Thomas Pynchon par des marginaux au travers des graffitis, d'inscriptions sur des fenêtres embuées, ou sur les trottoirs (voir infra & supra)
L'extraterrestre annonce celui d'Ozymandias
Absence de clôture narrative + circularité et mise en abyme :

Etc....... 

.... Bref, je me demande comment les scénaristes Tom King et Joshua Williamson les scénaristes en charge de The Button vont jouer leur partition dans cette nouvelle enquête ? 
Et surtout, s'ils vont oser être aussi métacognitifs que l'a été Alan Moore en son temps ? 
En tout cas, quoiqu'ils fassent il y a peu de chance que The Button exerce une « incidence rétroactive » sur Watchmen (l'un des aspects du polar métaphysique est de déclencher cette incidence) , laquelle selon John Gruesser : encourage à revisiter des œuvres antérieures selon des angles nouveaux. 

Mais je ne demande qu'à être surpris. [-_ô]

Commentaires

  1. Je ne vois pas comment on pourrait être surpris. Comme pour Before Watchmen, cela s'annonce comme une opération de récupération et d'exploitation de propriétés intellectuelles, les responsables de DC Comics ayant l'assurance qu'Alan Moore ne retravaillera jamais pour eux, et que son aura médiatique n'a plus d'incidence sur leur production.

    Quant au fond, Before Watchmen a déjà prouvé qu'il s'agit uniquement de sortir de nouveaux produits, sans ambition littéraire, sans même faire semblant d'essayer de se placer sur le même terrain qu'Alan Moore.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est le propre de la surprise que de nous surprendre.
      [-_ô]

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Sandman : Neil Gaiman & Co.

... J e viens de terminer l'histoire intitulée Ramadan , une magnifique histoire certainement l'une de mes favorites avec celle de Calliope ( K elley J ones), en plus dessinée par P . C raig R ussell. Juste avant je venais de lire le premier tome de la série dans la collection Urban Vertigo (traduction de P atrick M arcel) et, décidément, ça ne sera pas ma période préférée du titre. Je suis bien content que lorsque je me suis remis à lire Sandman , le premier tome n'était pas disponible à la médiathèque où je suis inscrit, sinon je n'aurais peut-être pas continué si j'avais comme il se doit, commencé par lui. Déjà il y a quelques années j'avais achoppé sur les premiers numéros (plusieurs fois), cela dit il y a quand même des choses qui m'ont réjoui dans ce premier tome : le premier numéro, le traitement de John Constantine , la présence de  G . K . C hesterton et l'idée du "lopin du Ménétrier", l'épisode n°8, " Hommes de bon

Dirty Harry ; critique d'une analyse politique partiale et idéologique

« Harry est un mal nécessaire, au même titre qu'un avocat ; lequel est prêt à tout pour arriver à ses fins, sans se soucier des conséquences de ses actes. Un avocat fait du droit sans se soucier de justice. Alors qu'Harry sert la justice sans ce soucier du droit. Ainsi son cœur est-il toujours du côté de la victime, alors qu'un avocat ajuste sa sympathie en fonction de ses intérêts. Un avocat peut être répugnant, mais on a besoin de lui. Et l'on peut penser la même chose d'Harry Callahan. ». ( J ohn M ilius.)             Au gré de recherches sur l'Internet © je suis tombé sur une vidéo [ Pour en savoir + ] dont le thème avait tout pour m'intéresser ; une analyse politique du cinéma dont le sujet est le film Dirty Harry 1971 . E astwood, S iegel, M ilius, le cinéma des années 1970, bref que du bon, et en plus dans un format ramassé (19'29").             D'entrée de jeu la vidéo s'attaque à une vieille lune : « À sa sortie en 1971, L’Inspect

La disparition de Perek [Hervé Le Tellier]

« — Tu oublies un truc important, ajouta Gabriel.  — Dis pour voir…  — C'est nous les gentils. » Créé, selon la légende, lors d'une discussion de bistrot qui rassemblait J ean- B ernard P ouy, P atrick R aynal et S erge Q uadruppani, la série Le Poulpe est un mélange d'influences.              Paradoxalement il s'agissait de contrer la littérature de gare qualifiée de « crypto-fasciste », représentée par les SAS de G érard de V illiers, ou la série de L’Exécuteur par D on P endleton. Des titres bien trop présents dans les libraires des gares hexagonales aux dires des mousquetaires gauchistes, dont la visibilisé (et le succès)  serait ainsi gênée grâce à un projet tentaculaire ( sic ) d' agit-prop littéraire.              Une envie néanmoins déclenchée par la déferlante du Pulp Fiction 1994 de T arantino (d'où le surnom du personnage éponyme), qui allait mettre à l'honneur (pour le pire) la littérature des pulp magazines américains. Cherchez l'er