Accéder au contenu principal

INJECTION (W. Ellis/D. Shalvey/J. Bellaire)

INJECTION tome 1
De la maîtrise du feu à la création d'internet, l'évolution de l'humanité a progressé au rythme de ses découvertes et inventions fondamentales. Aujourd'hui grisé par la compétition, l'Homme a cependant besoin de plus, plus vite.
___________________________
Contient : Injection vol.1 (#1-5)
Collection : Urban Indies
Date de sortie : 20 janvier 2017
Prix (de lancement) : 10 €

« La technologie moderne, contrairement aux apparences, bien qu'elle soit scientifique, décuple le pouvoir des fantômes. L'avenir est aux fantômes » Jacques Derrida
•••• Ce qui rend INJECTION si captivante, ce n’est pas l’histoire en tant que telle. À savoir un groupe d’individus qui décident de créer quelque chose pour « précipiter le futur », qui est après tout l’ambition d’un large pan de la littérature de science-fiction.
Non, ce qui rend cette histoire unique à mes yeux, c’est la manière qu’a Warren Ellis de la raconter.
L’hantologie est nous dit-on, culturellement parlant, une manière de construire des œuvres nouvelles & contemporaines, à partir de traces venant du passé. Une sorte d’upcycling, ou « surcyclage » créatif.

L’unité des Contaminations Culturelles Croisées

-Professeur Maria Kilride = Pr. Bernard Quatermass
-Simon Winters = James Bond
-Vivek Headland = Sherlock Holmes
-Robin Morel = John Silence ?
-Brigid Roth = ? (l’archétype du hacker ?)
Et d'une manière plus générale, INJECTION est l’exploitation par Ellis d'une certaine « britannitude » culturelle, si je puis dire. Ainsi ce premier tome ne dépareillerait pas dans une saison de la série Doctor Who, voire de Torchwood
Il y a déjà pas mal de temps que le scénariste accorde une place prépondérante à l'aspect formel de ses comic books
Ses derniers travaux ont cependant accéléré ce penchant (Moon Knight, Karnak). 

Il n’est plus question pour lui, de proposer le motif érodé du patron dialectique : introduction, thèse, antithèse, foutaise, mais plutôt une sorte de puzzle narratif où le lecteur devient en quelque sorte un narrateur bis. 
Cet aspect formel lui fait parfois oublier le fond, mais lorsqu’il réunit les deux, ses scénarios accouchent d’histoires à nulles autres pareilles ; pleines de sense of wonder et de cognitive estrangement. Comme ici avec INJECTION. 
Condition sine qua none, les artistes avec qui il travaille doivent être des pointures. 

Et INJECTION dispose, fort heureusement, de ce qui se fait de meilleurs en termes de dessin et de colorisation. Postes respectivement occupés par Declan Shalvey & Jordie Bellaire. 
Loin d’être un obstacle à l’imagination du lecteur leurs (magnifiques) planches en sont des exhausteurs, dont le storytelling laisse pantois.
Excalibur version surcyclage
•••• En résumé, ce premier tome d’INJECTION qui regroupe les cinq premiers numéros (/25) de la série mensuelle, vendu au prix attractif & de lancement de 10 €, par Urban Comics et traduit par Alexandre Nikolavitch, est une pure merveille. 

Une sorte de précipité de tout ce qu’a expérimenté Warren Ellis, avec plus ou moins de bonheur, depuis que nous sommes entrés de plein pied dans le XXIe siècle.


Scénario : 12/10 
Dessin : 12/10 
Appréciation globale : Une bonne histoire de S-F ne prévoit pas l'automobile mais l'embouteillage

Commentaires

  1. Lu en VO, acheté en VF. Excellente traduction d'Alexandre Nikolavitch, même si j'ai renâclé devant le terme "rebouteux". Lecture électrisante et addictive qui vous pousse à lire et relire les épisodes déjà parus dans l'attente du prochain shoot.
    Rassurez-vous : la suite est encore meilleure.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Salut,
      "cunning man" n'est pas non plus facile à traduire (ou plutôt si, mais ce n'est guère parlant), et vu le contexte je trouve que "rebouteux" est un fort joli choix.

      Supprimer
  2. Je n'ai pas encore commencé cette série, mais je viens de finir les 2 premiers tomes de Trees dans lesquels j'ai également été sensible à l'aspect prépondérant de l'aspect formel.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Trees, j'avais lu les 2 ou 3 premiers floppies, et je n'avais pas été convaincu.
      Mais la lecture d'Injection, m'a donné envie de me refaire du Ellis.
      C'est du bon ?

      Supprimer
    2. Je viens de finir le deuxième tome et j'en suis ravi. Des extraterrestres gigantesques et passifs s'implantent sur Terre. Ellis s'amuse à montrer comment cette présence influe inconsciemment sur la psyché de plusieurs individus à différents endroits du globe. Jason Howard se montre à la hauteur des exigences du scénario, avec des dessins simplifiés, mais une mise en scène impeccable. du 5/5.

      Supprimer
    3. Okidoki, je vais m'y remettre, en laissant du temps au temps. Pour voir.

      Merci.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Doctor Strange Legacy [Cates / Hernández Walta / Duclos]

La curiosité m'avait poussé, il y a 4 ou 5 ans, à m'intéresser au travail d'un nouveau venu du nom de Donny Cates. Depuis il a fait son petit bonhomme de chemin et est devenu un scénariste en vue de la Maison des idées™.
Et c'est tout à fait mérité.

Donny Cates n'est pas le genre à vouloir réinventer la poudre, pour finalement accoucher d'un pétard mouillé (qui a dit Tom King ?). Son domaine c'est le divertissement, l'évasion, et très souvent un excellent moment de lecture. 

Cette reprise de la série « Doctor Strange », 5 numéros mensuels compilés dans ce premier tome, en est la carte de visite idéale. 

Si l'adaptation cinématographique du personnage, créé par Stan Lee & Steve Ditko en 1963, lui a permis de retrouver les têtes de gondole des comics shop, on est toutefois passé par un petit lifting façon Jason Aaron & Chris Bachalo [Pour en savoir +] pour la version bande dessinée.

Mais rassurez-vous, ne rien connaître du personnages et de ses pré…

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Immortal Hulk [Al Ewing / Joe Bennett / Thomas Davier]

Certainement mal luné, j'avais calé sur le premier numéro de cette relance du géant de jade. Néanmoins, mon intérêt pour le travail du scénariste Al Ewing m'a convaincu de laisser une seconde chance à cette série.
Sans toutefois oublier qu'un scénaristes travaillant pour des entreprises telles que Marvel ou DC Comics, lesquelles sont les propriétaires des personnages (et des histoires) qu'elles publient, c'est un peu comme d'être un jockey. 
Tout aussi prometteur qu'il soit, ce dernier est au service du cheval, et au ordres du propriétaire via l'entraîneur. Chaque Grand prix est surtout l'occasion de retenir le nom du cheval.
Ceci étant dit quid de ce nouveau départ ? 

Pour ce nouveau run, Hulk renoue donc avec ses origines sixties, et s'inspire de l'errance qu'avait popularisée la série télévisée des années 1970 avec Bill Bixby et Lou Ferrigno.
Ce parti pris d'un personnage en cavale est aussi surtout une forme de réflexe atavique très é…