dimanche 8 janvier 2017

L'Île (Peter Watts/Pierre-Paul Durastanti)

Dan Ghiordanescu
…. Avec une entrée en matière in medias res - toujours aussi efficace - et une approche dite pseudo-réaliste (par opposition à l’approche didactique) de l’exposition, où l’information « encyclopédique » (ou culturelle) est censément déjà connue du lecteur, et se trouve dissoute dans le récit ; Peter Watts capture l’attention du lecteur avec grâce mais non sans témérité.




Des milliards d’années dans l’avenir, le vaisseau de construction Eriophora poursuit sa mission, fixée une éternité auparavant, sur la très lointaine planète Terre : parcourir à la vitesse de soixante milles kilomètres/seconde l’espace intersidéral afin de poursuivre, dans d’autres systèmes solaires, l’expansion d’un empire. 

…. Peu de récits auront – à ma connaissance – autant justifié ce que Darko Suvin appelait la cognitive estrangement ou « distanciation cognitive », dont la présence disait-il, permet d’identifier le texte où on la repère comme étant de la science-fiction.
L’Île de Peter Watts, traduit par Pierre-Paul Durastanti, produit également du sense of wonder – autre singularité dont serait faite la S-F - d’une rare intensité.

L’auteur y utilise l'imagination autant pour comprendre les tendances d’une réalité potentiellement à venir, qu’à des fins de dépaysement et d’étrangeté dont la capacité exogène en fait un moment d’évasion d’une puissance saisissante.

L’utilisation d’un langage « technique » (du moins m’apparaît-il ainsi) donne en outre à sa nouvelle, une puissance hypnagogique rarement rencontrée ailleurs, alors que se jouent deux drames humains d’une intensité diffuse, allant crescendo.
L’un très terre-à-terre (si je puis dire) et l’autre faisant montre d’une imagination – et d’une astuce - dont je me suis dit - après coup – que c’était un privilège que d’en avoir été témoin.
En sus, la nouvelle en tant que forme littéraire, épuise la totalité de ce qu’elle peut donner en proposant une chute à nulle autre pareille, à l’effet redoutable (et bien entendu inattendu).

Prix Hugo 2010 m’apprend le paratexte bifrostien de la 61e livraison de la revue des mondes imaginaires où j’ai lu cette nouvelle*, et ajouterais-je plus modestement : histoire 5 étoiles dans mon palmarès idiosyncratique.
Manchu
(Je lis en ce moment son roman Vision aveugle, et le talent de Peter Watts y est tout aussi présent que dans L'Île, c'est plutôt de bon augure)  
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 * Mais on peut tout aussi bien lire cette nouvelle dans l’anthologie que Le Bélial & Quarante-Deux ont concocté de conserve, intitulée Au-delà du gouffre et entièrement consacrée à Peter Watts.

1 commentaire:

  1. J'en salive, je lis actuellement Au-delà du gouffre et je suis sous le charme complet. Brillant, intelligent, novateur et je n'en suis qu'à la page 50.

    Dès que j'ai fini je fonce sur L’Île, même à la rame.

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