Accéder au contenu principal

Steam Man [Lansdale / Miller / Kowalski / Louinet]

Inspirée d'une novella, écrite par Joe R. Lansdale, la mini-série de BD, comme son modèle abandonne l'Edisonade originale, un sous genre qui mettait en vedette un très jeune inventeur, pour réunir un Rat Pack© façon western hard-boiled.
            La question de savoir quand est née la science-fiction est une antienne qui n'est pas prête de disparaitre.
Pour ma part je situe sa naissance entre 1818, avec la publication du Frankenstein de Mary Shelley1, et 1926 et la commercialisation du pulp magazine Wonder Stories.
Je précise que si Hugo Gernsback n'est pas à proprement parlé l'inventeur de ce qui deviendra la science-fiction, il est celui qui a alors un projet éditorial la concernant. Et un projet philosophique : « préparer son lectorat au monde de demain, à la fois par un discours prophétique et par la teneur des récits publiés. » (Cf. Francis Valéry).

            Le Steam Man éponyme est né dans l'esprit de Edward S. Ellis, en 1868, dans les pages d'un dime novel.  Pile-poil dans la période de gestation du genre.
Ce récit a été plus tard rangé dans la case des Edisonades autrement dit des histoires où de jeunes inventeurs sauvaient ce qui devait l'être dans leurs histoires respectives, grâce à leur génie. 
Le terme en question amalgame le nom de l'inventeur Thomas Edison pour des raisons transparentes, et celui de la « robinsonnade » ; un sous-genre du roman d'aventure où le personnage principal se transformait en Robin Crusoé, en improvisant sa survie.
            Dans le cas d'espèce, le Steam Man de Lansdale & Miller s'attaque à rien de moins que la survie de l'humanité. Du moins en apparence.
Si on ne manquera pas d'associer le Steam Man aux Mecha de l'imaginaire japonais, l'histoire de Miller & Lansdale fréquente surtout un sous-genre bien connu des lecteurs du Texan, le Splatterpunk
Un sous-genre littéraire qui s'était donné la mission, au mitan des années 1980, de renouveler les récits d'Horreur et d'Épouvante. Cet aparté didactique vous donne une idée assez précise de ce qui vous attend (les illustrations aussi).  
Piotr Kowalski (dont on peut voir supra un hommage au Death Dealer de Frank Frazetta) et la coloriste Kelly Fitzpatrick proposent des planches très efficaces. Je suis d'accord avec Martin-Pierre Baudry, qui dans son excellente introduction apparente Kowalski aux « dessinateur qui ne pètent pas plus haut que leur cul » et se mettent au service de l'histoire.
Tout est dit !

            Les éditions DELIRIUM quant à elles, ont mis tout leur savoir-faire dans ce recueil.
Et elles n'en manquent pas, tout y est fait pour le plaisir du lecteur. Une introduction au travail plus général de Lansdale, une préface de ce dernier, quelques croquis préparatoires de Piotr Kowalski. Du beau papier, une traduction de Patrice Louinet, et même une relecture de Céline Derouet. 
Alors qu'à l'origine cette histoire est une mini-série parue dans des comic books beaucoup moins luxueux
L'emballage vaut presque plus l'histoire elle-même.
            Pour ma part, le seul nom de Joe R. Lansdale suffit à me faire prendre des vessies pour des lanternes. Je suis en effet très amateur de son travail. 
Et « Steam Man », au travers de l’adaptation qui en est ici faite n'est pas ce qu'il a fait de mieux.
Ça reste très amusant, délicieusement irrévérencieux, et épouvantablement craspec, mais aussi un poil confus.
Je ne regrette pas mes 24 euros, mais ça reste réservé, à mon avis, aux amateurs d'Horreur explicite. Et aux amateurs de beaux livres.    
_________
1 Si la préface de Mary Shelley, où elle souligne la probabilité conjecturale de son roman, je rappelle que l'idée lui en est venue en discutant d'une expérience scientifique d'Erasme Darwin, retentissante à l'époque, ne suffit pas à en faire un roman de Sf.
Si la place prépondérante de l'électrochimie dans l'intrigue ne convainc pas plus.
Reste peut-être la postface où l'autrice tient à se démarquer des récits surnaturels de la littérature gothique de l'époque.
Bref, de mon point de vue, Frankenstein ou le Prométhée moderne est bien un récit de science-fiction.      

Commentaires

  1. Encore un article très enrichissant en ce qui me concerne : je n'avais pas pensé à rattacher ce comics aux Edisonades , et j'ignorais la définition du terme Splatterpunk.

    Un dessinateur qui ne pète pas plus haut que son cul : j'ai découvert Piotr Kowalski sur la série Sex de Joe Casey, et je le trouve meilleur que simplement compétent. Son approche descriptive détaillée a pour effet de rendre très concret chaque endroit, chaque individu, chaque accessoire et action. Ainsi le lecteur n'éprouve aucune difficulté pour reconnaître les références comme le Wicker Man (dieu d'osier) ou le Death Dealer de Frank Frazetta. Il ressent les blessures des protagonistes pendant les affrontements. Il ne peut que prendre au sérieux les sévices infligés par Dark Rider sur l'un des membres de l'équipe, pendant une longue séance de torture sadique. Les dessins transcrivent aussi bien l'humanité des personnages, que les éléments steampunk, les éléments horrifiques, et les éléments plus fantastiques. La mise en couleurs de Kelly Diane Fitzpatrick complète bien les dessins. Elle utilise une approche qui évoque le travail de Dave Stewart, développant des ambiances sur la base d'une teinte majoritaire, ou augmentant la différenciation entre les différentes formes, sans pour autant abuser des millions de nuances rendues possibles par l'infographie.

