lundi 16 janvier 2017

Les Nouvelles routes de l'Enfer (Ellis/Guice)

…. En 2001-2002 Warren Ellis écrit une histoire, dessinée par Colleen Doran, publiée sur la Toile (et toujours disponible : Pour en savoir +) intitulée Superidol
Cette histoire repose sur un concept de science molle, la mémétique, qui commence à faire parler de lui à peu près au même moment. 
Même si au demeurant l’idée de ce qui se voulait une approche révolutionnaire de l’étude de la culture, trouve son origine dans un essai plus ancien de Richard Dawkins (Le Gène égoïste/1976).

Pour résumer le mème est à la culture ce que le gène est à la nature. Le mème est pour ainsi dire le « gène » qui permettrait la transmission et l'évolution de la culture humaine.

Mème pas peur
…. En lisant les 6 numéros qu’écrit Warren Ellis entre 2005 et 2006 pour le compte de la collection JLA Classified (#10 à 15 traduits par Jérémy Manesse dans les DC Universe n°23 à 26/Panini) j’ai immédiatement pensé au livre d’Howard Bloom justement intitulé Le Principe de Lucifer (le run d’Ellis s’intitule fort à propos New Maps of Hell*) dans lequel ce Bloom explique sa vison de l’histoire au travers des mèmes et des superorganismes en un mot, au travers de la mémétique. 

Et pour cause Ellis fait lui-même allusion aux mèmes.
Le mème est une idée qui à l'instar de l’œuf de Samuel Butler utilise la poule pour se dupliquer.
Le mème lui se sert de nous pour le faire.
On peut dire que le scénariste anglais a de la suite dans les idées ou, l’illustration par l’exemple du concept même de mème (de Superidol à superorganisme) : artefact aut-répivateur. 
En plus d’utiliser un concept « scientifique » innovant (pour l’époque) et peu connu (et aujourd’hui tombé dans l’oubli ou presque, ce qui revient paradoxalement au même), le scénariste s’ingénie à travailler l’aspect formel de son scénario, celui-ci d’une simplicité enfantine incrémenté par un storytelling - aux tendances expérimentales – se transforme toutefois en une histoire que j’ai trouvée captivante, à l’atmosphère envoûtante. 

Un pour tous ! Tous pour un !
Texte et sous-textes prouvent que l’union fait la force ; pour un résultat dont la somme est bien supérieure à l’addition de ses parties, qui accessoirement est un parfait résumé de la forme que la JLA adopte dans cette histoire : une formidable équipe dont la victoire passe par la manifestation de l'esprit de groupe. 
Ou pour le dire à la manière de Proudhon, la JLA produit ce que ce dernier a appelé l'« aubaine ». 
À savoir, une force collective qu'aucun de ses membres ne pourrait exprimer seul, quelque soit le temps qu'il passerait à tenter de le faire.

Les dialogues – dont certains sont des marqueurs chronologiques d’une belle ingéniosité (voir les deux pages infra) – sont une des grandes forces de ce récit. 
Ils lui donnent un rythme, tout comme l’utilisation de la décompression, dont Ellis est devenu l’un des maîtres à nul autre pareilles, qu'une lecture d'un seul tenant est plus à même de rendre.
Le dialogue en question est celui de Green Lantern
.... Des concepts dont l’utilisation inédite (& collective) a réussi à me transporter aux antipodes de mes attentes. 
Si Ellis mouline les cartes d’une JLA envisagée tel un panthéon de nouveaux dieux à la Grant Morrison, il en fait une belle réussite pour ce run resté dans un relatif anonymat ; ce qu’il ne mérite sûrement pas.
Scénario : 8,5/10 
Dessin : 8/10 
Appréciation globale : Le Diable est dans les détails 
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*New Maps of Hell est aussi un ouvrage sur la science-fiction écrit par Kingsley Amis (ce que ne devait pas ignorer Warren Ellis) paru en France sous le sobre titre de L'Univers de la Science-Fiction.

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