Accéder au contenu principal

Missolonghi 1824 [John Crowley / Monique Lebailly ]

Si le titre de la courte nouvelle de John Crowley ne vous met pas sur la piste, le texte devrait le faire. Toutefois, pour en apprécier la douce mélancolie, je ne crois pas nécessaire de vraiment savoir de qui on parle.
Et pour savoir de quoi on parle, il suffit de lire.  

           En effet, passant outre l'effet miroir que suggère le texte, l'histoire que raconte le « milord anglais » est très poignante. 
Exaltation des sentiments au détriment de la raison, du mystère et du fantastique, et bien entendu de la nostalgie.
En quelques pages John Crowley nous donne à lire un véritable catalogue de ce que le Romantisme voulait exprimer en tant que mouvement artistique. 

La rencontre, quasiment du « 3ème type » pour l'époque ; à laquelle on nous invite à assister est de l'ordre du Sublime. Une émotion esthétique, mise au jour par Edmund Burke ; laquelle cause un sentiment de terreur mais aussi d'immensité. Sorte de plaisir négatif qui procède d'une art de l'imagination : on croit voir plus qu'on ne voit. 

Le talent évocateur de Crowley, traduit ici par Monique Lebailly est d'une telle puissance, que le temps de la lecture j'étais, moi aussi, à côté de cette cage, perdu en Grèce.  

« Missolonghi 1824 » est sûrement l'expérience du Sublime la plus substantifique que j'aie pu vivre, tout en restant chez moi.

Une rareté ! 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Cherudek [Valerio Evangelisti / Serge Quadruppani / Éric Vial]

  Quatrième tome du cycle que consacre V alerio E vangelisti à Nicolas Eymerich (si on désire comme moi suivre les aventures de l’inquisiteur de manière chronologique), « Cherudek » est clairement une étape décisive en termes de complexité ; doublée d’une belle réussite.              Comme de coutume plusieurs époques ( ?) forment la trame de l’histoire, mais seule l’année 1360 est clairement identifiée comme telle.  Les deux autres points de vue apparaissent successivement, et respectivement, dans les chapitres intitulés « Néghentropie » et « Temps zéro », lesquels seront numérotés (I), (II), etc. , voire sous-titrés pour ce qui concerne les seconds.  Au même titre que l’obscur « Cherudek », la signification de « Néghentropie » et de « Temps zéro » sera révélée au comble d'une intrigue trépidante.  « Si certains célèbrent encore des cultes païens, votre devoir d’inquisiteur n’est pas de vous poser de vaines questions, mais de leur faire avouer les noms de leurs complices et

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®