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Petit enfer dans la bibliothèque, une Fantasy postmoderne

Septième aventure de Thursday Next, l'héroïne inventée par Jasper Fforde, ici traduite par Jean-François Merle, « Petit enfer dans la bibliothèque » en est pour l'instant la dernière en date.
« Je m'apprête à tuer quelqu'un vendredi matin, et j'aimerais bien savoir pourquoi »

            Créé dès 2001 et traduit 3 ans plus tard, le petit monde qui gravite autour de la ville de Swindon (GB) et de ses livres, est un univers de Fantasy. En ce qu'il propose un monde très différent du notre, mais qui ne repose pas, comme c'est parfois avancé, sur une uchronie.
En effet, s'il fallait prendre l'élection du président George Formby, au lendemain de la Libération comme « point de divergence », quid de la guerre de Crimée ? Et que penser de l'invasion de l'Angleterre par les nazis avant ladite Libération ?
Ceci dit sans prendre en compte le Monde des livres™, un univers à part entière, créé par le Grand Manitou.

Vous l'avez compris, la cosmogonie des sept tomes de cette série littéraire est un joyeux bazar bien bizarre.

Sauf que l'originalité et la surprise des premiers tomes a fait place, chez moi, à une certaine lassitude.

            Au point de ne voir dans le « Petit enfer dans la bibliothèque » que son ironie postmoderne.
À force de péripéties, Jasper Fforde s'en vient, non seulement à parodier les différents genres auxquels il emprunte, mais à ne faire que ça. Faisant du « Petit enfer dans la bibliothèque » une parodie des aventures de Thursday Next. Une sorte de summum en termes de postmodernité j'imagine, mais qui sur le papier se révèle tout autre.

À force de créer des péripéties dont l’innocuité devient une habitude, Jasper Fforde gomme tout intérêt à son histoire.
C'est certes loufoque, mais c'est surtout très long.

Les aventures de Thursday Next, épatantes dans les deux ou trois premiers tomes, sont comme qui dirait « écrites entre parenthèses ».
D'autant plus que l'ironie, arme culturellement subversive des années 1970 et des happy few postmodernes plus contemporains, est devenue une forme consensuelle quasiment hégémonique dans le divertissement de masse.
Difficile en effet d'échapper aujourd'hui aux héros, cyniques, nihilistes et ironiques. L'ironie est devenu un concept très bankable.

Sorte d'épidémie avant l'heure, l'ironie s'est bien entendu emparée du discours critique. Une manière de conforter son point de vue à peu de frais, puisque quiconque a le culot de demander d'un ironiste qu’il précise sa position, passera pour un donneur de leçons.  Mais ceci est une autre histoire.

            En conclusion, l'enfer à largement débordé la bibliothèque en s'immisçant dans la lecture même de ce septième tome. 
En poussant au maximum de ma résistance, j'en suis arrivé à lire 74% des 416 pages. Une prouesse que je ne recommande cependant à personne. Mais sûrement aidé en cela par l'absence de cynisme, qui voyage souvent de conserve avec l'ironie. Jasper Fforde semble en effet encore s'amuser.

Si vous ne connaissez pas les aventures de Thursday Next je ne peux que vous recommander les deux ou trois premiers tomes. Après ça sera à vous de voir.

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