    Bien craspec : je me souviens par exemple de l'empalement à vif montré de manière explicite, avec une façon pour le personnage de s'y soustraire des plus morbides. La scène de torture de l'épisode s'étend sur 6 pages bien crades, et simultanément un autre personnage s'inflige des épreuves physiques tout aussi terribles.

    J'avais également trouvé le scénario un peu classique et je m'étais demandé ce qui avait motivé Laurent Lerner à jeter son dévolu sur cette histoire pour ses éditions Delirium.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ton commentaire n'est pas moins enrichissant. Merci !

      Au sujet de Piotr Kowalski, je n'avais pas reconnu le dessinateur de "Sex".

      Et en n'y jetant un très rapide coup d’œil, je le trouve meilleur sur la série de Casey.
      Reste que ça m'a donné envie de la relire, du moins le premier tome que j'ai en rayon.

      Supprimer
  2. Ayant bien accroché avec Kowalski, j'avais un peu suivi ce qu'il avait fait d'autre. Terminal Hero : Peter Milligan écrit une histoire qui lui tient vraiment à cœur sur la maladie, mais encore plus sur l'inéluctabilité de la mort, et Kowalski lui fait honneur.

    En cherchant, j'ai vu qu'il a également beaucoup collaboré avec Éric Corbeyran, et je pense que je finirai par me lancer tenter par une de ces séries, Badlands, ou La maison des fragrances.

    RépondreSupprimer
  3. Merci pour ces infos. Je viens de voir que tu as écrit une critique de Terminal Hero, je vais la lire.
    (Tu pourrais rapatrier sur ton site tes critiques publiées sur Amazon, ça les mettrait en valeur, non !?)

    Bref merci pour tes éclairages.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Sandman : Neil Gaiman & Co.

... J e viens de terminer l'histoire intitulée Ramadan , une magnifique histoire certainement l'une de mes favorites avec celle de Calliope ( K elley J ones), en plus dessinée par P . C raig R ussell. Juste avant je venais de lire le premier tome de la série dans la collection Urban Vertigo (traduction de P atrick M arcel) et, décidément, ça ne sera pas ma période préférée du titre. Je suis bien content que lorsque je me suis remis à lire Sandman , le premier tome n'était pas disponible à la médiathèque où je suis inscrit, sinon je n'aurais peut-être pas continué si j'avais comme il se doit, commencé par lui. Déjà il y a quelques années j'avais achoppé sur les premiers numéros (plusieurs fois), cela dit il y a quand même des choses qui m'ont réjoui dans ce premier tome : le premier numéro, le traitement de John Constantine , la présence de  G . K . C hesterton et l'idée du "lopin du Ménétrier", l'épisode n°8, " Hommes de bon

Atlanta Deathwatch [Ralph Dennis]

Dans le courant des années 1970, un sous-(mauvais) genre populaire promettait des romans d'action au format « poche » ( paperbacks ), sous des couvertures aussi aguichantes que ce que s'attendait à y trouver les amateurs, essentiellement masculins, de ce type de lecture.  Prétexte à des scènes plus « chaudes » les unes que les autres, l'action (qui prenait souvent l'apparence d'une violence complaisante) n'y était là que pour empêcher lesdits romans d'être exclusivement vendus dans les sex-shops . Ou peu s'en faut.  Toutefois au sein de cette production standardisée (et nombreuse), certains auteurs arrivaient à sortir du lot en produisant des récits hard-boiled qui n'avaient rien à envier à ceux des maîtres du genre - H ammett, C handler pour ne citer qu'eux, mais dans un registre un peu différent.  R alph D ennis (1931-1988) était de ceux-là.              Jim Hardman est un ex-policier dans la quarantaine, détective privé sans licence, du moins

La disparition de Perek [Hervé Le Tellier]

« — Tu oublies un truc important, ajouta Gabriel.  — Dis pour voir…  — C'est nous les gentils. » Créé, selon la légende, lors d'une discussion de bistrot qui rassemblait J ean- B ernard P ouy, P atrick R aynal et S erge Q uadruppani, la série Le Poulpe est un mélange d'influences.              Paradoxalement il s'agissait de contrer la littérature de gare qualifiée de « crypto-fasciste », représentée par les SAS de G érard de V illiers, ou la série de L’Exécuteur par D on P endleton. Des titres bien trop présents dans les libraires des gares hexagonales aux dires des mousquetaires gauchistes, dont la visibilisé (et le succès)  serait ainsi gênée grâce à un projet tentaculaire ( sic ) d' agit-prop littéraire.              Une envie néanmoins déclenchée par la déferlante du Pulp Fiction 1994 de T arantino (d'où le surnom du personnage éponyme), qui allait mettre à l'honneur (pour le pire) la littérature des pulp magazines américains. Cherchez l'er