samedi 14 janvier 2017

After WATCHMEN : THE BUTTON (DC Comics)

SPOILERS
.... À l'occasion d'une nouvelle relance de son univers bigarré tout autant que presque qu'octogénaire, l'éditeur étasunien DC Comics a, souvenez-vous en, laissé entendre que la maxi-série d'Alan Moore, Dave Gibbons & John Higgins intitulée Watchmen, et bénéficiant d'une immunité plus ou moins malmenée, aller rentrer définitivement dans le rang.

Le rang de l'univers principal d'encre et de papier de DC s'entend, régit comme on le sait par le sacro-saint principe de continuité qui veut que tous les comic books d'un éditeur qui accepte son égide forme un seul et même récit, global.

Ainsi, un événement qui se déroule aujourd'hui dans une des revues de BD de l'entreprise ne doit pas entrer en contradiction avec ce qui s'est fait il y a 70 ans dans des conditions similaires.
Si Batman s'est marié en 1947 - et si rien n'est venu contredire ce mariage - il l'est encore aujourd'hui. Et s'il divorce dans le Detective Comics du mois de janvier 2017, si dans le Superman du même mois le héros homonyme de la revue rencontre donc Batman, la conversation peut et devrait - vu leur liens affectifs - le mentionner.
Le principe de continuité oblige donc à une lecture diachronique et synchronique des revues qui l’acceptent.
C'est quoi cette bouteille de lait ?
.... Or donc, DC Comics via la Toile mondiale (et l'ami Jack en ce qui me concerne), a annoncé ses plans au sujet d'un badge connu entre tous trouvé fort opportunément dans la Batcave :
Les deux plus grands détectives de l'univers DC s'unissent pour enquêter sur le mystérieux smiley ensanglanté trouvé dans l'une des parois de la Batcave. Mais ce qui s'annonçait comme une simple enquête se révèle bien plus dangereuse lorsqu'une troisième partie ne peut s’empêcher d'intervenir ; et ce n'est pas quelqu'un auquel on peut s'attendre ! Découvrez la réponse à ce mystère qui tisse ses intrigues à travers le temps ! Le compte à rebours démarre ici ! 
Cette annonce m'a donné envie de coucher sur le réseau quelques idées que j'avais à propos de Watchmen et des conséquences d'une enquête qui sera laissée au bons soins de Batman & Flash promus pour l'occasion, plus grands détectives de l'univers qui les contient.
.... Beaucoup de choses ont déjà été dites sur la maxi-série Watchmen, j'ai pour ma part proposé une théorie à propos de la couleur du Dr Manhattan (Pour en savoir +), et le sujet semble inépuisable.
Et pour cause.

Cette fois-ci, manière de faire écho à The Button, c'est sous l'angle du roman policier que j'ai décidé d’envisager le magnum opus du magicien de Northampton et de ses acolytes.


…. En effet, Watchmen coche - selon moi - toutes les cases propices à en faire une lecture au travers de la grille du « roman policier métaphysique », dont voici une définition (qui n'est pas la seule à laquelle je me réfère mais qui est assez explicative) rédigée par Patricia Merivale & Elizabeth Sweeney :
Un récit policier métaphysique est un texte qui parodie ou détourne de manière subversive les codes du récit policier traditionnel – tels que la clôture narrative ou le rôle du détective en tant que lecteur de substitution – en vue ou du moins avec pour effet, d’interroger les mystères de l’être et de la connaissance au-delà du simple artifice de l’intrigue policière. Les récits policiers métaphysiques mettent d’ailleurs volontiers en avant cette transcendance du questionnement par le biais de l’auto-réflexivité, c’est-à-dire via l’utilisation de stratégies de représentation qui, de manière allégorique, soulignent les procédés de composition du texte. 
______________
Traduction d’Antoine Dechêne & Michel Delville 

La preuve par l'exemple (du moins quelques exemples parmi d'autres) :

Rorschach est un pastiche du privé hard-boiled dans le sillage d'un Race Williams et de ses successeurs.
Du reste, les Gardiens (alias les Watchmen) sont des avatars des super-héros de l’écurie Charlton Comics qui venait alors d’être rachetée par DC Comics :
L’enquête est un whodunit (kilafé) qui débouche sur un autre dessein. 
Autrement dit en paraphrasant William V. Spanos ; Moore suscite « un élan investigateur [..] pour ensuite violemment le mettre à mal en renonçant à l’élucidation du crime » alors que les enquêteurs se trouvent confrontés aux mystères insolubles de leur identité propre. 
Et à une autre énigme. 
Ici, même si on connaît le criminel, cela n’est d’aucun secours.  

L’aspect ontologique de Watchmen est patent, même si pour le coup les questions sont surtout relatives au genre « super-héroïque » (mais pas seulement)
L'arrière-plan répond à la question du Hibou, "The End", le "pale horse" et au centre de cette toile euristique :
Ozymandias
Watchmen est un récit méta-réflexif et auto-réflexif où l'utilisation de stratégies de représentation souligne de manière allégorique les procédés de composition du texte.

Vaste champ référentiel : citations en exergue, présence plus ou moins implicite de William S. Burroughs, H.P Lovecraft, Thomas Pynchon, William Blake, etc. (liste non exhaustive)
La BD dans la BD, mais aussi la référence à Burroughs (voir ci-dessous)

Avec par exemple, une transposition assez fine du « réseau Tristero » (du roman Vente à la criée du lot 49) qui est le système de communication utilisé dans le roman de Thomas Pynchon par des marginaux au travers des graffitis, d'inscriptions sur des fenêtres embuées, ou sur les trottoirs (voir infra & supra)
L'extraterrestre annonce celui d'Ozymandias
Absence de clôture narrative + circularité et mise en abyme :

Etc....... 

.... Bref, je me demande comment les scénaristes Tom King et Joshua Williamson les scénaristes en charge de The Button vont jouer leur partition dans cette nouvelle enquête ? 
Et surtout, s'ils vont oser être aussi métacognitifs que l'a été Alan Moore en son temps ? 
En tout cas, quoiqu'ils fassent il y a peu de chance que The Button exerce une « incidence rétroactive » sur Watchmen (l'un des aspects du polar métaphysique est de déclencher cette incidence) , laquelle selon John Gruesser : encourage à revisiter des œuvres antérieures selon des angles nouveaux. 

Mais je ne demande qu'à être surpris. [-_ô]

2 commentaires:

  1. Je ne vois pas comment on pourrait être surpris. Comme pour Before Watchmen, cela s'annonce comme une opération de récupération et d'exploitation de propriétés intellectuelles, les responsables de DC Comics ayant l'assurance qu'Alan Moore ne retravaillera jamais pour eux, et que son aura médiatique n'a plus d'incidence sur leur production.

    Quant au fond, Before Watchmen a déjà prouvé qu'il s'agit uniquement de sortir de nouveaux produits, sans ambition littéraire, sans même faire semblant d'essayer de se placer sur le même terrain qu'Alan Moore.

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    1. C'est le propre de la surprise que de nous surprendre.
      [-_ô]

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